Tout comme Amy Ruel, 15 ans, le premier vrai emploi que j'ai occupé était celui de commis dans une boutique style Les Folleries fleuries, à Granby.

LA job de rêve pour une artiste dans l'âme

C'était avant l'ère des télécommunications. J'avais une question «urgente» à poser à ma mère, qui ce soir-là travaillait. Pas de cellulaire pour la joindre, pas d'internet pour trouver rapidement le numéro de téléphone de son travail, et surtout beaucoup trop de paresse pour fouiller dans le bottin téléphonique - où était-il, d'ailleurs? J'ai trouvé beaucoup plus simple d'enfourcher mon vélo et de pédaler les 10 km qui me séparaient de la boutique qui l'avait engagée quelques mois auparavant.
Je ne me souviens plus si j'ai trouvé réponse à ma question, ou si j'ai même eu le temps de la poser. Dès que j'ai poussé la porte du petit magasin, j'ai été entraînée dans le tourbillon d'«un gros rush». Le coup de main que j'ai donné ce soir-là aux deux femmes débordées - ma mère et la propriétaire, Josée - a scellé mon embauche.
Ah, mais laissez-moi vous expliquer de quoi retournait mon premier boulot. Ladite boutique s'appelait Graffiti. Pour faire ça court, disons que c'était le pendant beloeillois des Folleries fleuries, à Granby.
Mes tâches consistaient notamment à gonfler des ballons et en faire de jolis bouquets, emballer des cadeaux avec classe (pas question d'utiliser des choux et des rubans frisés), et décorer des salles pour des mariages ou autres événements festifs. Pour une artiste dans l'âme comme moi, c'était LA job de rêve qui me permettait de laisser libre court à mon imagination et ma créativité. Je me souviens encore de ma première arche en ballons, le premier toutou que je suis parvenue à faire entrer dans un ballon (c'est d'ailleurs une des choses que je trouvais le plus hot à faire!), mon premier Noël et ses centaines de cadeaux à emballer... D'ailleurs, petite anecdote sur le sujet: cette année-là, un riche homme d'affaires était venu faire emballer le cadeau à sa douce. Un chèque de 100 000$, pouvez-vous le croire?! Nous, les trois employées, l'avons admiré (le chèque, pas le monsieur!) un bon moment en rêvassant avant de le faire disparaître sous le papier... Ce fut la première et sûrement la dernière fois qu'il nous était donné de voir un si gros montant sur un chèque!
Car ma première paie comportait, vous vous en doutez bien, quelques zéros de moins, hélas! Quand tu travailles à temps partiel au salaire minimum (qui à l'époque devait tourner autour de 6$/heure), les dollars ne s'additionnent pas vite. Cela m'importait peu, toutefois. C'était mieux que ce que j'empochais en gardant des enfants - en plus d'être moins difficile et plus intéressant comme boulot, bien que j'aime les enfants - et de toute façon, je n'avais pas d'énormes dépenses à acquitter; j'étais même plutôt sage et économe, et je crois bien que j'ai déposé la totalité de ma première paie dans mon compte sans en savourer le moindre sou. Graffiti a fermé ses portes un peu plus d'un an après mon embauche. J'ai par la suite travaillé en restauration rapide et dans une boutique de vêtements, mais je n'y ai jamais eu autant de plaisir que dans ce premier emploi. Encore aujourd'hui, la nostalgie me gagne parfois, et je m'applique alors à emballer le plus beau cadeau du monde ou à créer un bouquet de ballons parfait.