Le néophyte que je suis est bien heureux de pouvoir me familiariser à ce sport sur des pistes qui ne sont pas recouvertes de deux pieds de neige. Pas tout de suite, en tout cas.

Comme Daniel Boone... ou presque

En décidant de me promener en raquette dans le massif des monts Sutton, je m'imaginais déjà m'élancer dans la neige folle tel un vrai coureur des bois. Un vrai de vrai. Avec un couteau à la main et un ballot de fourrures dans le dos, prêt à traverser les Amériques. «Il n'a peur de rien/Car il connaît bien/Les ruses des Indiens/David Boone, c'est son nom.» L'expérience a été une vraie leçon d'humilité.
Pour avoir déjà gravi le Round Top en automne avec des copains du secondaire voici quelques années, je savais que le sommet de 953 mètres offrait une vue spectaculaire sur les environs et que son ascension représentait un bon défi sportif. J'entretenais le désir d'y revenir un jour. Avec les généreuses bordées de neige qui sont tombées cette année, les paysages en haut devaient y être magnifiques, que je me suis dit.
La semaine dernière, j'ai candidement confessé dans cette chronique mon inexpérience dans le domaine de l'escalade de glace. Maintenant, j'avoue que je n'ai pas chaussé des raquettes depuis la petite école. Pas trop sorteux, le gars. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire, a déclaré un grand sage. Et en moins de temps qu'il ne faut pour prononcer le nom d'un athlète olympique letton, j'étais en route vers le Parc d'environnement naturel de Sutton (PENS), ayant bon espoir de conquérir la montagne sans trop suer. Erreur.
Mardi matin, c'était le calme plat à l'accueil du parc, chemin Réal. Quelques voitures indiquent qu'une poignée d'irréductibles avait déjà entamé leur randonnée dans les quelque 40 kilomètres de sentiers ouverts durant la saison blanche.
À la réception, Michelle, une dame des plus courtoises, me reçoit. Elle tire la fenêtre de sa petite cabane pour m'expliquer les différents itinéraires que je peux emprunter. En trois heures, je devrais être bon pour monter jusqu'au Round Top, revenir sur mes pas sur deux cents mètres pour ensuite faire une boucle sur une crête haute de plus de 800 mètres. Finalement, j'amorcerais la descente entre le lac Spruce et le Mud Pond jusqu'à mon point de départ. Son index se déplace de quelques centimètres sur la carte. Ça me semble réaliste.
J'attache mes raquettes - gracieusement prêtées par mon beau-frère - fin prêt pour l'aventure.
Durant la première heure d'ascension, je me suis senti pataud avec ces deux machins sous les pieds qui m'obligeaient à marcher comme un canard. J'étais encore loin du coureur des bois.
Le sentier qui mène au Round Top est bien tapé. Certains le qualifieront d'autoroute et voudront jouer du côté des parcours dans le secteur est du parc, moins fréquenté. En fin de compte, le néophyte que je suis est bien heureux de pouvoir me familiariser à ce sport sur des pistes qui ne sont pas recouvertes de deux pieds de neige. Pas tout de suite, en tout cas.
Je prends des pauses fréquentes question de prendre quelques photos et de ne pas me brûler. J'époussette la neige d'un tronc d'arbre au sol pour m'y asseoir. En prêtant l'oreille, il n'y a que le souffle du vent dans les branches de sapin et le rare chant d'un oiseau. On ne distingue pas le moindre bruit d'activité humaine, vous savez, cette espèce de bourdonnement incessant causé par les moteurs des machines qui s'insinue dans l'oreille même au plus profond de la nuit? Celui-là. On devrait créer des zones sans bruit artificiel dans les grandes villes qui n'ont pas de petits paradis comme les monts Sutton à proximité. Les gens seraient plus reposés.
Autre aspect agréable du site, le randonneur peut observer le changement de végétation au sein du Parc. La forêt mixte cède la place à la forêt de conifères à mesure qu'il grimpe en altitude.
Plus facile de monterque de redescendre
Après une heure trente d'ascension, je parviens au sommet du haut duquel j'aperçois les premières montagnes du Vermont. Magnifique. De fortes bourrasques de vent m'empêchent toutefois de jouir longtemps de la belle vue et je grignote en vitesse quelques fruits sous les branches d'un sapin.
J'amorce la descente par le sentier du Versant Ouest au lieu de revenir sur mes pas comme me l'avait conseillé la dame de l'accueil. Bête oubli. Je cherche à planter mes crampons dans la neige, mais l'inclinaison plus qu'abrupte de la piste me donne l'impression de descendre un escalier sur des échasses. Sans bâtons pour m'appuyer, je fais une première chute. Je glisse sur un bon dix mètres avant de finir ma course les quatre fers en l'air. Soupir de soulagement, ma caméra n'a rien de brisé.
Je me relève en me promettant qu'on ne m'y reprendra plus. Je fais à peine trois pas que mon corps penche dangereusement par en avant. Je gigote des bras pour garder mon équilibre. Deuxième chute.
Coudonc, je ferais mieux de glisser en petit bonhomme sur mes raquettes. Personne n'est là pour regarder. Tant mieux. Je me donne un petit élan et je me laisse aller. Ça va plus vite que je pensais. Pas meilleur pilote de luge que raquetteur, j'échoue dans un banc de neige.
Sonné, j'ôte mes raquettes et je descends la côte à pied jusqu'à un carrefour. Courbaturé de partout, je renonce à faire l'itinéraire de départ et je coupe vers le lac Spruce. Je remets les raquettes en priant pour ne plus avoir d'autres pentes devant moi.
Sur le chemin du retour, le trajet - moins dénivelé - se déroule sans problème. Je pars des monts Sutton, fourbu, mais heureux d'avoir accompli ce défi que je m'étais lancé. Chapeau aux véritables Daniel Boone qui vont y faire de la randonnée chaque semaine.