Le diablotin à quatre yeux

Le dimanche 3 septembre prochain aura lieu au CINLB le Festival du Monarque de Granby. La chenille de ce majestueux papillon est un parasite privilégié de l'asclépiade commune, appelé aussi soyer du Québec, et emblème floral de la Ville. En ingurgitant le latex toxique de cette plante, contre lequel il est lui-même immunisé, l'insecte trouve une précieuse protection contre les prédateurs.
Ce n'est cependant pas le seul parasite à tirer profit de cette plante. Quelques autres insectes exploitent également son pouvoir répulsif. Le plus curieux est sans doute le longicorne de l'asclépiade, un petit coléoptère au corps allongé, dont la taille varie entre 0,8 cm et 1,6 cm. Son nom français réfère à la longueur de ses antennes, qui vont des 2/3 aux 3/4 de son corps. Sa livrée rouge vif, ponctuée de noir, et ses antennes aux extrémités recourbées lui donnent l'allure d'un petit diablotin. Cette couleur rutilante joue en fait un rôle d'avertissement pour les prédateurs, un phénomène appelé « aposématisme », dont les racines grecques se traduisent par : « signal de rester loin ».
Une autre curiosité de cette bestiole est que les antennes s'enracinent au milieu des yeux, les sectionnant en deux parties et dotant l'insecte de quatre yeux fonctionnels, ce qui est fort rare. Son nom scientifique est d'ailleurs tetraopes tetrophtalmus, qui souligne doublement cette caractéristique : « tetra » pour quatre, « opes » pour vision (comme dans myope) et « ophtalmus » pour oeil (comme dans ophtalmologie). 
Le longicorne est encore plus dépendant de l'asclépiade que le monarque, puisqu'il y passe sa vie entière, ne volant généralement que d'un plant à l'autre. Après l'accouplement, la femelle entaille la tige près du sol et y pond ses oeufs. Après l'éclosion, les larves migrent vers les racines dont elles se nourriront tout au long de leur transformation et où elles hiberneront. Vers le mois de mai, après sa dernière mue, la larve s'éloigne dans le sol à quelques centimètres de la plante et fabrique son cocon. Environ un mois plus tard, les adultes émergent du sol et passent sur l'asclépiade les quelques semaines qui leur restent, pour s'y nourrir et s'y accoupler.