ÉCR: un plaidoyer non convaincant

Le philosophe Georges Leroux, associé de près à la conception du programme d'Éthique et culture religieuse (ÉCR), a publié un vibrant plaidoyer en faveur du programme. Le livre est intéressant à plus d'un titre, mais on pourrait dégager des applications différentes de celles que fait l'auteur.
Deux séries d'arguments, selon l'auteur, justifient ce programme d'ÉCR. Les premiers, d'ordre historique: la fidélité à l'histoire du Québec, histoire où les religions chrétiennes ont marqué l'identité du Québec, mais qu'il est temps d'aménager autrement. Les seconds, d'ordre social et politique, soit le vivre ensemble harmonieux dans le respect et l'ajustement au pluralisme de la société. Sa conception s'inscrit donc dans la continuité et le dépassement de ce qui se faisait antérieurement dans l'école, à savoir la formation morale et la formation religieuse confessionnelle.
 
L'auteur plaide pour un programme unifié, réparti sur les onze années du primaire et du secondaire, au nom de l'intégration de tous à l'école commune et de la reconnaissance mutuelle.
Le livre contient des idées particulièrement heureuses:
- le regard positif posé sur l'héritage chrétien, qui «imprègne la culture de l'Occident», dont le Québec;
- plus largement, la conception positive des religions, qui ne proposent pas des positions morales sommaires et archaïques, mais «des formes symboliques historiques et actuelles, dont l'interprétation est essentielle à la compréhension de l'identité et de l'expérience contemporaines»;
- la dénonciation d'une conception utilitariste de l'école;
- la critique du relativisme qui conduit au scepticisme.
Le livre contient cependant des éléments problématiques en lien avec ceux du programme d'ÉCR qu'il s'applique à justifier.
1. Affirmant que le programme est le fruit d'un long processus démocratique, le livre ne dit rien sur les ratés de cette histoire.
2. Rien sur la responsabilité et le droit des parents sur l'éducation morale et religieuse de leurs enfants.
3. La laïcité admet d'autres modèles, trop rapidement rejetés par l'auteur sous l'appellation globale de communautarisme (pays scandinaves et Allemagne) et de républicanisme (France). La diversité serait beaucoup plus grande si l'on distinguait, par exemple, la fin (égalité et liberté de conscience) et les moyens (autonomie de l'État et des religions).
4. L'auteur durcit la notion d'école commune, intégrative. En quoi, en effet, la séparation des élèves durant une ou deux heures semaine nuit-elle à cet objectif. Ça se fait déjà pour le choix de plusieurs matières.
5. Comme le programme, l'auteur présente une vision réductrice de la religion, centrée sur la connaissance des rites et symboles mise au service du vivre ensemble, sans insistance sur sa signification ou son apport à la compréhension des grandes questions de l'existence.
6. Le livre assume enfin les aspects anti-pédagogiques du programme, notamment au primaire: lien trop étroit entre morale et religion (quoiqu'il me semble heureux de les mettre à l'intérieur du même groupe de matières); exposition prématurée des jeunes devant autant de conceptions de la vie (six religions); insistance inappropriée sur l'esprit critique à cet âge.
7. À un autre niveau, le livre passe sous silence les difficultés du processus en cours, notamment le manque de préparation des maîtres y compris des formateurs des maîtres.
Conclusion. Malgré la richesse de certaines réflexions, le livre n'arrive pas à convaincre de la justesse du programme d'ÉCR proposé par le Ministère. Peut-être cela tient-il principalement à l'absence de distance entre la réflexion d'ordre philosophique et les applications d'ordre pédagogique. En attendant une révision importante du programme, il est urgent de permettre l'exemption aux élèves (ou parents) qui ne veulent pas suivre le cours. Aux commissions scolaires et aux écoles de prendre leurs responsabilités si le ministère tarde à le faire.
Guy Durand
Dunham