Entre crabe et caméléon, l'araignée des fleurs

Plusieurs personnes perçoivent les araignées comme des bestioles sombres et ternes. Or, il existe quantité d'araignées aux coloris marbrés et chatoyants. L'une des plus attrayantes au Québec est peut-être misumena vatia, au nom poétique qui évoque une créature noble et mystérieuse.
Elle appartient à la famille des thomisidés, appelées aussi «araignées-crabes», en raison de sa silhouette arrondie, flanquée de pattes en forme de faucilles et de ses déplacements latéraux à la manière des crabes. Misumena vatia varie entre deux teintes extrêmes : jaune serin ou blanc immaculé. Elle peut passer d'une couleur à l'autre, selon le massif floral où elle s'embusque. La couleur jaune provient d'un pigment liquide sécrété par ses cellules externes. Lorsque l'araignée est sur fond blanc, ce pigment est transporté dans les cellules profondes. Contrairement au caméléon, ce changement est relativement lent et peut prendre plusieurs heures. La plupart des spécimens portent également sur chaque flanc de l'abdomen une bande irrégulière de couleur bourgogne à rose pâle. 
Comme toutes les araignées, elle possède des glandes productrices de soie, mais cette espèce ne construit pas de toile pour capturer ses proies. Sa coloration lumineuse lui permet plutôt de s'embusquer sur les fleurs où elle attend patiemment guêpes, abeilles ou autres insectes butineurs. C'est de là que vient son nom anglais de « Flower spider »: l'araignée des fleurs. Elle affectionne les fleurs jaunes ou blanches qui favorisent sa dissimulation, mais elle peut aussi se tapir sur des fleurs de coloration différente, en se tenant près du coeur jaune ou des étamines bariolées de rouge.
Bien qu'elle soit commune, elle n'est pas fréquemment observée, tant en raison de son camouflage, que de sa petite taille et de sa patiente immobilité. Elle ne s'enfuit pas précipitamment, comme plusieurs autres araignées, et chaque mouvement semble chorégraphié. Lorsqu'une proie, parfois plus grosse qu'elle, se pose à proximité, l'araignée déploie très lentement ses pattes avant, comme dans une parade d'art martial. Puis, elle les rabat vivement sur l'insecte et lui injecte son puissant venin, se laissant parfois choir et balancer au bout de son fil, en attendant la paralysie de sa proie (www.youtube.com/watch ? v=ciuecIz3-Ic).
MICHEL AUBÉ, VICE-PRÉSIDENT DU CINLB ET PROFESSEUR ASSOCIÉ À L'UNIVERSITÉ
DE SHERBROOKE