Le secret de Domagaya

Lors de son deuxième voyage en Nouvelle-France (1535-1536), Jacques Cartier a passé l'hiver non loin du village Huron de Stadaconé, à proximité du site actuel de Québec. Ses hommes ont alors été frappés d'un mal étrange et virulent se caractérisant par de nombreuses ecchymoses, des gencives purulentes, des dents déchaussées... C'était le scorbut. En quelques semaines, près du quart de ces hommes sont morts. Jacques Cartier remarque alors que l'Amérindien Domagaya, affecté du même mal, réussi à en guérir en quelques jours seulement. Le remède est une décoction tirée des rameaux d'un conifère appelé annedda. L'équipage s'en procure aussitôt et les hommes sont remis sur pied en quelques jours seulement.
Lors de son deuxième voyage en Nouvelle-France (1535-1536), Jacques Cartier a passé l'hiver non loin du village Huron de Stadaconé, à proximité du site actuel de Québec. Ses hommes ont alors été frappés d'un mal étrange et virulent se caractérisant par de nombreuses ecchymoses, des gencives purulentes, des dents déchaussées... C'était le scorbut. En quelques semaines, près du quart de ces hommes sont morts. Jacques Cartier remarque alors que l'Amérindien Domagaya, affecté du même mal, réussi à en guérir en quelques jours seulement. Le remède est une décoction tirée des rameaux d'un conifère appelé annedda. L'équipage s'en procure aussitôt et les hommes sont remis sur pied en quelques jours seulement.
L'arbre inconnu jusqu'alors de Cartier n'est pas clairement identifié, et de nombreux chercheurs ont tenté depuis de percer le mystère. Au début des années
1950, Jacques Rousseau, directeur du Jardin botanique de Montréal, conjugue une multitude d'informations en histoire, ethnobotanique et linguistique amérindienne et propose de façon convaincante qu'il s'agit du thuya occidental (appelé improprement cèdre blanc). Un indice important est l'appellation d'«arbor vitae - arbre de vie» qui lui a été associée par les botanistes du XVIe siècle.
Cet arbre figure depuis longtemps dans la pharmacopée amérindienne et l'huile essentielle qui en est tirée est exploitée aujourd'hui en médecine alternative. L'ingrédient principal en est la thuyone, dont plusieurs recherches en hématologie, biochimie et pharmacologie ont fait ressortir les propriétés antibiotiques et anticancéreuses. Son efficacité contre les affections pulmonaires est bien documentée et on a pu démontrer in vitro que cette molécule stimule la production des cellules sanguines, alors qu'elle inhibe la réplication du virus HIV. La thuyone est, par ailleurs, le composant principal de l'absinthe, un spiritueux fort en vogue chez plusieurs artistes européens du XIXe siècle (Verlaine, Rimbaud, Van Gogh, Toulouse-Lautrec). Cet alcool favorisait la désinhibition, mais son abus avait aussi des effets hallucinogènes.   
Depuis le travail de Jacques Rousseau, divers chercheurs ont proposé des candidatures alternatives pour l'annedda: épinette blanche, pruche du Canada, sapin baumier, pin blanc. Ces arbres ont tous des propriétés pharmacologiques intéressantes et le débat reste donc ouvert. Jusque dans la mort, Domagaya garde jalousement son secret.
MICHEL AUBÉ, VICE-PRÉSIDENT DU CINLB
ET PROFESSEUR ASSOCIÉ
À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE