Le chiffre d’affaires des trois derniers mois de 2018 d’Apple, le premier trimestre de son exercice décalé, est ressorti en repli de 5 % à 84,3 milliards $. Ce chiffre a été plombé par un repli de 15 % à 52 milliards $ du chiffre d’affaires tirés des iPhone.

L’iPhone ne paie plus

SAN FRANCISCO — Apple a confirmé mardi que ses ventes de fin d’année avaient été décevantes avec un chiffre d’affaires en repli et un bénéfice net à la peine, plombés par l’iPhone et la Chine, mais a su néanmoins rassurer les investisseurs.

Malgré les résultats, le titre avançait de presque 6 % en Bourse dans les échanges électroniques vers 17h30.

Bien qu’Apple enregistre là pour la première fois depuis des années des résultats en repli et confirme le fait que l’iPhone, dont il est très dépendant financièrement, est en perte de vitesse, le groupe a montré qu’il avait d’autres relais de croissance dans les autres appareils (iPad, Mac, montres connectées) mais surtout dans les services (streaming, cloud, paiement), qu’il tente de présenter comme un moteur de croissance.

«Même s’il est décevant d’avoir manqué notre objectif [initial] de chiffre d’affaires [annoncé à l’automne], nous gérons Apple à long terme et les résultats de ce trimestre montrent que notre force sous-jacente est profonde et large», a commenté le pdg Tim Cook.

Le chiffre d’affaires des trois derniers mois de 2018, le premier trimestre de son exercice décalé, est ressorti en repli de 5 % à 84,3 milliards $.

Ce chiffre a été plombé par un repli de 15 % à 52 milliards $ du chiffre d’affaires tirés des iPhone, une baisse imputable notamment à la baisse du marché chinois, où le groupe a vu son chiffre d’affaires (tous produits confondus) dégringoler de 27 % à 13,16 milliards $.

En revanche, les ordinateurs Mac, la tablettes iPad, les accessoires (écouteurs, montres) ont tous vu leurs ventes augmenter. Les services ont vu leurs chiffres d’affaires grimper de 19 % à 10,9 milliards, un peu au-dessus des attentes des analystes.

Mais pour Neil Saunders, analyste de Global Data, «cette baisse inhabituelle du chiffre d’affaires est le symbole d’une entreprise qui commence à manquer de souffle».

Au début du mois, la marque à la pomme a pris tout le monde par surprise en prévenant, fait rarissime, que son chiffre d’affaires et ses ventes d’iPhone avaient été plus mauvais que prévu, à cause du ralentissement de l’économie chinoise et d’autres pays émergents, ainsi que de la guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump.

Apple a publié ses résultats alors qu’une embarrassante faille de sécurité a été découverte lundi soir sur FaceTime, son application d’appels vidéo. Elle permet à l’utilisateur d’entendre, et même de voir, son correspondant sur un iPhone avant même qu’il n’ait décroché. Apple a promis un correctif «dans la semaine», mais en attendant la fonctionnalité incriminée de conversation de groupe sur FaceTime a été suspendue.

Dépendance

Apple devait à tout prix convaincre mardi les investisseurs qu’il a bien une stratégie pour sortir du tout iPhone, à l’heure où le marché du téléphone intelligent est complètement saturé.

Jusqu’à présent, le groupe américain était parvenu à compenser le ralentissement des ventes en sortant des modèles toujours plus chers, dépassant pour certains la barre symbolique des 1000 $. Tactique longtemps payante puisque le chiffre d’affaires continuait à croître bien plus vite que le nombre d’iPhone vendus.

Apple fait aussi face à une concurrence féroce de la part de constructeurs offrant des performances similaires, mais moins chères. Outre le leader mondial, le sud-coréen Samsung, Apple est confronté à l’ambition acharnée du chinois Huawei, qui lui grignote des parts du marché mondial.

Diversification

Alors qu’aucun appareil révolutionnaire ne pointe à l’horizon, plus de 10 ans après l’iPhone, les spéculations sur ses projets sont légion. Beaucoup d’analystes pensent par exemple que le groupe, richissime, pourrait décider d’aller directement sur le terrain de Netflix et d’Amazon en investissant massivement dans des contenus originaux.

Pour l’instant, Apple reste timide sur ce terrain, mais a annoncé l’an dernier que la célèbre présentatrice et femme d’affaires Oprah Winfrey allait produire des programmes pour la plateforme. Apple pourrait aussi produire une série animée avec le chien Snoopy.

