Quelques artisans du projet de fromagerie: Jean Beaudoin (excavation), Henriot M. Sabourin (gérant de projet), Caroline Pelletier et Paulin Bard (propriétaires), Yves Lévesque (maire de Bedford) puis Emily et Louis Bard.

Du rêve à la réalité

Un rêve qui se matérialise. C'est ainsi que Caroline Pelletier décrit l'aventure qui commence pour elle et son conjoint Paulin Bard. Le couple, à la tête de la ferme Missiska de Saint-Armand, vient en effet de lancer les travaux pour transformer une ancienne ébénisterie en fromagerie à Bedford.
Depuis bientôt 10 ans, le duo d'éleveurs de vaches Jersey prend du galon. Ce n'est que tout récemment que l'opportunité de diversifier ses activités s'est présentée. 
« Avoir ma fromagerie, c'est un rêve de jeunesse, a confié l'entrepreneure. Mais je ne voulais pas le faire à n'importe quel prix. Le projet est resté en veilleuse pendant des années. Quand je voyais des bâtiments commerciaux se multiplier à la sortie de Bedford, je souhaitais qu'un jour, ce soit mon tour. Là, tous les ingrédients sont réunis pour que ça fonctionne. Alors on fonce. » 
En fait, Caroline Pelletier voit le lancement d'une fromagerie comme une « suite logique » et stratégique aux différents projets bouclés jusqu'ici. Au fil des ans, le couple a misé sur la qualité de son troupeau, qui compte aujourd'hui une soixantaine de Jersey pur sang. Troupeau qui est maintenant « à maturité », a dit l'éleveuse. 
« On aurait pu décider de prendre de l'expansion, mais on ne voulait pas se rendre à 100 têtes. On préfère miser sur la qualité que sur la quantité, a indiqué la présidente du Conseil québécois des races laitières. On a une petite terre de 100 acres, dont 80 cultivables. Et c'est bien comme ça. Comme on a deux jeunes enfants, on a voulu faire d'une pierre deux coups en leur offrant deux options dans le futur pour travailler dans l'entreprise, s'ils le veulent évidemment. »
Montagne russe
Bien qu'elle se décrive comme une « femme de défi », Caroline Pelletier concède que se lancer dans l'aventure d'une fromagerie lui fait vivre des émotions en montagne russe. « Ce n'est pas donné à tout le monde de lancer son entreprise. J'ai parfois le vertige en pensant qu'on se lance dans le vide. Mais heureusement, la base est solide, a-t-elle imagé. Alors, c'est évident qu'on aura du succès. »
Le couple a récemment acquis une ancienne ébénisterie (l'Artisan des Appalaches), située au 100, rue Wheeler, pour établir la Fromagerie Missiska. Caroline s'occupera de la production et de la vente, tandis que son conjoint veillera aux affaires de la ferme. Des travaux mineurs seront réalisés au cours des semaines à venir pour aménager la boutique, puis les équipements de transformation du lait. « Avoir une idée dans sa tête, c'est une chose. Mais la voir se matérialiser, c'est vraiment stimulant. C'est une belle sensation après avoir mis autant d'efforts. »
Amalgame
Sortir des sentiers battus. C'est ce que compte faire Caroline Pelletier en misant sur un amalgame de produits à la fois uniques et de grande qualité. La situation géographique de la fromagerie devrait également peser dans la balance. 
« On sera la seule fromagerie sur la Route des vins dans Brome-Missisquoi. C'est un atout majeur », a-t-elle fait valoir.
Pour commencer, quatre produits seront offerts. Le plus emblématique, selon la femme d'affaires, sera le Jersey Royal, un fromage à pâte molle inspiré des chaources français. « Il va nous démarquer dans le marché. C'est un fromage qui n'existe pas au Québec et il y a un seul endroit où on le retrouve au Canada. »
Du fromage en grains sera aussi offert à raison de trois jours par semaine. Les gens pourront également se procurer dans le commerce du lait embouteillé (non homogénéisé). De même, un fromage ferme, le Missiska, se retrouvera dans les présentoirs.
La nouvelle entreprise devrait employer cinq personnes. La totalité de la production de lait, soit environ 275 000 litres, sera requise pour générer près de 40 000 kg de fromage.