Dominique Tremblay avec quelques employés dans le nouvel atelier de peinture de Management/PMB.
Dominique Tremblay avec quelques employés dans le nouvel atelier de peinture de Management/PMB.

Quand le proprio peut prendre une année sabbatique!

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Steve Bussières s’apprête à prendre une année sabbatique. Il projette notamment de faire un long voyage familial en véhicule motorisé. Rares sont les propriétaires d’entreprises qui peuvent se permettre un si long congé, et ce, sans avoir vendu leur compagnie.

«Il nous fait confiance», fait valoir simplement Dominique Tremblay, coach organisationnel chez PMB (Produits métalliques Bussières). Car il n’y a plus de titres de dirigeants dans cette PME de Saint-Henri de Lévis qui se spécialise dans la transformation du métal en feuille. Ce sont en effet les quelque 75 employés qui sont invités à participer à la gestion de cette entreprise qui a aboli le système classique de hiérarchie pyramidale.

«Les employés ne sont plus de simples exécutants. Ils prennent une part active aux décisions. C’est un vrai travail d’équipe», note M. Tremblay qui travaille chez PMB depuis huit ans et occupait auparavant le poste de directeur des opérations de la division construction.

Une entreprise plus agile

Le concept d’entreprise dite libérée repose sur la prise d’initiatives et de décisions de la part de tous les employés, explique Philippe Zinser, créateur-fondateur de Patrimoine-RH, une firme qui accompagne les entreprises dans la gestion innovante de leurs ressources humaines. «On n’a pas besoin d’une hiérarchie pour que les choses fonctionnent, mais plutôt de la collaboration des gens», affirme M. Zinser qui porte le titre de Happy-Culteur RH (pour Rester Heureux).

Steve Bussières a décidé de prendre ce virage en 2017, après avoir pris les rênes de la compagnie créée par son père en 1991. Il voulait la rendre plus agile, mais aussi en faire un lieu de travail plus agréable au bénéfice de tous les employés.

«Des visiteurs nous disent souvent que les employés ont l’air contents et heureux de travailler ici», souligne Dominique Tremblay, qui avait été mandaté par Steve Bussières pour mettre en place cette nouvelle culture organisationnelle. Le fait d’avoir six semaines de vacances, autre fait rare pour une entreprise manufacturière, doit aussi contribuer à ce bien-être.

Dehors le punch!

La toute première décision a été l’abandon du «punch» (pointeuse horaire) et de la cloche qui sonne la pause. «On a voulu instaurer dès le départ un climat de confiance», précise Dominique Tremblay.

Les employés décident des besoins d’investissement en équipement, font des recherches pour trouver et rencontrer les meilleurs fournisseurs, évaluent les différentes offres et choisissent la meilleure proposition. «Qui de mieux que les employés eux-mêmes pour connaître leurs besoins», souligne Dominique Tremblay. L’embauche de nouveaux travailleurs passe aussi par une décision d’employés qui rencontrent les candidats pour les sélectionner.

Chaque matin, des rencontres de production de 15 minutes, animées à tour de rôle par des représentants d’équipes, sont organisées pour discuter des activités et des priorités de la journée.

«Toutes ces nouvelles actions ont permis de révéler des leaders insoupçonnés parmi les employés», indique M. Tremblay.

«En invitant les employés à proposer des projets et à prendre des décisions, ça les rend généralement plus motivés, créatifs et performants. Ils s’engagent davantage dans la croissance de l’entreprise», constate le consultant Philippe Zinser.

Des idées d’employés

C’est grâce à la suggestion de deux employés que PMB s’est dotée au printemps 2018 d’un atelier de peinture. Ces travaux étaient auparavant donnés en sous-traitance, ce qui occasionnait parfois des délais de livraison. Autre avantage: «il y a moins de manipulations dans les transports et donc moins de risques d’égratignures pour les pièces», souligne M. Tremblay. L’entreprise a même agrandi l’atelier un an plus tard et le nombre d’employés qui y travaillent est passé de trois à sept.

PMB poussera encore plus loin l’expérience en implantant dans un avenir rapproché un régime de participation des employés aux bénéfices. Déjà, compte tenu des nouveaux rôles joués par les employés, l’échelle salariale avait été revue à la hausse. Voilà qui devrait rendre les employés encore plus heureux. Steve Bussières pourra aussi partir en congé avec le sentiment du devoir accompli.

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L’entreprise libérée, c’est pour vous?

1) Contrer la pénurie de main-d’œuvre. L’entreprise libérée pourrait s’avérer une des solutions à la pénurie de main-d’oeuvre, en facilitant le recrutement et la rétention des travailleurs, estime Philippe Zinser. «Les entreprises traditionnelles peinent à fidéliser leurs employés, particulièrement les plus jeunes, parce qu’elles n’arrivent pas à combler leurs besoins. La nouvelle génération arrive sur le marché du travail avec la volonté de jouer un rôle actif dans la vie de l’entreprise.»

2) Accepter les erreurs. Les dirigeants qui souhaitent implanter ce nouveau concept de gestion doivent accepter les erreurs qui seront commises par les employés en cours de route. Sinon, «les employés n’oseront pas prendre d’initiatives ou de décisions», indique M. Zinser, en ajoutant que les dirigeants d’entreprises traditionnelles ne sont eux-mêmes pas à l’abri de faire des erreurs.

3) Savoir que certains partiront. L’entreprise libérée n’est pas faite pour tout le monde. «Ce ne sont pas tous les employés qui sont capables ou intéressés à dialoguer, se mobiliser ou prendre des décisions», note Dominique Tremblay, en précisant que des travailleurs ont d’ailleurs préféré quitter l’entreprise. D’où l’importance, dès le départ, «de mettre tous les employés au même niveau de connaissance pour qu’ils sachent bien ce qui les attend», ajoute Philippe Zinser.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise