Comme moi il y a dix ans, Anne-Sophie Legault est monitrice au camp de jour cet été.

In English, s'il vous plaît!

C'était il y a exactement dix ans. Je venais de finir mes études secondaires et j'étais on ne peut plus fière de faire mon entrée sur le marché du travail. Grâce à une amie qui y avait travaillé l'été précédent, je fus embauchée comme monitrice au Camp Bourg-Royal, un camp de jour privé situé en banlieue de Québec. Wouhou.
À moi le soleil, la baignade et le plaisir! , me disais-je, avant de rapidement comprendre qu'en plus d'être une partie de plaisir, l'emploi comprenait­ son lot de responsabilités.
Chaque matin, je m'extirpais du lit vers 5h45 (l'horreur, même pour une lève-tôt comme moi!) afin de prendre l'unique autobus qui m'amenait à temps au Terminus Charlesbourg, où m'attendait l'autobus jaune qui transportait les employés au camp.
L'école en été
Comme j'étais une des rares à me débrouiller en anglais, j'héritai d'un groupe du camp d'immersion anglaise, où mon mandat était d'enrichir le vocabulaire de mes protégés dans la langue de Shakespeare.
Cela signifiait que je devais allouer trois heures de «cours» par jour à l'intérieur d'un cabanon aménagé à cet effet. Difficile de garder l'attention de huit petits qui envient leurs amis qui jouent dehors!
De plus, le règlement du camp stipulait que je devais m'adresser en anglais en tout temps à mes protégés, qu'ils aient six ou douze ans. Pas évident quand la majorité n'a jamais parlé anglais et que le moindre mot prononcé en français valait «le chapeau de la honte» à celui qui avait ouvert la bouche, même à la monitrice!
On s'en est quand même bien sorti, grâce à «How do you say...», qui nous permettait de tricher pour bien se faire comprendre!
Heureusement, les après-midis étaient réservés à la baignade, au mini parcours d'hébertisme en forêt ou bien à du bricolage, sans compter tous les jeux qu'il fallait inventer pour divertir les petits.
Je remontais dans l'autobus vers 18h30, non sans avoir nettoyé les locaux et rangé le matériel. Épuisée, il n'était pas rare que je regagne mon lit avant 20heures...
Souvenirs
Même si ce ne fut qu'un été dans toute une vie, une décennie plus tard, je souris en repensant à l'imitation loufoque d'une table à pique-nique d'un collègue. Je songe aussi à ce timide garçon au prénom d'une autre époque, mis à l'écart par ses pairs en raison de son incontinence; à cette fillette asiatique affectueuse qui me tenait toujours la main; et à ce pré-adolescent bavard, leader de mes «Evil Carrots» (leur choix!). Aujourd'hui, ce sont des adultes, et ça me donne tout un coup de vieux d'y penser.
Je me souviens aussi des chansons qu'on entonnait en boucle, tellement qu'elles devinrent la trame sonore de mes rêves, la nuit. De quoi devenir fou, au point de souhaiter qu'Eugène bouche le foutu trou «dedans» son seau, que la souris Miquette finisse par sortir du «trouuuuuuuu» et qu'Ursule n'ait plus d'oreilles en portes de grange. C'est sans compter les versions parodiées et surtout, pas pour les enfants, que l'on chantait entre moniteurs...
Outre un maigre salaire, mon travail était aussi rétribué par les dizaines de sourires d'enfants qui ont ensoleillé mon été. C'est fou comme ça s'attache vite, un enfant. Mais c'est moi qui avais un pincement au coeur quand, après deux semaines, ils me disaient goodbye pour entreprendre, le lundi suivant, un camp en arts ou en soccer.
J'ai appris récemment que le Camp Bourg-Royal avait cessé ses activités, en 2012, et que l'endroit avait été la cible d'un incendie criminel il y a un mois jour pour jour. Mais contrairement aux cabanes où j'ai enseigné l'anglais à ces jeunes, le temps d'un été, mes souvenirs, eux, sont impérissables...