Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Simon Roberge - Gamer
La Tribune
Simon Roberge - Gamer
<em>Six Days in Fallujah</em> devrait paraître d’ici la fin de l’année sur PlayStation, Xbox et PC.
<em>Six Days in Fallujah</em> devrait paraître d’ici la fin de l’année sur PlayStation, Xbox et PC.

Six Days in Fallujah : une controverse légitime

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / On accuse souvent les jeux de tir d’être devenus des outils de recrutement pour l’armée. Si ces jeux ont longtemps envoyé le joueur face à des vagues de nazis, d’extraterrestres ou de monstres, depuis une dizaine d’années et surtout depuis l’attentat du World Trade Center, les terroristes ont pris le flambeau et font figure d’antagonistes dans plusieurs jeux de guerre.

On peut penser à Call of Duty Modern Warfare, Tom Clancy’s Rainbow Six, Medal of Honor, Battlefield, etc. qui jettent le joueur contre des terroristes génériques qui crient Allah akbar avant de se faire exploser par une grenade.

Ces jeux font toutefois face à un problème de taille. Ils doivent s’inscrire dans une réalité actuelle. Il n’y a aucun recul comme avec la deuxième guerre mondiale ou de détachement face à un univers fantastique ou de science-fiction. La plupart des jeux ont donc opté pour des scénarios vraisemblables, mais fictifs. Imaginez maintenant qu’un jeu soit basé sur des événements réels qui se sont déroulés... en 2004. C’est ce que tente de faire Highwire Games avec Six Days in Fallujah.

Ce jeu prévu pour la fin de l’année sur PlayStation, Xbox et PC crée donc, on l’imagine, une importante controverse. Une pétition pour annuler la sortie du jeu avait d’ailleurs amassé mardi après midi plus de 10 000 signatures. Le jeu a aussi été décrié par plusieurs journalistes et développeurs.

Selon l’encyclopédie Britannica, la deuxième bataille de Fallujah, sur laquelle le jeu est basé, est une opération conjointe entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Irak pour reprendre la ville des mains des insurgés islamiques. La bataille qui s’est déroulée du 7 novembre au 23 décembre 2004 a coûté la vie à 110 soldats de la coalition en plus d’en blesser 600 autres. Quelque 3000 insurgés ont été tués ou capturés et on estime à plusieurs milliers le nombre de morts chez les civils.

Un aperçu de six minutes dévoilé cette semaine n’a fait qu'attiser les flammes. On y voit des soldats américains aller de bâtiment en bâtiment en éliminant les insurgés. À un certain moment, l’un des soldats mentionne (en entrevue à la Band of Brothers) que c’est la fête de son garçon et qu’il ne veut surtout pas mourir le jour de sa fête, mais il raconte cela tout en continuant de décharger son arme dans les rues de la ville. Quand on sait que la bataille a coûté la vie à des milliers de civils... c’est un peu de mauvais goût. Le marine américain critique aussi la décision des familles irakiennes qui ont décidé de rester chez elles plutôt que d’évacuer la ville. On voit quand même quelques Irakiens raconter leur point de vue à la toute fin du vidéo.

Le grand problème, et je ne suis pas le premier ni le dernier à le dénoncer, c’est la surreprésentation du point de vue américain. Cette bataille a eu des impacts majeurs pour des milliers d’Irakiens et on se concentre sur les soldats américains qui arrivent et tirent sur tout ce qui bouge. Ce problème est omniprésent dans l’industrie du film, mais tardait à apparaître dans l’univers vidéoludique.

Je ne comprends pas non plus l’empressement de faire ce jeu. D’autant plus qu’il avait déjà été annoncé pour une première fois en 2009 puis annulé en raison des nombreuses critiques. Avec assez de recul, tout devient acceptable ou presque. Personne ne va s’indigner d’un jeu où les Romains déciment des hordes de barbares. Même les attaques au gaz moutarde de la Première Guerre mondiale ne font plus réagir. Ça fait trop longtemps et plus personne n’a de lien avec ces événements.

Cette saga n’est pas sans rappeler le jeu Syphon Filter : The Omega Strain sur PS2 qui proposait en 2003 un niveau où le joueur tuait des séparatistes québécois qui avaient pris le contrôle du métro de Toronto. Sony avait retiré toutes les références au groupe séparatiste à la suite de nombreuses critiques.

On peut toutefois laisser la chance au coureur. Peut-être que le jeu final de Six Days in Fallujah sera une belle représentation juste et réelle des terribles combats de rues qui ont eu lieu en 2004. Mais j’en doute. Ça risque plus d’être le meilleur outil de recrutement jamais développé pour l’armée américaine.