Le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Granby (CALACS) a lancé le court film De l'agression à la reprise du pouvoir. L'organisme souhaite ainsi convaincre les femmes victimes d'agression de recourir à ses services d'aide.

Informer les victimes d'agression sexuelle

À les entendre parler si librement de leur passé de victimes d'inceste, à les entendre rire, on comprend que les femmes présentes dans la vidéo De l'agression à la reprise du pouvoir ont fait un sacré bout de chemin. Outil de promotion du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Granby (CALACS) incitant les victimes - des femmes avant tout - à prendre contact avec l'organisme, le court film souligne la grande capacité de résilience de ces survivantes d'agression.
Elles ont pour nom Anita, Josée, Marie-Pierre, Windy, Manon, Sonia et elles témoignent toutes dans le film réalisé par Emmanuelle Lippé. Ces femmes d'âges différents sont autant de preuves qu'il est possible de reprendre le contrôle sur sa vie après le choc post-traumatique qu'est un viol ou une agression sexuelle. « Il n'existe que deux types de personnes dans la population qui vont développer des chocs post-traumatiques, explique Mme Lippé. Les soldats [de retour de combat] et les femmes violées. »
Bombes à retardement
Les femmes présentes dans les locaux du CALACS - qui sont celles que l'on retrouve dans la vidéo - ont en commun d'avoir été abusées dans leur enfance. Et par un homme, comme c'est le cas dans 97 % des crimes de cette nature, selon le ministère de la Justice du Canada.
Ces agressions vécues dans l'enfance sont comme des « bombes à retardement », image Emmanuelle Lippé, qui a aussi été victime d'inceste. 
« Ce n'est qu'à partir de 18 ans que j'ai eu conscience des abus sexuels dont j'ai été victime enfant, se souvient Josée. C'est à cet âge-là, lorsque j'ai eu ma première relation sexuelle, que j'ai eu un choc. J'étais toute croche. J'ai ensuite passé ma vie à chercher ce qu'on m'avait fait quand j'étais enfant. » Puis dix ans se sont écoulés. Une fois « à boutte de la vie, de toute », Josée a poussé les portes du CALACS. L'organisme « a été [sa] lumière ». Il a beaucoup contribué à la « garder en équilibre » et à éviter qu'elle « vire folle ».
Ces chocs post-traumatiques sont les « conséquences systémiques des agressions », ajoute Mme Lippé. « Des gens révèlent leur agression à 80 ans parce qu'ils font de l'Alzheimer et retournent dans leur enfance ; et tout d'un coup, ces souvenirs refont surface », donne en exemple la réalisatrice.
Toutes ces femmes insistent sur ce point : les conséquences énormes d'une telle agression.
Environnement sexiste
« L'environnement sexiste et sexuel qui nous entoure vient cristalliser le fait que tu es un jouet pour les autres, généralement les hommes. Tu te dis "Je ne suis pas une personne"», analyse Marie-Pierre, qui est dans la soixantaine. 
Emmanuelle Lippé le confirme dans ces mots : « Se faire vider de sa subjectivité, se faire "chosifier" et se faire utiliser comme chose, c'est ça qui crée un choc post-traumatique. »
Faire connaître le CALACS
« Le film a pour objectif de sensibiliser et d'informer les femmes qui ont vécu une agression, pour qu'elles sachent que le CALACS est là et que nous pouvons leur offrir de l'aide », indique Sophie Labrie, responsable des communications et agente de prévention au CALACS de Granby.
En effet, malgré ses 30 années d'existence, l'organisme n'est pas encore connu de celles qui en auraient besoin. « J'entends souvent des femmes dire "Si j'avais su plutôt que le CALACS existait..."», dit Mme Labrie.
La réalisatrice du film - d'une durée d'un peu plus de six minutes - a d'ailleurs cherché dans ses images à convaincre les femmes indécises : « En montant le film, j'ai gardé tout ce qui pouvait faire tomber les dernières résistances », précise Emmanuelle Lippé, lors du point de presse organisé mardi dans les locaux du CALACS.
La vidéo est disponible sur les plateformes YouTube et Vimeo, ainsi que via le compte Facebook du CALACS de Granby.
«Je suis vivante»
Au CALACS, l'aide directe aux femmes se fait via les «groupes de changement». Ceux-ci sont des lieux d'échange et de partage, qui permettent aux femmes de se rendre compte qu'elles ne sont pas seules à être victimes. C'est là qu'elles reprennent confiance en elles. Comme Anita, par exemple.
«Je ne veux plus dire que j'ai été victime. Je veux dire que je suis vivante. Maintenant, j'existe!», clame-t-elle.
Cette attitude positive de réappropriation de soi ne vient toutefois pas du jour au lendemain. Windy, la plus jeune des femmes apparaissant dans la vidéo, n'est pas encore rendue là, même si beaucoup de chemin a déjà été fait. «Encore aujourd'hui, je me change de trois à quatre fois par jour, car je me sens sale», dit-elle, traînant comme un boulet derrière elle les agressions qu'elle a subies dans son enfance. Jérôme Savary