La saturnie cécropia est un majestueux papillon de nuit.

Le jeûne fatidique du premier autochtone

La saturnie cécropia est un majestueux papillon de nuit dont l'envergure des ailes atteint 15 cm, ce qui en fait le plus grand d'Amérique du Nord. Son nom vient du roi mythique Cécrops, fondateur d'Athènes. Dans la mythologie grecque, ce dernier était considéré comme le «premier autochtone». Le premier humain directement issu de la Terre, sans parents, comme les plantes.
La chenille du cécropia fait environ 8 cm et constitue un véritable joyau.
La saturnie cécropia est un majestueux papillon de nuit dont l'envergure des ailes atteint 15 cm, ce qui en fait le plus grand d'Amérique du Nord. Son nom vient du roi mythique Cécrops, fondateur d'Athènes. Dans la mythologie grecque, ce dernier était considéré comme le «premier autochtone». Le premier humain directement issu de la Terre, sans parents, comme les plantes.
Il peut paraître surprenant de parler de papillon en décembre, mais c'est l'occasion de réfléchir à tout ce qui est secrètement grouillant durant la saison «morte». Sous le tapis de feuilles et de neige, dans le secret des cocons, dans les craquelures des écorces ou la vase des étangs, c'est tout un petit peuple en gestation qui prépare son exubérance printanière.
Malgré sa splendeur, le papillon ne représente que la dernière des quatre phases de la vie de l'insecte : oeuf, larve (ou chenille), chrysalide et adulte. Les oeufs sont pondus vers la fin juin. La phase larvaire passe à travers cinq stades, séparés par une mue permettant à la chenille de quitter son enveloppe devenue trop étroite. L'exuvie, la peau dont elle se dépouille, est riche en protéines et aussitôt consommée.
À son dernier stade, la chenille du cécropia fait environ 8 cm et constitue un véritable joyau. Sa peau vert tendre est couverte de petites protubérances, jaunes sur le dos, turquoises sur les flancs et rouges près de la tête. Au bout de chacune, un petit pinceau de poils apparaît, souvent disposé en étoile à cinq pointes. À la fin de l'automne, la chenille file un cocon de soie et de feuilles qui la protégera tout l'hiver. À l'intérieur, elle se transforme en chrysalide. Ses organes sexuels se développent et son système digestif s'atrophie complètement.
À la sortie du cocon, vers la fin mai, le papillon est formé. Il doit cependant déployer ses ailes et en remplir les nervures d'un liquide interne qui assurera leur rigidité. Incapable de se nourrir, il entreprendra son jeûne fatal ne vivant que pour se reproduire, car il lui reste deux semaines tout au plus. Après l'accouplement, la ponte assurera la poursuite du cycle.
MICHEL AUBÉ, VICE-PRÉSIDENT DU CINLB ET PROFESSEUR ASSOCIÉ À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE