Martine St-Germain est directrice des Cuisines collectives de la Montérégie.

Les Cuisines collectives de la Montérégie fêtent leurs 25 ans

Parties d'un groupuscule de gens désirant cuisiner ensemble pour économiser, les Cuisines collectives de la Montérégie voient désormais 25 groupes s'activer en alternance autour de leurs fourneaux chaque mois. Un chiffre magique pour l'organisme qui célèbre cette année 25 ans d'existence.
Alphonse Cayouette se joint au groupe des personnes retraitées depuis déjà trois ans. L'homme de 82 ans en profite ainsi pour rencontrer des gens et jaser.
C'est d'ailleurs en faisant déguster sa sauce à spaghetti pas du tout secrète que l'organisation a lancé les festivités de son quart de siècle vendredi dernier. À la centaine de personnes présentes au centre communautaire St-Benoit, les Cuisines collectives de la Montérégie (CCM) souhaitaient ainsi rappeler leur mission : permettre aux gens de cuisiner en groupe pour se concocter des plats à moins d'un dollar la portion.
C'était aussi de dire qui elles sont à ceux qui ne les connaissent, peut-être, pas encore. « Nous ne sommes pas là seulement pour les gens dans le besoin ou dans une situation vulnérable, insiste Martine St-Germain, directrice des CCM. Nous sommes là pour tout le monde. Le prix du panier d'épicerie est toujours en croissance, alors on veut faire faire des économies aux gens, en groupe. »
Les travailleurs, les enfants, les personnes diabétiques, les gens à la retraite, les nouveaux arrivants, etc. Tous y trouvent leur compte. C'est, par exemple, le cas de Huguette Laflamme et Alphonse Cayouette, qui font partie du groupe de retraités. « On travaille en groupe, souligne
Mme Laflamme. J'aime l'ambiance et ça nous fait connaître des gens. »
Même son de cloche du côté de M. Cayouette, 82 ans. « Ça nous fait socialiser, c'est certain, dit-il. À mon âge, je ne peux pas rester seul à la maison à parler aux murs ! »
À l'autre bout du spectre, la directrice des CCM dit accueillir de nombreuses écoles et garderies. « Tout le monde a sa place ici », dit-elle.
Belle brochette de services
Les locaux des CCM sont situés dans le Centre communautaire St-Benoit de Granby. Sur place, une équipe de quatre animatrices guide les groupes dans leurs rencontres mensuelles. Quand des adultes s'installent aux fourneaux, une halte-garderie gratuite est toujours accessible aux enfants. À cela s'ajoutent les divers ateliers thématiques et les camps d'été destinés aux enfants.
« Nous amenons vraiment autre chose, indique Martine St-Germain. C'est beaucoup plus que simplement cuisiner ensemble et rapporter des portions à la maison. »
« Il faut être innovateurs, ajoute-t-elle. On essaie de sortir du cadre, tout en respectant nos bases. »
Ainsi, cette année, dans le cadre de leur 25e anniversaire, les CCM proposeront aux adultes des ateliers sur le végétarisme et le végétalisme. 
« On y va vraiment selon les besoins et intérêts des participants, dit Mme St-Germain. On est au service des gens. »
Par exemple, après avoir cultivé fruits et légumes dans un jardin collectif tout l'été, des groupes ont fait du cannage récemment. 
Les CCM entendent également organiser une activité destinée aux enfants, et ce, avant Noël, a précisé Mme St-Germain.
« On veut souligner notre 25e toute l'année ! »
Florence-Léa Siry, de Chic frigo sans fric, est accompagnée ici de la directrice des Cuisines collectives de la Montérégie, Martine St-Germain.
Zéro gaspillage alimentaire : un mode de vie
Habituées de bien sustenter sa clientèle, les Cuisines collectives de la Montérégie ont décidé d'offrir une conférence nourrissante aux gens venus souligner leur 25e anniversaire dernièrement. La pétillante Florence-Léa Siry est venue partager son art : la lutte au gaspillage. Quand la jeune femme s'attaque à une orange, il n'en reste... que l'odeur.
Florence-Léa est une avant-gardiste. Son emploi, c'est elle qui l'a concocté. Aujourd'hui, au terme d'innombrables expériences, elle redéfinit le déchet. Rien de moins. Sa spécialité : gérer les restants.
« Quand j'ai lancé l'idée d'accompagner les gens pour faire diminuer leurs déchets alimentaires à domicile, en 2012, j'étais dix ans avant mon temps ! , lance la jeune femme de 33 ans, fort dégourdie. Dans cinq ans, ça va être comme pour le recyclage: on ne requestionnera pas l'avantage de la cuisine zéro déchet. »
Cette passion pour la lutte au gaspillage s'est imposée à Florence-Léa naturellement. Elle qui opérait des cantines sur des plateaux de tournage n'en pouvait plus de vivre des pertes de nourriture. « Faut croire que je portais ça en moi », dit-elle.
C'est donc là qu'elle a fait ses expériences. « J'ai transformé mes pertes en richesse, souligne-t-elle. Par exemple, un poireau à 1 $, on en utilise juste la moitié, donc 0,50 $. Moi, avec le vert de poireau, je fais trois recettes ! La cuisine zéro déchet, c'est un mode de vie ! »
Un jour à la fois
Tout ça n'alourdit toutefois pas la tâche de la personne qui cuisine, insiste-t-elle. Au contraire. « Et ça améliore le goût des recettes », renchérit celle qui arrive à cuisiner sept plats différents à partir d'un simple poulet.
« Avec les surplus, on peut donner une deuxième vie, puis une troisième vie à un aliment, indique-t-elle, passionnée. 
« Moi, une orange, je l'utilise à 100 %, poursuit-elle. La pelure, j'en fais un sirop et, une fois confite, je la mets dans mes salades, mes smoothies, etc. Les soupes, les smoothies, les omelettes, on fait des essais avec ça. Après, transquillement, on monte l'escalier ! »
Arriver à ne plus avoir de déchets alimentaires se fait à petits pas, insiste toutefois Florence-Léa. « Chaque petit geste compte. On y va progressivement, dit-elle. Je ne veux pas avoir une approche pragmatique. Moi, ça me fait sentir vivante. Ça me permet d'exprimer ma créativité. »
D'ailleurs, pour justement « stimuler le réflexe créatif » de ceux qui souhaitent s'initier à la cuisine zéro gaspillage, Florence-Léa a écrit un livre il y a deux ans sur le sujet, L'art de cuisiner sans gaspiller ni se ruiner.
Une deuxième édition est prévue pour 2018. 
Depuis deux ans, des découvertes, elle en a fait encore plusieurs. « C'est sans fin ! lance-t-elle en riant. Ce boulot m'a choisie ! Je suis passionnée et je dis aux gens 'Soyons le changement ! ' »
Exactement le message qu'elle a transmis aux gens liés aux Cuisines collectives de la Montérégie vendredi dernier, car cuisiner pour économiser rime avec éviter de jeter et de surconsommer.