L’entreprise montréalaise Inversago Pharma, que préside François Ravenelle, originaire de Bedford, a obtenu sept millions de dollars au terme de sa toute première ronde de financement.

Syndrome de Prader-Willi: sur la piste d’une cure

Une entreprise biotechnologique dirigée par un Bedfordois d’origine vient d’amasser plusieurs millions de dollars pour poursuivre un programme de recherche visant à venir en aide à des milliers de personnes obèses dans le monde.

L’entreprise montréalaise Inversago Pharma, présidée et cofondée par François Ravenelle, a en effet obtenu sept millions de dollars au terme de sa toute première ronde de financement avec plusieurs partenaires, a-t-on annoncé récemment.

Inversago Pharma mise sur des agonistes inverses, qui provoquent l’effet contraire de l’activation d’un récepteur du corps humain.

Plus particulièrement, lorsqu’il est activé (stimulé), le récepteur cannabinoïde de type 1 (CB1) a un impact sur l’appétit et le sentiment de satiété. « Biologiquement, quand on a faim, et qu’on est dans l’attente de trouver de la nourriture, le corps humain ralentit son métabolisme et le transit gastro-intestinal, il brûle moins d’énergie et fait des réserves sous forme de gras », explique M. Ravenelle.

Chez les personnes atteintes du syndrome de Prader-Willi, qui ont un appétit insatiable, le récepteur CB1 est constamment activé. Ce faisant, elles ont tendance à s’alimenter sans arrêt, amenant d’autres problématiques de santé, dont l’obésité, le diabète et la constipation chronique, pour ne nommer que celles-là.

En Amérique du Nord, cette maladie orpheline est décelée lors d’environ une naissance sur 15 000. « Cette maladie est peu connue et mal comprise, et elle n’a toujours pas de traitement dirigé sur l’appétit insatiable aujourd’hui », indique François Ravenelle.

En renversant l’action du récepteur CB1, on stimule la perte d’appétit qui amènera le métabolisme du patient à s’accélérer. S’en suivrait une perte de poids, mais aussi la diminution des symptômes de diabète, de maladies du foie, d’hypertension ou cardiaques.

Bref, la molécule étudiée représente une solution potentielle à plusieurs problèmes qui engorgent de plus en plus le système de santé en plus de nuire à la qualité de vie de ceux qui en souffrent.


«  Cette maladie est peu connue et mal comprise, et elle n’a toujours pas de traitement dirigé sur l’appétit insatiable aujourd’hui  »
François Ravenelle, président d’Inversago Pharma

La lutte aux effets secondaires
Il y a une dizaine d’années, plusieurs des plus grandes entreprises pharmaceutiques du monde ont développé des molécules visant à inhiber le CB1, un marché évalué à plusieurs milliards de dollars. Or, le premier et seul produit à se rendre sur le marché a été retiré environ deux ans plus tard, quand il a été déterminé que ces molécules pouvaient parfois provoquer chez des patients une dépression sévère ou de l’anxiété, accompagnées de pensées suicidaires.

« Tout ce pan de l’industrie s’est effondré en 2008, et nous, on renaît de ces cendres-là », illustre M. Ravenelle.

Depuis sa fondation en 2015, Inversago Pharma s’est donné pour objectif de reprendre la recherche sur l’inversion du CB1 tout en évitant ces effets secondaires aussi graves qu’indésirables. L’entreprise a obtenu les droits sur la molécule en 2016.

« On a compris que ça arrivait parce que les inhibiteurs se rendaient jusqu’au cerveau, explique François Ravenelle. Les chercheurs étaient certains qu’il fallait que ça passe par le cerveau, et le ciblaient volontairement, parce qu’on y retrouve le centre de contrôle de l’appétit. Aujourd’hui nous savons que les nombreux récepteurs CB1 qui se retrouvent en périphérie [hors du cerveau] sont suffisants pour signaler jusqu’au cerveau, sans y envoyer nos molécules, évitant ainsi les effets psychiatriques non désirés. »

Les sept millions de dollars obtenus serviront notamment à réaliser des études qui permettront de démontrer que les nouveaux médicaments ne sont pas nuisibles et qu’ils ne se rendent pas jusqu’à son cerveau, explique M. Ravenelle.

« Il faut répondre à deux questions : est-ce efficace et est-ce sécuritaire ? Dans notre cas, on sait déjà que la biologie fonctionne, car des médicaments ont déjà été développés avec ces mêmes récepteurs CB1 comme cible. Notre priorité est donc de prouver que nous sommes capables d’endiguer les effets secondaires non désirés. »

Et l’entreprise semble être sur la bonne voie. Des études de comportement effectuées sur des souris ont démontré qu’il est possible d’administrer l’agoniste inverse au CB1 sans provoquer d’anxiété chez les rongeurs, qui ont perdu appétit et poids à la suite du traitement, signale le chercheur. On a également pu observer, par imagerie médicale, que la substance n’atteint pas leur cerveau.

Si tout se déroule comme prévu, des tests pourraient être réalisés sur des patients humains d’ici 24 à 36 mois, espère M. Ravenelle.

UN REMÈDE À D'AUTRES MAUX? 

L’inhibition du récepteur CB1 pourrait éventuellement servir à soigner le diabète de type 1, la stéatose hépatique non alcoolique — une maladie du foie —, en plus de traiter des patients souffrant d’obésité sans être atteints du syndrome de Prader-Willi. 

« Juste aux États-Unis, on compte environ 30 millions de personnes obèses. Il y a un énorme potentiel à développer pour aider ces personnes », indique François Ravenelle, président de l’entreprise Inversago Pharm.