La Ville de Granby doit trouver une solution définitive aux problèmes de bruit causés par le centre de tir. Le déménagement du centre n'est pas à exclure.

Corriger le tir

Que Granby Multi-Sports convainque ou non la Cour suprême que les activités de son centre de tir servent l'intérêt public, son emplacement dans un quartier résidentiel demeure problématique. La Ville, patronne de l'organisme qui gère le site, est propriétaire du terrain de 13,5 hectares. C'est à elle de trouver une solution définitive. Un déménagement n'est pas à exclure.
S'il est vrai que des inconvénients viennent avec les activités du centre de tir, il est aussi véridique de dire que l'endroit a des utilités pertinentes, comme souhaite le plaider la procureure de Granby Multi-Sports, Me Vanessa Gravel, devant les juges de la Cour suprême. Des détenteurs d'armes à poing ont l'obligation de s'entraîner au minimum une fois par année s'ils veulent conserver leur permis, des policiers s'y rendent fréquemment pour s'exercer tout comme des centaines d'amateurs de tir. Les besoins sont grands et les centres de tir, rares. 
Il y a aussi l'intérêt des citoyens du secteur à considérer. Leur droit de profiter en toute quiétude de leur propriété existe. Or, non seulement la fréquence des activités du centre de tir a augmenté ces dernières années, mais le niveau sonore également, ont souligné dans leur jugement les trois juges de la Cour d'appel. Leur décision d'imposer un horaire restreint pour les activités du centre de tir, notamment en les limitant à deux week-ends durant l'été, découle de leur reconnaissance de la préséance des droits des deux demandeurs dans cette cause, le couple Sébastien Lefebvre et Julie Bourgea. Par extension, ils reconnaissent ce même droit à tous les résidents du coin.
Ce n'est pas la première fois que des problèmes d'incompatibilité d'usages secouent un voisinage. Des villes comme Granby, qui a un historique industriel important, doivent faire face à de telles situations. Encore aujourd'hui, des décennies après la désignation de secteurs à vocation industrielle, des îlots industriels sont parsemés ici et là à travers des quartiers résidentiels. Bruit, odeurs, va-et-vient de camions, les inconvénients pour les résidents nuisent souvent à leur qualité de vie.
Quand les entreprises coincées dans ces îlots doivent moderniser leurs installations ou veulent ajouter à leur superficie, elles sont encouragées à déménager dans un secteur plus propice à leurs activités. Des municipalités, comme Granby, les aident financièrement. Tout le monde s'en porte mieux.
Certains diront que les résidents du secteur du centre de tir, ouvert en 1976, connaissaient son existence avant de s'y établir. En l'occurrence, qu'ils savaient quels inconvénients ils allaient devoir endurer. Ils le savaient tous, aucun doute à avoir là-dessus. C'est la même chose avec les gens qui ont acheté une maison dans le secteur de l'Autodrome Granby.
Les citoyens qui habitent près du centre de tir ne pouvaient, cela dit, savoir que les lieux allaient être encore plus utilisés ces dernières années. Et c'est là que Granby Multi-Sports s'est rendu vulnérable. L'autodrome n'a pas outrepassé les limites de son droit acquis.
Une ville évolue. Et cette évolution exige des ajustements sur le plan de l'urbanisme, comme des modifications de zonages pour tenir compte de nouvelles réalités terrain. On en est là avec le centre de tir.
D'autres maisons se construiront dans ce secteur. Le terrain où se trouve le centre de tir pourrait en accueillir également. La vente du terrain, dont l'évaluation municipale s'élève à 168 000 $, pourrait aider le centre à être relocalisé dans un endroit plus propice.
Le couple Lefebvre-Bourge a obtenu 10 000 $ de la cour en guise de dédommagement. Quel pourrait être le montant à payer par Granby Multi-Sports au terme d'un recours collectif des citoyens du quartier ?
Il appartient à la Ville de Granby de respecter ses citoyens et de corriger le tir.