Depuis la création de l'équipe de hockey-balle en 2008, les jeunes des Griffons de l'école Haute-Ville ont été deux fois champions provinciaux au Défi sportif scolaire, en 2009 et 2010, et ils n'ont manqué qu'une seule fois la finale, à leur toute première année.

Griffon un jour, Griffon toujours

«On ne joue pas juste pour le plaisir de jouer. Il faut qu'il y ait des résultats, qu'on voie des améliorations.» Venant de la bouche de n'importe quel entraîneur sportif, ces mots n'ont pas de quoi surprendre. Mais lorsque l'on sait que les jeunes devant lui sont tous atteints d'une déficience intellectuelle, les propos prennent un tout autre sens. Car pour Claude Lessard, pas question d'être plus indulgent avec eux qu'avec les jeunes du secteur régulier qu'il entraîne.
«Ils ont le droit d'être poussés, challengés, comme tous les autres, indique M. Lessard, éducateur spécialisé à l'école secondaire Haute-Ville et entraîneur de l'équipe de hockey-balle des Griffons, qui ne regroupe que des jeunes présentant une déficience. Des fois, on dirait qu'on est plus craintifs à le faire, parce qu'ils ont une déficience. On a tendance à les laisser aller et à dire que ce n'est pas grave, mais moi je pense qu'il faut les forcer à monter la barre d'un cran. Si on ne les pousse pas, ils ont peut-être tendance à s'écraser devant l'adversité, mais ils sont capables d'avoir du caractère aussi. Au pire, si ça ne marche pas et qu'ils trébuchent, on les ramassera après.»
D'ailleurs, les jeunes ont adopté cette philosophie et boivent littéralement les paroles de celui qu'ils appellent Coach. Rencontrés alors qu'ils s'apprêtaient à jouer quelques parties officielles dans le gymnase de leur école, ils n'avaient qu'un mot à la bouche: «Gagner!».
«J'aime pratiquer pour pouvoir gagner, lance Jérémy Côté, membre de l'équipe depuis trois ans. Il faut qu'on gagne.» Et tous les joueurs ont abondé dans le même sens, reconnaissant tous au passage être nerveux à l'approche de ces matches.
Avec une telle attitude, les résultats sont au rendez-vous. Depuis la création de l'équipe de hockey-balle en 2008, les jeunes des Griffons de l'école Haute-Ville ont été deux fois champions provinciaux au Défi sportif scolaire, en 2009 et 2010, et ils n'ont manqué qu'une seule fois la finale, à leur toute première année. Ils ont aussi remporté à trois reprises le tournoi provincial de Drummondville, où ils affrontent des équipes d'adultes. Des anciens de l'école - les élèves présentant des déficiences quittent l'école à 21 ans - reviennent d'ailleurs prêter main-forte à leurs camarades pour cette compétition.
Sentiment de fierté et d'appartenance
Mais bien au-delà des succès sportifs, c'est sur le plan du développement et de la confiance en soi de ces jeunes que se situent les véritables gains.
«Bien souvent, ils accumulent les échecs académiques, alors pour une fois, on réussit à créer un sentiment de réussite et de fierté chez eux, dans le cadre de l'école, mentionne M. Lessard. C'est très bon pour le sentiment d'appartenance et je pense que ça va leur rester. Ce n'est pas pour rien que notre cri d'équipe, c'est "Griffon un jour, Griffon toujours". Et on essaie de tout faire pour qu'ils soient fiers de ce qu'ils sont. Pour moi, c'était important qu'ils aient un uniforme et qu'on fasse tout comme les vraies équipes.»
À la base, le programme de hockey visait à canaliser les énergies des jeunes sur quelque chose de positif, notamment à l'heure du midi, afin de réduire les chicanes et les comportements problématiques tout en les faisant bouger. Au fil du temps, d'autres sports se sont ajoutés, tels que la natation et l'athlétisme, et élèves comme enseignants y gagnent au change.
«On retire des bénéfices aussi avec eux, assure Claude Lessard. Ce n'est pas one-way la relation qu'on a avec ces jeunes-là. Et ils ne sont tellement pas difficiles à motiver. Ils seraient prêts à tout pour le coach. Comme les autres athlètes, ils ont des hauts et des bas, mais ils y croient tellement. D'une certaine manière, ils sont plus faciles à coacher que les athlètes réguliers.»
Du 28 avril au 4 mai, l'équipe ira à Montréal défendre les couleurs de son école et tenter de mettre la main sur le trophée de champions du Défi sportif, un événement qui rassemble des athlètes d'élite et de la relève de toutes les déficiences.
Claude Lessard estime que les jeunes athlètes présentant une déficience méritent qu'on les pousse à se dépasser.