Sarah-Maude Daviau sait où elle s'en va dans la vie. Après ses études en comptabilité, elle veut travailler en insolvabilité. Elle signe un blogue pour aider les gens à prévenir la faillite: ParlonsArgent.

Des chiffres et des lettres

Sarah-Maude Daviau fait partie d'une lignée d'oiseaux rares. À 18 ans, ces rendez-vous préférés étaient ceux planifiés avec sa conseillère financière. Aujourd'hui, la jeune femme de25 ans termine son bac en comptabilité à l'UQÀM, poursuit une formation pour devenir conseillère en insolvabilité, prévoit entrer en maîtrise dans son domaine en septembre et travaille chez Raymond Chabot comme agente. Passionnée par son domaine, elle signe aussi un blogue pour prévenir la faillite : ParlonsArgent !
Le sujet n'anime pas les passions autour d'une table avec ses amis, mais si quelqu'un lui ouvre la porte pour parler de finances personnelles et de moyens pour gérer son argent, Sarah-Maude Daviau devient intarissable. Son dada ? Analyser diverses situations, trouver des solutions et aider les gens à se sortir du pétrin. Une passion qui s'est développée dans ses cours de finances et de comptabilité alors qu'elle étudiait en technique de commercialisation de la mode. « J'en mangeais ! », lance-t-elle avec enthousiasme. Des fois, je reprenais le prof ! »
D'où l'idée de s'inscrire au baccalauréat en comptabilité, explique Sarah-Maude, qui a grandi dans une famille pour qui les affaires n'ont pas de secrets. Anecdote : elle est l'une des petites-filles de Bernard « Ben» Dubé à l'origine de la légendaire cantine Chez Ben, on s'bour la bédaine.
C'est d'ailleurs dans ce lieu mythique que Sarah-Maude a fait ses premiers pas dans le monde du travail. « J'ai commencé à travailler à l'âge de 12 ans, raconte-t-elle. Et j'économisais déjà. Je déposais toutes mes paies ! »
Un geste admirable pour une enfant, et dont elle se félicite aujourd'hui, consciente d'être une des rares de sa génération à avoir pensé tôt à mettre des sous de côté. « Mais je remercie ma mère de m'avoir aidée à vivre le moment présent, souligne Sarah-Maude, qui fait preuve d'une grande maturité. J'économisais, mais je ne profitais de rien. Il y a un équilibre à atteindre. »
C'est d'ailleurs dans un souci de prévention, et pour aider les gens à bien gérer leur argent qu'elle a décidé de signer un blogue sur le sujet. ParlonsArgent est accessible sur Facebook. Vulgariser un domaine qui peut parfois donner le vertige à certains fait aussi partie des buts visés par ParlonsArgent.
Elle y aborde le budget, les assurances, la surconsommation, le crédit, les dettes, les investissements, etc. Toujours dans le but de prévenir plutôt que de guérir.
« C'est rare que les gens ont un coussin, illustre-t-elle. Peu seraient capables de faire face à un imprévu. Normalement, chacun devrait avoir de côté l'équivalent de trois mois de 'train de vie'. Une maladie, une perte d'emploi, ça arrive parfois plus vite qu'on pense... »
Sarah-Maude regrette d'ailleurs devoir, dans le cadre de son travail, transférer aux conseillères en insolvabilité ou encore aux syndics des gens plus jeunes qu'elle. « Les jeunes ont un problème avec le crédit, déplore-t-elle. On vit dans un monde de surconsommation et on a accès à tout. Aussi, les gens sont parfois impulsifs. Ils signent vite, sans analyser toutes les options. »
Grâce à son blogue, Sarah-Maude entend donc outiller les gens. « Mon entourage m'inspire et écrire me permet de ranger le bordel dans ma tête, souligne-
t-elle en riant. J'ai beaucoup de plaisir à faire ça et si je peux aider ne serait-ce qu'une personne, je serais heureuse. Je n'invente rien, tu sais. Je fais juste en parler ! »
Suggestion de lecture
Dans son blogue daté du 19 décembre dernier, Sarah-Maude Daviau invitait les gens à se procurer le livre du comptable Pierre-Yves Mcsween intitulé En as-tu vraiment besoin. Un bouquin qu'elle aurait aimé écrire.
« C'est un bon livre. C'est bien écrit, insiste la jeune femme de 25 ans qui se dirige aussi en comptabilité, plus précisément en insolvabilité. Il a le tour de dire les choses pour que tout le monde comprenne. Il est gratteux, et il s'assume ! »
Si elle avait à se décrire en un mot en ce qui concerne ses propres finances, Sarah-Maude se qualifierait plus d'économe que gratteuse. « J'ai de l'argent de côté et je ne veux pas y toucher, explique-t-elle, visiblement raisonnable, organisée et réfléchie. Le long terme, c'est pour ma retraite, le moyen terme pour l'achat d'une maison, du moins une partie (elle aimerait bien avoir un amoureux avec qui partager cette dette !), et le court terme, pour les imprévus. »
Malgré son profil d'épargnante, Sarah-Maude ne cache pas avoir son côté gaga : les iPhones.
« Pierre-Yves Mcsween m'a parfois frustrée, avoue-t-elle. Surtout quand il parlait de technologie, mais je fais partie de cette génération-là ! Je l'ai quand même beaucoup aimé. Il vulgarise et fait réfléchir. Il te ramène à l'essentiel. »
Ce qu'elle tente également de faire à travers ParlonsArgent. Un blogue qu'elle entend amener encore plus loin. Un projet qu'elle chérit est celui d'offrir des conférences dans les écoles secondaires. Là où un petit cours accéléré sur les finances personnelles peut avoir le plus grand impact, considère-t-elle. « C'est le moment où tu pars de la maison avec ta carte de crédit étudiante avec sa marge de 500 $, illustre-t-elle. À coups de 500 $, ça peut aller vite (l'endettement). »
D'où l'importance pour les jeunes d'être bien outillés et de penser à épargner. « L'effet boule de neige, c'est payant à long terme, insiste-t-elle. Moi, je ne m'en rendais même pas compte. »