Grand-bi

J'y vais d'une audacieuse prédiction: d'ici 50 ans, peut-être 100, on ne prononcera plus «Grâmme-bé», comme aujourd'hui, mais bien «Grand-bi», comme il se doit.
Je capote? Que non. C'est dans la logique des choses. Regardez Magog. Dans les années 1960, vous n'aurez trouvé personne pour dire «Magog», parce que tout le monde prononçait «Mééégog», à l'anglaise. Aujourd'hui? Ils ne sont plus qu'une poignée, surtout de vieux monsieurs nostalgiques et quelques distraits.
J'ai d'ailleurs connu un professeur, à l'UQAM, qui se vantait d'avoir «inventé» le nom Magog. Il disait avoir été le premier à le prononcer à la française. «Avant moi, tout le monde disait Mééégog», affirmait-il sans rire. D'abord, comment pouvait-il en être si sûr? Et il espérait quoi? Des redevances de droit d'auteur? Des royalties?
Même chose pour Sherbrooke. Il s'en trouve encore pour prononcer Cheurrebroukk, mais pas beaucoup (voir deux paragraphes plus haut pour leur description). Bref, les mentalités ont changé. La population anglophone a décliné, aussi, ceci expliquant peut-être cela.
Donc, on se dit un peu moins que les noms anglais sonnent plus cool. Mais pas tant que ça. Ils sonnent encore cool. La majorité de la population québécoise est cruellement unilingue mais ça ne l'empêche pas d'avoir le béguin pour les prénoms d'origine anglophones (Kevin, Jordan, Megane) et de préférer la musique en anglais aux chanteurs francophones. La toune bilingue est résolument à la mode, aussi. Tout comme le banjo, mais ça, je ne l'explique pas.
Dans la même veine, Granby résiste encore et toujours à la francisation de son nom. Ce n'est qu'une question de temps, mais elle est forte, Granby. On ne la change pas d'une taloche.
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