Le premier ministre Philippe Couillard croit que le prêt de 372 millions $ du fédéral à Bombardier est «peut-être la première d'autres interventions» du gouvernement Trudeau auprès de l'avionneur québécois. 

Bombardier: Ottawa pourrait ajouter de l'argent, selon Couillard

L'aide du gouvernement fédéral à Bombardier arrive «tardivement», reconnaît le premier ministre Philippe Couillard, qui croit qu'Ottawa pourrait rajouter de l'argent.
L'annonce d'un prêt sans intérêt de 372 millions $ à l'avionneur québécois pour l'avion d'affaires Global 7000 et le CSeries est «un premier pas», a souhaité le premier ministre en chambre, mercredi. 
«Cette aide est arrivée tardivement, on aurait souhaité qu'elle arrive avant, a déclaré M. Couillard. Mais je crois que c'est peut-être la première d'autres interventions.»
Le gouvernement du Québec a investi 1,3 milliard $ dans une coentreprise avec Bombardier dédiée à la CSeries en octobre 2015. Le premier ministre estime que les gestes posés par son gouvernement ont été si bénéfiques que l'entreprise a pu se redresser en attendant la participation fédérale. «L'intervention de notre gouvernement a tellement été judicieuse, tellement été mesurée, tellement été bien placée à un moment critique [...] que la situation de l'entreprise s'est considérablement transformée», s'est félicité M. Couillard.
Réactions de l'opposition
Le chef de l'opposition péquiste, Jean-François Lisée, s'explique mal le deux poids, deux mesures d'Ottawa par rapport au Québec. Lorsque l'industrie automobile de l'Ontario, les projets hydro-électriques de Terre-Neuve ou le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta ont besoin d'aide, le gouvernement répond présent, a affirmé le chef péquiste. Mais quand l'aéronautique québécoise bat de l'aile, Ottawa met moins d'argent et refuse de prendre des risques. «Quand notre tour vient, bien, ce n'est jamais notre tour, a dit M. Lisée. Ce n'est jamais notre tour. Je pense qu'on serait mieux de faire l'indépendance du Québec.»
À la Coalition avenir Québec, le chef François Legault continue d'accoler l'étiquette «amateur» au premier ministre pour la négociation de son entente avec Bombardier. Selon lui, Québec aurait dû investir son 1,3 milliard $ dans l'ensemble de l'entreprise, pas uniquement dans la filiale plus risquée de la CSeries. Il juge que Québec n'a pas obtenu des garanties d'emploi à la hauteur de son investissement et du risque supporté. 
Le solidaire Amir Khadir dénonce que l'aide fédérale serve «essentiellement à aller renflouer les emplois en Ontario». Il voit dans ce dossier la démonstration que les «grandes corporations» peuvent «faire à peu près à leur guise».
Réactions fédérales
L'opposition à Ottawa n'a pas tardé à critiquer la décision du gouvernement Trudeau d'accorder un prêt à Bombardier, les conservateurs dénonçant l'utilisation de l'argent des contribuables pour une entreprise «qui n'en avait pas besoin pour continuer», tandis que le Bloc estime que le Québec est «complètement abandonné» par le fédéral.
À l'entrée des caucus, mercredi, le jeune député conservateur Garnett Genuis a indiqué qu'il aurait été préférable que le gouvernement appuie un agrandissement de l'aéroport Billy-Bishop à Toronto, ce qui aurait permis de soutenir du même coup Bombardier. Les conservateurs avaient d'ailleurs déposé une motion en ce sens l'an dernier, sans succès. Son collègue québécois Gérard Deltell a un peu plus tard abondé dans le même sens.
«Si le gouvernement veut vraiment aider Bombardier, ce que l'on dit au gouvernement, c'est de baisser les taxes et les impôts pour toutes les entreprises, mais aussi, permettez à la CSeries d'atterrir à Toronto, ce qu'on ne permet pas actuellement! Quel signal curieux que l'on envoie à travers le monde entier! On est très fier de dire que c'est le meilleur avion au monde, que c'est fantastique, que c'est tout beau, mais on ne lui permet pas d'atterrir devant la ville principale du Canada», a accusé M. Deltell.
MM. Deltell et Genuis ont également rappelé que Bombardier avait déclaré dans le passé que l'aide fédérale n'était pas nécessaire pour poursuivre ses activités.
De son côté, le chef par intérim du Bloc québécois, Rhéal Fortin, a dénoncé le montant du prêt octroyé par Ottawa, qui se situe loin du milliard que demandait la compagnie québécoise.
Selon lui, le Québec est complètement laissé à lui-même comparativement aux autres provinces.
Pour sa part, le chef néo-démocrate Thomas Mulcair souhaite avoir l'assurance que les emplois liés au prêt fédéral demeureront bel et bien au Canada.  Avec La Presse canadienne