Une bataille de ballerines dans un bar de Farnham.

GISHWHES: une femme de la région dans la course

Début août, Isabelle Laframboise lançait un appel à tous sur Spotted Farnham et Spotted Granby. Elle cherchait un âne, « un vrai là, pas une statue » dans le cadre de sa partipation à « une espèce de chasse au trésor internationale ». Il n'en fallait pas plus pour piquer la curiosité de l'hebdo Le Plus.
La photo d'Isabelle qui a été utilisée pour faire la promotion de GISHWHES sur les réseaux sociaux cette année.
Malgré sa chevelure colorée, Isabelle Laframboise est de nature discrète. Toutefois, depuis deux ans quand arrive le mois d'août, elle casse sa coquille pour participer à une semaine complètement déjantée où sont réalisés toutes sortes de défis insolites, absurdes ou profitables : GISHWHES. 
« Dans la vie, je suis une fille plus introvertie, explique Isabelle, 31 ans, de Sainte-Sabine. Un jour je me suis dit : 'Pourquoi ne pas pousser mes limites ?' Je fais ça pour sortir de ma zone de confort. »
Fan finie
Partons du début. 
Tout a commencé par la vénération d'Isabelle pour la série télévisée américaine Supernatural. « En (très) gros, c'est l'histoire de deux frères chasseurs de monstres, résume-t-elle en riant. Oui, je suis accro. Je m'assume ! » Parmi la distribution de cette émission qui commencera sa 13e saison cet automne, se trouve l'acteur Misha Collins. Un jour, il a lancé le défi aux gens qui le suivent sur Twitter de battre le record de la plus grande chasse au trésor du monde entier. C'était en 2011. GISHWHES, pour The Greastest Scavenger Hunt The World Has Ever Seen (La plus grande chasse au trésor que le monde n'ait jamais connue), venait de voir le jour. Et ça a fait boule de neige. Le but de GISHWHES est de réaliser, en équipe de 15 composée de participants de partout sur la planète, divers défis devant un appareil photo ou une caméra. Les vidéos durent en moyenne 14 secondes. L'équipe, qui communique par Skype, doit effectuer un maximum de défis en une semaine. Après, elle se voit attribuer des points en fonction, entre autres, de son côté créatif. L'an dernier, GISHWHES a réuni 55 000 participants à travers le monde. Ceux-ci courent ainsi la chance de remporter le grand prix d'équipe, qui est un voyage en compagnie de l'acteur Misha Collins dans un endroit exceptionnel. Cette année, les gagnants s'envoleront pour Hawaï. Aussi, tous les participants peuvent voir une de leurs nombreuses photos choisies pour figurer dans le livre publié chaque année par GISHWHES. 
« À mes yeux, le vrai grand prix, c'est d'être publiée dans le livre », ne cache pas Isabelle. L'an dernier, lors de sa première participation à l'événement, elle a vu une de ses photos retenues pour en faire la promotion sur les réseaux sociaux. Son cliché mettait en scène des funérailles tenues dans un cimetière. Toutefois, le cercueil où se trouvait le corps du « défunt » était rempli de pop corn. En plus du curé, deux « pleureuses » se tenaient debout près de la tombe, avec leur pot de maïs soufflé en main et, sur le nez, leurs lunettes 3D.
« J'ai pris toute la semaine, entre mes autres défis, pour faire popper cinq kilos de pop corn ! », raconte Isabelle, elle même un peu dépassée par les singeries que
GISHWHES l'invite à faire (voir autre texte).
« Le plus difficile, c'est d'avoir assez de figurants, raconte-t-elle. Sinon, ça demande de l'organisation. Il faut être efficace, car quand tu reçois la liste de défis, ça demande quasiment un week-end juste pour trouver tes ressources et ton matériel. »
Chaque équipe reçoit une liste d'environ 210 « items » prenant la forme de défis. Cette année, l'équipe d'Isabelle, composée de trois Canadiens, d'autant d'Américains, de collègues des Pays-Bas, de l'Allemagne et de l'Australie, a réalisé au total 119 items.
« On est une gang de fous qui ne se prend pas au sérieux, note Isabelle. On se dit que c'est OK d'avoir l'air fou, de rire de soi. C'est une belle communauté. On change le monde, une action à la fois. »
Même le chien d'Isabelle Laframboise a participé à cette chasse au trésor démesurée.
Ses souliers de course en ananas.