D’autres parient sur la conduite autonome.

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FAILLE DE SÉCURITÉ DE FACETIME

PARIS — Apple, qui cherche à se présenter comme le champion de la sécurité et de la vie privée, est pris à revers par la découverte d’une faille permettant d’espionner les utilisateurs de FaceTime, son application d’appels vidéo.

Le géant du numérique américain a été contraint d’annoncer lundi soir aux États-Unis qu’il suspendait la fonctionnalité «d’appels de groupe» de FaceTime, le temps qu’une mise à jour du système d’exploitation mobile iOS (utilisé notamment par les téléphones intelligents et les tablettes de la marque à la pomme) puisse être diffusée à tous ses utilisateurs.

La raison de cette suspension? Des utilisateurs de FaceTime ont découvert qu’avec cette fonctionnalité permettant à plusieurs personnes de discuter ensemble par vidéo, il était possible d’écouter, voire de filmer à leur insu certains utilisateurs.

Apple a promis un correctif «plus tard dans la semaine», mais l’affaire tombe mal pour le groupe américain, qui cherche à se présenter comme le champion de la sécurité des utilisateurs face à Google et son système d’exploitation mobile concurrent Android.

D’autant que, petite irritation supplémentaire, elle survient au moment de la journée internationale de la protection des données, une initiative que le patron d’Apple Tim Cook venait lui-même de saluer publiquement dans un tweet.

Apple propose des systèmes moins ouverts que Google pour les téléphones. Cela restreint l’éventail des applications disponibles dans sa boutique en ligne (App Store), mais promet en échange de meilleures garanties de sécurité aux utilisateurs.

Tim Cook a multiplié les déclarations récemment en faveur de la protection des données personnelles, en prenant le contre-pied d’autres géants du web comme Google, mais aussi Amazon ou Facebook.

Il n’a ainsi pas hésité récemment dans une tribune à réclamer une loi fédérale américaine sur le respect de la vie privée, «qui ne  devrait pas seulement viser à donner la maîtrise de ses données au consommateur, mais aussi mettre en lumière ceux qui vendent vos données en cachette».

«Insistons tous sur la nécessité d’agir et de réformer en faveur de la protection de la vie privée, qui est vitale», soulignait-il encore lundi sur Twitter.

Mettre un couvercle sur son enceinte

Selon certains experts, des failles de sécurité comme celle dont a été victime FaceTime sont quasiment inévitables, ou en tout cas extrêmement difficiles à prévenir.

«Le problème est celui des applications auxquelles on ajoute sans cesse des fonctionnalités de plus en plus complexes», explique Gerome Billois, spécialiste en cybersécurité du cabinet Wavestone. Plus le nombre de fonctionnalités augmente, «et plus il y a de chances que survienne un scénario étrange auquel personne n’avait pensé».

Et il est extrêmement difficile de détecter ces failles, comme le démontrent tous les méthodes, parfois très alambiquées, trouvées par des internautes pour contourner le code d’accès des téléphones d’Apple en utilisant Siri, l’assistant vocal.

Il y a au moins un cas où ce sont apparemment des enfants qui ont trouvé la faille, en manipulant le téléphone d’une manière à laquelle aucun adulte raisonnable n’aurait jamais songé, relève Gerome Billois.

Au moins, note-t-il, Apple a réagi très vite une fois que la faille a été démontrée et exposée sur des sites Internet.

Pour l’expert, l’épisode devrait au moins rappeler à tous les utilisateurs de téléphones et autres tablettes que lorsque l’on détient un appareil avec micro ou caméra, relié à Internet, il est probablement impossible de garantir qu’il n’y aura pas de mise en fonctionnement inopportune, et donc de possibilité d’espionnage.

«Le logiciel ne permet pas la sécurité à 100%», rappelle-t-il. «Si vous voulez avoir une conversation sensible dans une pièce où il y a une enceinte connectée, la meilleure manière d’avoir cette sécurité à 100% est ... de lui mettre un bon vieux couvercle.»

Le patron de Facebook Mark Zuckerberg a lui-même montré l’exemple en 2016, volontairement ou non, en se laissant photographier près d’un ordinateur personnel... dont l’objectif caméra et le micro étaient obturés par du scotch.