Colombe Dufour vit de sa musique depuis 23 ans dans la région de Québec. Elle est venue à la résidence pour "vivre un nouveau souffle de créativité".

Il n'est jamais trop tard pour chanter

Ils ont 50 ans et plus, et ils sont loin d'avoir chanté leur dernière chanson. Réunis au Manoir Brigham depuis dimanche, douze artistes, auteurs, compositeurs et interprètes sont en processus de création et préparent un spectacle dans le cadre de la toute première édition de Jamais trop tard, la résidence internationale pour les 50 ans et plus organisée par le Festival de la chanson de Granby.
«Les gens qui sont présents ici, c'est tous du monde qui ont des tounes dans le ventre, qui ont toujours écrit des chansons et joué de la musique, mais qui, pour différentes raisons - la famille, les études, l'argent -, n'ont peut-être pas choisi ce métier-là», indique Yves Marchand, le claviériste de Zébulon, également directeur artistique et musical de Jamais trop tard.
 
Il est aidé dans son coaching par Claire Pelletier pour l'interprétation et Robert Léger pour les textes.
Ainsi, pendant neuf jours, ces 12 passionnés de musique passeront leur temps à écrire et composer. «La majorité des tounes qui seront présentées au spectacle sont écrites ici, explique le directeur. Le but, c'est de les mettre en situation de création et de les coacher là-dedans.»
Mais déjà, la moitié du séjour à Brigham est écoulée. À compter d'aujourd'hui, il faut commencer à réduire la cadence de création et augmenter celle des répétitions pour être prêt pour le spectacle, qui sera présenté gratuitement sous le chapiteau extérieur le vendredi 18 septembre à 20h.
Pour des raisons différentes
Mais lors du passage de La Voix de l'Est, hier après-midi, l'heure était encore à la création. En solo, en duo ou en équipe, les résidants s'étaient dispersés à travers les différentes pièces du manoir et sur le terrain, à l'extérieur, pour écrire, composer et répéter. Certains ont pris quelques minutes pour nous confier ce qui les amenaient là.
Ronald Bourguignon, 70 ans, est l'unique représentant de notre région. Professeur de mathématiques devenu avocat, l'homme originaire de Shefford raconte avoir composé ses premières chansons à l'âge de 18-19 ans et les avoir interprétées dans les boîtes à chansons à la fin des années 50. «Mais ça a toujours été plus un hobby, admet-il. Quand j'ai eu mon diplôme d'université, j'avais déjà un enfant de deux ans. La musique, il n'en était pas question comme gagne-pain.»
Il a donc composé sa dernière chanson en 1963. Ce n'est qu'au début des années 90 qu'il a renoué avec sa vieille guitare. Puis, en 2003, il a été nommé lauréat au Concours national de paroliers avec sa chanson 0, rue Trottoir. Aujourd'hui, il se retrouve au Manoir Brigham et en est très content. «C'est formidable, c'est un vrai cadeau du ciel», s'est-il exclamé.
Claude Gilles, de la région de Lanaudière, se compte aussi chanceux d'avoir été choisi pour partager cette expérience. «Moi, c'est l'urgence qui m'amène ici, raconte-t-il. J'ai 80 chansons à partager, et à 72 ans, il ne me reste plus beaucoup de temps. C'est donc un privilège d'être ici, d'être coaché, de rencontrer d'autres créateurs, et de participer en plus à une première d'un événement aussi renommé que le Festival de la chanson de Granby.»
Colombe Dufour, elle, est venue pour «vivre un nouveau souffle de créativité». «Je vis de ma musique depuis 23 ans dans la région de Québec, j'ai cinq albums et j'ai aussi fait de la télévision à mes débuts, mais c'est ma toute première résidence», relate-t-elle.
C'est donc le 18 septembre, à 20h, sous le chapiteau extérieur qu'on pourra voir gratuitement le fruit des neufs jours de travail de ces 12 artistes de 50 ans et plus. Non, il n'est jamais trop tard pour chanter.