Le péché mignon

Désirée franchit le cap des 30 ans aujourd'hui, et ça ne la dérange même pas. En tous cas, c'est ce qu'elle dit!
Moi, je la soupçonne de craindre un peu l'arrivée de cette troisième dizaine qui marque la fin de l'insouciance et le début des grands projets; on devient plus sérieux, on veille de moins en moins tard le soir, on se sent mal à l'aise de lire des bandes dessinées en cachette...
Pour ma part, mon péché mignon a toujours été les Garfield. Ça a commencé à une période de ma vie où j'étais plutôt déprimé. Elles me faisaient un bien fou. Le célèbre chat est par définition toujours déprimé, agressif et sournois, mais il enrobe ça de beaucoup d'humour. Ça me ressemblait.
En vieillissant, je me sens un peu coupable de continuer à lire ça. Comme si une voix me disait: eille chose, t'as 37 ans, lis donc des livres qui parlent de vraies affaires! D'aucuns répondraient qu'il n'y a rien de moins vrai qu'un chat roux et obèse, mais bon.
La gêne est là quand je tombe sur un nouveau recueil de Garfield en anglais* (c'est plus drôle) dans une librairie anglophone comme Granby n'en possède pas. Juste avant de l'acheter, je demande à Désirée: me jugerais-tu si je l'achetais pour le lire en cachette?
- Ben non voyons, t'as le droit!
Je sais. Mais ça ne fait pas sérieux. Je me souviens que mon père me réprimandait quand il me surprenait à regarder encore, au début de la vingtaine, les nouveaux jouets Star Wars dans le catalogue Sears, sans les acheter. J'admets que ça paraît beaucoup mieux de se promener avec un ouvrage de Michel Tremblay ou de Charles Bukowski sous le bras.
Alors je garde mes Archie, Garfield et autres bandes dessinées au fond de ma bibliothèque, juste au cas. Au cas où mon père ferait irruption chez moi sans prévenir, comme il le fait tout le temps!
Je me lâche lousse quand même, des fois. En plus du Garfield, j'ai récemment mis la main sur une bande dessinée de super-héros canadiens** (!) et un livre sur l'histoire des «plus grands films jamais réalisés»***. Pour ce dernier, je sais, ça a l'air bizarre, mais tout l'intérêt est dans le pourquoi: chicane d'acteurs et de réalisateurs, manque de fonds, ambitions démesurées... Ça remonte jusqu'à Orson Welles et Charlie Chaplin. Pour les amateurs de cinéma, je le recommande chaudement.
Quant aux super héros canadiens, ils m'ont laissé sur ma faim. Je les ai trouvés un peu dulls. Les deux héros principaux sont drapés de costumes moulants à l'effigie du drapeau canadien. Il y a aussi un chaman amérindien amateur de téléportation, une déesse qui se métamorphose en animal sauvage, un petit trapu qui rebondit partout (sans blague, il s'appelle Puck), un yéti baraqué, une extra-terrestre amie des océans et deux Québécois frère et soeur qui, curieusement, aiment faire bande à part. Pour la subtilité, on repassera!
Les deux Québécois volent et se déplacent vite vite vite. Le gars, Jean-Paul (!), est aussi homosexuel. Connaissez-vous beaucoup de super héros homosexuels? Pas moi. Ça montre notre grande ouverture d'esprit, au Québec.
À part ça, ben, on est en campagne électorale...
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