La chute

Voir un film québécois peut être intimidant, j'en conviens, mais avec La petite reine, vous ne serez pas déçu, même si vous n'êtes pas fan de cyclisme. Cela dit, dépêchez-vous parce qu'à Granby, les films québécois ne restent pas longtemps à l'affiche...
Je connaissais vaguement l'histoire de Geneviève Jeanson, dont le film est «inspiré» (jolie trouvaille qui donne aux scénaristes une plus grande liberté!). Une athlète prodige qui se dope depuis un très jeune âge pour améliorer ses performances et qui, croulant sous la pression, finit par tout abandonner. Je ne pensais pas que ça ferait un aussi bon film. Elle roule, elle roule, et puis elle tombe. C'est tout?
C'est plus que ça, en fait. La beauté de ce film au rythme haletant, c'est de voir comment l'engrenage dans lequel le personnage principal, joué par Laurence Leboeuf, s'est glissé finit par avoir le contrôle sur elle. Il y a d'abord son entraîneur, dépeint comme un homme autoritaire, violent et manipulateur, et qui prend les traits du comédien Patrice Robitaille, qui crève à nouveau l'écran dans un rôle antipathique. (J'ai encore à voir un rôle où Patrice Robitaille n'est pas bon, mais ça, c'est une autre histoire!)
Mais il y a aussi sa famille, son agent, son équipe, ses commanditaires; tous dépendaient de la cycliste à un tel point qu'elle ne pouvait raisonnablement arrêter de se droguer sans voir le monde qui l'entoure s'écrouler. La chute est d'autant plus douloureuse que la montée a été rapide. Le film d'Alexis Durand-Brault entretient, à juste titre, une certaine ambiguïté quant au degré de responsabilité de l'athlète. Manipulée, oui, mais consentante. Jusqu'à quel point peut-elle jouer la victime?
J'ai aussi eu une pensée pour mon ex-collègue Fernand Bélanger, plus grand admirateur mondial de la cycliste bromoise Lyne Bessette. Son personnage dans le film (bien qu'elle ne porte pas le même nom, comme tous les autres), la montre comme une coéquipière envieuse et vaguement détestable. Pourtant, c'est elle qui a le plus souffert du «vol de podiums» de son éternelle rivale Geneviève Jeanson. Le coeur de Fernand va saigner s'il voit La petite reine... En somme, un film énergique, dur, stressant même, qui vous garde au bout de votre siège. Et je vous défends de prendre de la drogue avant d'aller le voir.
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Romance Dans un autre registre, Désirée a enfin regardé Star Wars (l'original de 1977) avec moi, à la suite d'un pari perdu. Ça n'a pas été facile pour elle, mais elle en est venue à bout. En deux sections - elle s'est endormie le premier soir -, mais quand même. «Trop de vaisseaux spatiaux, trop de rayons lasers», a-t-elle dit. Je crois qu'elle a trouvé qu'il manquait de romance. Elle ne perd rien pour attendre: dans la suite, la princesse Leia frenche son propre frère. En veux-tu de la romance, en v'la.
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Ça vole haut! C'est un cliché, mais... encore une fois, le théâtre de l'Ancien presbytère, rue Saint-Charles Sud à Granby, se réinvente avec une pièce originale, drôle et, qui plus est, parle de superhéros! L'idée de réunir des surhommes en collant sur le déclin peut paraître absurde (et elle l'est), mais Héros boulot dodo ne donne pas dans le cabotinage. Avec des moyens toujours limités, l'Ancien presbytère réussit à en mettre plein la vue: des bagarres, un couple et une famille en crise, un crime à résoudre, bref, un mélange de Kick-Ass, La vie la vie, Agatha Christie et un peu de Full Monty, aussi, pour la presque-scène de striptease (n'ayez crainte, ils n'enlèvent pas tout).
C'est aussi une fable antihomophobie et un hommage bien senti à Céline Dion. Bref, si vous vous ennuyez durant cette pièce, c'est que rien ne vous plaît! Je souligne la drôlerie des batailles au ralenti (sur l'air de La valse de l'empereur de Johann Strauss) ainsi que la prestation de Louis Labarre, qui se démarque dans le double rôle de B (R) obin (le chum de P (B) atman), et de Nymphoman (!), la mère de ce dernier. Ses lipsyncs endiablés sur les tubes de la diva de Charlemagne valent à eux seuls le prix d'entrée!
La mise en scène de Martin Gougeon, le maître-d'oeuvre du théâtre (qui joue aussi le rôle de Supraman), est encore une fois ingénieuse et utilise à fond la scène du petit théâtre. Chapeau à toute l'équipe, donc. Et vous n'êtes pas obligé d'être connaissant en superhéros pour apprécier la pièce. C'est même un avantage: vous ne tiquerez pas sur la prémisse, une hérésie pour les puristes, que les trois super héros les plus populaires soient frères. Quant à l'idée que Patman et Bobin soient amants, bizarrement, c'est beaucoup plus facile à accepter.