Mon Dean à moi

Quand Jean-Pierre Ferland chantait «je suis né en 1963 d'une femme que je n'oublierai jamais» (J'ai neuf ans, 1971), il ne parlait pas de sa vraie naissance, bien sûr, puisqu'il est né en 1934. Il parlait de sa naissance artistique. D'une personne qui lui a ouvert les yeux sur la créativité, la liberté. Si on est chanceux, on a eu l'occasion, dans sa vie, de connaître au moins un ami que l'on admire, à qui on veut ressembler et qui finit, qu'on le veuille ou non, par nous laisser un héritage inoubliable. J'aurais pu écrire inexpugnable ou incommensurable, aussi, mais on m'aurait encore reproché d'écrire des mots abscons et biscornus.
Cet ami en question, pour moi, s'appelait Rémi. Sans dire que j'étais une sorte d'ermite à lunettes au secondaire, disons que je n'en étais pas loin. Je longeais pratiquement les murs. Je trouvais les études fascinantes. Même les mathématiques m'intéressaient... C'est tout dire. Soudain est arrivé ce drôle de bonhomme aux cheveux blonds, éloquent, brouillon, mais dégourdi, qui semblait à l'aise dans toute situation. J'ai su plus tard que ce n'était qu'une façade, mais une façade, c'est pas nécessairement mauvais quand on veut expérimenter de nouvelles choses. Par hasard, il s'est assis à une place libre à côté de moi - il y en avait souvent - dans le cours d'histoire en secondaire III. Avec son manteau de cuir noir et son baladeur tout aussi noir. Il écoutait du Indochine. Je précise que les tubes pop-électroniques de ce groupe français étaient déjà démodés en 1990. Je me suis dit qu'il y avait de quoi faire avec quelqu'un aux goûts aussi décalés que les miens. Il m'a présenté à ses amis, une bande de pseudos hippies-grunge-artistes qui avaient ceci en commun qu'ils ne ressemblaient à personne d'autre, ni aux nerds, ni aux preps et ni aux métaux qui formaient les trois grands groupes définissant les adolescents de cette époque.
Tous les détails dans notre édition de samedi