Le Lake Champlain Basin Program, qui gère les projets de dépollution du lac Champlain, risque de perdre son financement fédéral de 5,5 millions de dollars.

Budget Trump : « Ça fait peur pour la baie Missisquoi »

Les compressions annoncées jeudi par le président des États-Unis Donald Trump dans des programmes et des agences fédérales liées à la protection de l'environnement risquent de nuire aux efforts de dépollution du lac Champlain.
Dans son projet de budget 2018, l'administration Trump veut sabrer 31 % du budget de l'EPA, l'agence de protection de l'environnement. L'organisme serait par ailleurs appelé à abandonner ses programmes de lutte contre les changements climatiques et à édulcorer ses programmes de protection de l'air et d'amélioration de la qualité de l'eau des lacs et rivières. Le financement de plusieurs mesures de dépollution du lac Champlain provient en grande partie de sources fédérales.
Le Lake Champlain Basin Program est directement touché par les propositions de la Maison-Blanche. L'organisation, qui gère plusieurs projets de réhabilitation du lac, obtient annuellement 5,5 millions de dollars américains (7 753 000 $ canadiens). Elle reçoit des subventions de l'EPA, de la Great Lake Fisheries Commission et de la National Parks Commission. Le LCBP emploie une quinzaine de personnes à temps plein et une quinzaine d'autres durant la saison estivale pour des projets spéciaux. 
Le contenu du budget fédéral n'a surpris personne au LCBP. « Nous savions où logeait le président sur les questions environnementales. Nous nous attendions à ça », explique Eric Howe, directeur des programmes.
L'an dernier, le LCBP a mis en place une soixantaine de projets dans les États du Vermont et de New York pour réduire les charges de phosphore, combattre les algues bleues, améliorer les techniques agricoles, lutter contre des espèces envahissantes, aménager des bassins de sédimentation et des milieux humides. Il a aussi financé des projets de recherche sur le lac Champlain.
Les propositions budgétaires du président Trump ont également fait réagir au nord du lac. « C'est une vision à court terme et c'est vraiment inquiétant. On peut perdre tout le travail réalisé depuis 10, 15 ans pour améliorer l'eau du lac Champlain », déplore Pierre Leduc, président de l'Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi. « Ça nous touche directement. Environ 60 % de l'eau dans la baie Missisquoi arrive des États-Unis. On ne peut améliorer la qualité de l'eau sans eux. »
Le Québec et les États du Vermont et de New York travaillent depuis les années 1990 à réduire les charges de phosphore dans le lac Champlain, note M. Leduc. Plusieurs interventions ont été réalisées au fil des ans dans les tributaires du lac, a-t-il. Les résultats, bien que timides, sont encourageants, soutient-il. « Les efforts qu'on fait suffisent à peine à maintenir la qualité de l'eau du lac. C'est déjà une victoire en soi. Mais il faut continuer pour réussir. »
Visées claires
Les visées du président Trump sont claires, estime Simon Lajeunesse, coordonnateur de la gestion des cours d'eau à la MRC Brome-Missisquoi. Il est un apôtre de la déréglementation pour favoriser l'exploitation des ressources, dit-il. La volonté de sabrer les ressources financières de l'EPA survient alors qu'un nouveau plan de dépollution du lac Champlain vient d'entrer en vigueur. Les objectifs sont élevés, fait remarquer le biologiste. « Il s'attaque aux rejets industriels et aux eaux usées. C'est vraiment un plan ambitieux. Mais avec le budget proposé, il est clair que l'agence de protection de l'environnement va revoir tout ça. Ça sent le recul. Ça fait peur pour la baie Missisquoi. »
Le Congrès doit approuver les mesures budgétaires avant qu'elles n'entrent en vigueur. L'équipe de M. Howe entend en profiter pour faire valoir la pertinence de ses interventions. « Notre travail maintenant est d'expliquer aux membres du Congrès en quoi consiste notre travail. On peut compter sur nos représentants dans les congrès d'État et nos quatre sénateurs. On espère pouvoir continuer d'obtenir des subventions. On ne peut maintenant que monter puisque nous n'en avons plus », dit-il à la blague.
M. Leduc se croise les doigts pour que la partisanerie politique cède la place à un sain débat politique concernant les lacs que se partagent les États-Unis et le Canada-. Un aspect à ne pas négliger, selon lui, est l'appui que récolte la dépollution du lac Champlain dans ses deux États riverains. « Il y a beaucoup de soutien au Vermont et à New York pour mieux protéger le lac Champlain. Ça pourrait influencer les élus. »
En plus des programmes de dépollution des cours d'eau, le projet budgétaire du président Trump entend réduire le financement de ceux touchant la décontamination de sites pollués par des déchets toxiques et qui font la promotion des électroménagers moins énergivores.
Trump heurte les visées canadiennes
Les compressions budgétaires proposées par le président Trump heurtent de plein fouet les visées du gouvernement Trudeau en matière de protection des lacs transfrontaliers. Ottawa veut investir 19,5 millions de dollars lors des cinq prochaines années pour améliorer ces immenses étendues d'eau, dont 7,5 millions de dollars pour le lac Champlain et la rivière Richelieu.
Le fédéral peut-il aller de l'avant alors que l'administration américaine souhaite retirer son financement de programmes visant les lacs transfrontaliers ? Denis Paradis est perplexe sur cette question. D'autant que la Commission mixte internationale, une organisation composée de représentants des deux pays, est financée à parts égales par les deux nations. « C'est embêtant. Ils n'abolissent pas la Commission, mais ils lui coupent les deux ailes. On a besoin d'un engagement des deux pays pour avancer, pour dépolluer nos lacs », indique le député de Brome-Missisquoi.
Bien que le Congrès doive d'abord approuver les suggestions de M. Trump, souligne M. Paradis, le Canada doit se préparer. « Je suis très déçu qu'il sabre comme ça en environnement et en éducation pour mettre tout cet argent dans l'armée. C'est catastrophique quand on y pense. On n'a pas de pouvoir sur ce qui se passe de l'autre côté. Mais on doit continuer de les sensibiliser. Beaucoup de républicains, des gouverneurs, des sénateurs et des membres du Congrès viennent d'États qui dépendent des Grands Lacs. On va les approcher et leur parler. »
M. Paradis se rendra à Washington DC dans les prochaines semaines pour rencontrer des élus. Il a bien l'intention de discuter des enjeux environnementaux communs des deux pays. Avant cela, il entend aborder la question la semaine prochaine avec la ministre de l'Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna.
Le député n'a pu dire si le ministre des Finances, Bill Morneau, traitera à nouveau des lacs transfrontaliers dans le budget qu'il déposera mercredi.
La ministre McKenna n'a pas donné suite vendredi à notre demande d'entrevue. Michel Laliberté