À l'heure actuelle, une cinquantaine de variétés de fraises sont à l'essai à Saint-Paul. De ce nombre, une douzaine sont commercialisées.

«On vend de la santé et du bonheur»

Si les Québécois peuvent désormais déguster des fraises du Québec cinq mois par année, c'est en bonne partie grâce aux efforts et à la passion de Simon Parent. À la barre de la PME Novafruit, il fait pratiquement figure de gourou de la fraise. Son objectif: développer de nouvelles variétés pour prolonger la saison de récolte, mettre en place de nouvelles méthodes de production et améliorer la qualité du petit fruit rouge.
Cela fait 10 ans qu'il s'attelle à cette tâche avec un bonheur toujours renouvelé. «J'ai quasiment fait le tour du monde avec les fraises», a-t-il expliqué récemment.
Enracinée dans le Grand rang Saint-Charles à Saint-Paul-d'Abbotsford depuis 2009, Novafruit est une pépinière spécialisée dans le développement de systèmes de culture de fraises en climat nordique. «Une grosse proportion de notre travail est la recherche et le développement. Tout est encore à faire», affirme Simon Parent.
Novafruit dispose de 30 acres cultivables. Au fil des ans, l'entrepreneur de 35 ans dit avoir «testé» 115 variétés. À l'heure actuelle, une cinquantaine de variétés de fraises sont à l'essai à Saint-Paul. De ce nombre, une douzaine sont commercialisées. Simon Parent est particulièrement fier d'avoir découvert la Clery, une fraise précoce, développée par un hybrideur italien, dont il a obtenu l'exclusivité nord-américaine. Plus d'un million de plants de Clery seront mis en marché cette année au Québec, relève-t-il.
L'objectif de tout ce travail: obtenir plusieurs «peaks» de récolte sur quelques mois, plutôt que durant les traditionnelles quatre semaines d'il y a une dizaine d'années.
Pour les besoins de son entreprise, Simon Parent entretient des relations avec des hybrideurs - ceux qui développent les variétés par le biais de croisements de plants - établis aux quatre coins de la planète: en Angleterre, en Hollande, en France, en Italie et aux États-Unis.
Niche
Selon le fondateur de Novafruit, tout ce travail n'est pas vain. La consommation de fraises est en forte augmentation. «C'est une industrie où il y a beaucoup d'optimisme. Plusieurs de mes clients (des producteurs) ont de la relève. Les gens sont motivés et veulent investir. On vend de la santé et du bonheur», souligne-t-il.
«P'tit gars de banlieue», Simon Parent a eu l'appel de la nature dès l'adolescence. Alors que tous ses amis allaient étudier à Montréal, il s'est inscrit à l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA), à Saint-Hyacinthe. «J'ai réalisé durant mes études que l'agriculture, c'est une business», dit-il. Mais cela n'a pas altéré son intérêt pour ce secteur d'activité.
Ses diverses expériences de travail l'ont dirigé vers ce dont il rêvait: faire quelque chose d'innovateur et être producteur. Novafruit a vu le jour en 2002 à Saint-Césaire. Simon Parent s'est, au départ, associé au pépiniériste Alain Massé. Il louait de l'espace de production chez lui. Et rapidement, le nouvel entrepreneur a développé sa niche. «Je me suis tourné vers les producteurs qui achetaient leurs plants en Californie et qui cherchaient une production plus longue et une meilleure efficacité à la récolte», explique-t-il.
Croissance
Depuis sa fondation, Novafruit a connu une croissance soutenue. Les installations de Saint-Césaire ne suffisaient plus. D'où l'achat d'une terre à Saint-Paul-d'Abbotsford en 2009. «C'est un super site. J'ai le meilleur climat du Québec pour une pépinière. J'ai aussi de l'eau en quantité», fait valoir Simon Parent.
Au cours des trois dernières années, l'entreprise a enregistré une croissance annuelle d'environ 20 %. Son chiffre d'affaires demeure confidentiel. Novafruit emploie actuellement près d'une quarantaine de personnes, dont 30 Guatémaltèques.
Ultimement, Simon Parent souhaite laisser sa marque dans le secteur. «Déjà, ce qu'on fait aide l'industrie», considère celui qui a présidé la North American Strawberry Grower Association de 2010 à 2012.
Mais les producteurs de fraises du Québec n'ont pas la partie facile. Les fraises californiennes envahissent les tablettes des supermarchés, à des prix très compétitifs. Pour se distinguer, l'appellation «Les Fraîches du Québec» a été créée il y a quelques années. «La Californie produit un million de tonnes de fraises par année, tandis qu'ici, nous produisons 10 000 tonnes», souligne M. Parent. En superficie, le Québec serait toutefois le troisième joueur d'importance en Amérique du Nord, après la Californie et la Floride.
N'empêche, croit Simon Parent, la Belle Province est sur la bonne voie. En 2016, c'est à Québec que se déroulera le huitième symposium international de la fraise. Présenté aux quatre ans, l'événement s'est tenu en Chine cette année. Le fondateur de Novafruit était sur place. «Ça réunit 1000 personnes de tous les continents. C'est comme les Olympiques de la fraise», lance-t-il.
Simon Parent, lui, a clairement entrepris un marathon pour développer la culture de la fraise au Québec. Et ce sont les consommateurs - et leurs papilles - qui en sortiront gagnants.