Le premier mot qui vient à l'esprit pour décrire Les Voisins est sans aucun doute «spécial», puisqu'il ne s'y passe... rien.

Les Voisins au Théâtre de Rougemont: complètement réussi

(Critique) Tous connaissent l'humour de Claude Meunier et de Louis Saia grâce à La Petite Vie. Moins connaissent le préambule au populaire téléroman des années 1990, la pièce Les Voisins, pourtant un grand classique du théâtre québécois. Présentée tout l'été au Théâtre de Rougemont dans une mise en scène de Frédéric Blanchette, la pièce écrite dans les années 1980 est pourtant tout aussi savoureuse, sinon plus.
Le premier mot qui vient à l'esprit pour décrire Les Voisins est sans aucun doute «spéciale», puisqu'il ne s'y passe... rien. Un couple de banlieusards tout ce qu'il y a de plus normal invite un couple de voisins à visionner des diapositives de voyage - ratées, cela dit. Pendant la première moitié, on assiste aux préparatifs, puis à la soirée après l'entracte.
Ce non-événement est mis en valeur par un scénario totalement vide de sens. On sort du théâtre en ne sachant pas trop si on a aimé ou non puisqu'on s'est fait garrocher pendant deux heures un paquet de phrases insignifiantes, bourrées de pléonasmes, qui tournent sur elles-mêmes. On en ressort gavés comme des oies d'absurdités, de banalités et de futilités, qui nous font pourtant réfléchir sur nos propres moyens communicationnels... si on se risque à pousser la réflexion trop loin!
C'est d'ailleurs là le grand exploit de Frédéric Blanchette, qui a basé toute sa mise en scène autour des dialogues plutôt que de mettre l'accent sur le quotidien insipide des personnages. En 2014, à l'ère des communications, des réseaux sociaux et des iMachins, c'est un choix d'autant plus judicieux.
On a aussi particulièrement aimé que les personnages ne tombent pas dans les clichés - pas autant que dans La Petite Vie, du moins -, bien qu'on souligne clairement les traits particuliers et les névroses de chacun. Cette façon de faire accentue l'effet dramatique de la pièce, qui pourrait d'ailleurs être une grande tragédie si elle n'était pas comique.
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