Le culturiste

Une page de l'histoire de La Voix de l'Est s'est tournée, hier. Que dis-je, une encyclopédie! Fernand Bélanger était journaliste au plus petit quotidien français d'Amérique depuis 39 ans. Il a achevé hier son dernier quart de travail avant la retraite. Finis les innombrables calepins noircis, les coups de téléphone, les couvertures de tournois.
(Mais avec sa productivité notoire, les lecteurs en auront sûrement pour encore deux, trois semaines à lire de ses articles déjà écrits dans la section sports!) J'ai dit «encyclopédie» parce que Fernand n'était pas qu'un reporter près de son monde. Il sait tout, et un peu d'autres choses encore. OK, il ne sait pas exactement tout, mais pour vous donner une idée, il peut battre n'importe quel employé de La Voix de l'Est quand vient le temps de répondre de vive voix aux questions d'un quiz télévisé. Il peut identifier un auteur, un chanteur ou un sportif dans le temps de le dire. Il peut assurément nommer tous les interprètes de la chanson We Are The World à mesure qu'ils prennent le micro dans ce tube de 1985.
J'étais plutôt fier quand j'arrivais à répondre à une question de culture générale avant lui. Un brin arrogant, je concluais parfois ces petites victoires par un «quin toé!» bien senti, cela dit en toute gentillesse, bien sûr.
L'érudit était aussi un bourreau de travail. Un taureau qui ne craignait pas de s'attaquer à plusieurs sujets en même temps et à travailler de longues heures, parfois jusqu'à très tard. Quand la salle était calme, le soir, le pupitre se hasardait à jeter un coup d'oeil dans le coin des sports et... souvent, il était encore là.
Son bureau faisait foi de sa productivité, habitacle désordonné croulant sous les amoncellements de papiers, de documents et de statistiques. Ah, les «stats». C'était son violon d'Ingres. Même si ça allait un peu loin, des fois. On se demande encore ce qu'il pouvait bien faire de tous ces papiers, s'il les lisait même tous. Mais qu'il était un homme renseigné, cela ne faisait pas de doute.
Les départs à la retraite de Fernand, hier, et de son collègue aux sports Gaétan Roy, il y a quelques mois, ont sonné le glas d'une forme de journalisme sportif qu'on ne verra presque plus au quotidien de la rue Dufferin. Nouvelle idéologie et compressions budgétaires obligent, chaque tournoi ne sera plus couvert mur à mur et chaque bénévole n'aura plus son portrait tracé finement dans les pages de La Voix de l'Est.
Tous les détails dans notre édition de samedi