Guy Ouellette est probablement décédé en faisant ce qu'il aimait le plus au monde. Ce qui ne rend pas moins sa mort infiniment triste.

La mort au bout du virage

CHRONIQUE / Je vous l'ai déjà dit : j'ai énormément de respect pour les coureurs automobiles. Comment ne pas avoir de respect pour un sportif qui risque sa vie à chaque fois qu'il s'adonne à sa passion ?
À l'Autodrome Drummond, samedi soir, la mort attendait Guy Ouellette au bout du virage. Comme me l'écrivait l'ami Dave Paryzo, qui fait la description des courses à l'Autodrome Granby avec Anthony Marcotte : « On voit ça aux États-Unis, parfois avec les sprint cars, mais jamais chez nous, dans notre cour. C'est difficile à croire. Ça fait mal... »
La petite famille du stock-car sur terre battue de chez nous est tissée serrée. Et parce qu'elle est tissée serrée, elle vit son deuil intensément. Suffit d'aller faire un tour sur Facebook pour comprendre. Les messages sont nombreux, ils sont pleins de compassion... et d'amour. Le drame est terrible, mais les messages sont beaux et ils font du bien.
Pour tout vous dire, je n'avais jamais parlé à Guy Ouellette. Je n'avais rien contre lui, surtout pas, mais l'occasion de faire une entrevue avec lui ne s'était jamais présentée. Elle se serait peut-être présentée cet été. Je ne le saurai jamais.
Aujourd'hui, j'aimerais avoir de la graine de philosophe et vous arriver avec quelque chose que vous n'avez jamais lu au sujet de la course automobile et de la mort. Mais je n'ai rien trouvé. Tout ce qui me vient en tête, c'est que le stock-car sur terre battue reste un sport sécuritaire malgré tout, qu'il y a un million de fois moins de décès en piste que sur nos routes, qu'il n'y a jamais eu un seul mort chez nous, à l'Autodrome Granby, mais que ce sont des choses qui peuvent survenir...
Rien, finalement, que vous n'avez jamais lu.
Guy Ouellette est décédé en piste, probablement en faisant ce qu'il aimait le plus au monde. Ce qui ne rend pas moins sa mort infiniment triste. Car personne ne devrait mourir en faisant ce qui le fait vibrer, malgré le romantisme qu'on colle à la chose.
Des accidents, j'en vois toutes les semaines, ou presque, à l'Autodrome Granby. Parfois, j'ai peur. Comme lorsque Frédéric Lussier s'est planté lors du programme d'ouverture, il y a trois semaines. J'étais en train d'écrire mon texte de l'édition du lendemain, j'ai entendu crier Josée derrière moi... et j'ai tout arrêté. J'ai retenu mon souffle. Et Lussier a fini par sortir de sa voiture, qui était rendue à l'envers. Ouf...
À Drummondville, samedi, les gens ont retenu leur souffle. Mais il n'y a pas eu de « ouf » de soulagement à la fin. Plutôt des pleurs.
Lorsqu'on assiste régulièrement à des programmes de courses, on finit par s'habituer aux accidents. On ne retient plus son souffle à chaque fois. Les accidents finissent par faire partie de la game. Mais parfois, on voit que c'est plus grave, que ce n'est pas juste une histoire de tôle froissée. Comme à Drummond l'autre soir.
Les coureurs automobiles sont des passionnés, probablement les plus passionnés du monde du sport. Et ceux qui aiment la course sont aussi des passionnés. C'est pourquoi ils vont retourner aux courses. À l'Autodrome Granby, ils ne seront pas moins nombreux que d'habitude, ce vendredi, pour la visite des bolides de la série Empire Super Sprints. Ironiquement, s'il y a une série où ça brasse, où les risques sont plus élevés, c'est bien en ESS. Mais les gens adorent les sprint cars parce que, justement, ça va très vite.
Guy Ouellette est mort. L'hommage qu'on va lui rendre vendredi à l'Autodrome Granby sera sûrement très émotif. On va pleurer l'homme tout l'été et on n'oubliera jamais.
Mais malgré la douleur, malgré les questionnements, la vie sera plus forte, les courses seront plus fortes.
Pour le meilleur et pour le pire.