Une semaine folle

Sortir de sa bulle, pousser sa créativité au maximum, s'amuser, rencontrer des gens et partager sa douce folie avec eux, voilà ce qui pousse Isabelle Laframboise à s'inscrire à GISHWHES depuis deux ans. 
Une aventure qui s'est tenue du 5 au 12 août et pour laquelle elle a joué la chercheuse d'or (habillée comme dans le temps) dans la fontaine Selbach du parc Victoria de Granby. Qu'elle s'est confectionné une robe en pelures d'épis de maïs. Qu'elle s'est façonné des souliers de course dans des ananas. Organisé une bataille de ballerines dans un bar. Joué de la flûte déguisée en elfe des bois dans l'ascenseur d'une résidence pour personnes âgées et tenu une course à obstacles pour un escargot.
« Avec un gun à colle chaude et des crayons de couleur, tout est possible ! », lance la participante en riant.
L'an passé, elle a relevé sept défis en une semaine. Cette fois, elle en a fait le double. « Je suis brûlée, a-t-elle avoué en entrevue au terme de ce marathon créatif. Sur une semaine, je pense avoir dormi trois jours ! »
Dans son délire, Isabelle peut toutefois compter sur l'appui de son amoureux, Etienne Groulx, qui filme ses exploits et prend les photos, et sur sa grande amie, Tania.
Cette année, Isabelle a collé du poil sous les ailes d'un avion, transformé son chien en un animal mythique et fait du yoga avec des poules. Elle a aussi reproduit une photo du chanteur Mick Jagger... en mousse et lichens. « Il faut toujours penser out of the box ! », illustre-t-elle. 
De grands classiques reviennent aussi chaque année, comme incarner un Stormtrooper (célèbre personnage de la série Star Wars) et le sortir de son contexte principal, reproduire une toile célèbre avec des condiments, des bonbons ou de la nourriture pour chien, créer une robe à partir de matériaux loufoques ou donner vie à un animal avec des produits hygiéniques.
« Mais GISHWHES nous invite à recycler, à récupérer et à faire nos items dans le plus grand respect des choses et des gens, insiste Isabelle. Moi, quand j'approche les gens, ils ont une bonne réaction. Ils sont curieux et veulent en savoir plus. Je ne fais jamais rien de dérangeant. »
Et le fameux âne dans tout ça ?
« C'est lié à une inside dans Supernatural, dévoile Isabelle. Je devais trouver un âne, écrire Ass but ! sur son derrière... et prendre une photo ! »
Six personnes ont répondu à son appel sur Spotted. Finalement, celui qui a servi pour la photo vient de Dunham.

Plus qu'un simple jeu

Au-delà de son côté ludique qui pousse les gens à créer tout en ayant un fun noir, GISHWHES souhaite faire sa part, autant pour aider les autres que pour l'environnement. Ainsi, pendant la semaine, les participants sont invités à amasser des fonds ensuite remis à une bonne cause. Même dans la liste des items à réaliser, chaque année, les joueurs sont appelés à remercier pompiers, ambulanciers et policiers, par exemple, pour leur dévouement, ou encore aller donner de leur temps dans une résidence pour personnes âgées ou dans l'aile pédiatrique d'un hôpital.
« GISHWHES engage le monde socialement, se réjouit Isabelle Laframboise, participante depuis deux ans. J'aime, justement, l'aspect communautaire de l'événement. Ça fait réfléchir. »
L'an dernier, 250 000 $ ont été amassés grâce aux inscriptions (c'est 20 $ US pour participer) et aux dons recueillis au cours de la semaine. « Ce montant a été remis à une dame qui gérait une école de ballet dans un petit coin reculé de l'Afrique du Sud et qui était condamnée par le cancer, raconte Isabelle. Ainsi, sa mission va pouvoir se poursuivre. »
Aussi, grâce à son implication, GISHWHES aurait, toujours selon la participante, réussi à sauver 40 000 acres de terrain du défrichage au Népal.