Luis Bohorquez, machiniste arrivé de la Colombie en janvier 2021, Geneviève Paris, directrice générale, à l’arrière, Sergio Avendano, machiniste arrivé de la Colombie en février 2021, à l’avant, à droite, Bryan Paris, vice-président aux ventes.
Luis Bohorquez, machiniste arrivé de la Colombie en janvier 2021, Geneviève Paris, directrice générale, à l’arrière, Sergio Avendano, machiniste arrivé de la Colombie en février 2021, à l’avant, à droite, Bryan Paris, vice-président aux ventes.

Paber Aluminium: comment mieux intégrer des travailleurs immigrants

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Machiniste, assembleur, technicien, programmeur, ouvrier de fonderie, mouleur: les emplois à combler ne manquent pas chez Paber Aluminium qui, comme des dizaines d’entreprises québécoises, peine à trouver des travailleurs. Le problème, déjà criant avant la pandémie, persiste encore même si le taux de chômage a grimpé depuis le début de la crise.

«La main-d’oeuvre se fait toujours rare. On continue quand même à produire et on ne refuse pas de contrats, mais il faut négocier des délais de livraison», indique Geneviève Paris, directrice générale de cette entreprise familiale de Cap-Saint-Ignace, au nord de Montmagny, spécialisée dans le moulage de pièces d’aluminium de haute précision.

Pour remédier au problème, la PME mise notamment sur l’embauche d’immigrants. Elle a accueilli trois Colombiens depuis le début de l’année, mais la suspension des vols entre Montréal et Bogota depuis février retarde l’arrivée de cinq autres travailleurs. «On les attend avec impatience», souligne Mme Paris.

Mission de recrutement

Paber a entamé ce processus de recrutement à l’automne 2019, d’abord par l’affichage de postes et la présélection de candidats. En janvier 2020, l’entreprise s’est rendue à Bogota dans le cadre des missions de recrutement Journées Québec, organisées par le gouvernement du Québec et des partenaires comme l’organisme Québec International, pour y rencontrer des candidats.

«Les entrevues se faisaient dans un centre de formation où on pouvait du même coup tester les aptitudes techniques et manuelles des travailleurs», raconte Geneviève Paris. Cette mission lui a permis d’embaucher six machinistes et deux électromécaniciens qui allaient intégrer l’entreprise seulement un an plus tard.

Pourtant, ces métiers profitent du programme de traitement accéléré des dossiers, précise Mme Paris qui déplore la lenteur dans le traitement des demandes d’immigration de travailleurs qualifiés.

Entretemps, l’entreprise avait préparé leur arrivée en organisant avec la MRC de Montmagny des sessions d’information pour tous ses gestionnaires et autres employés.

«Ça nous a permis d’en apprendre davantage sur la culture colombienne, mais aussi de mieux comprendre les différentes étapes d’adaptation que doivent traverser les immigrants qui arrivent dans un autre pays et dans un nouveau milieu de travail», fait valoir Geneviève Paris.

Une maison pour accueillir les immigrants

Pour faciliter l’intégration de travailleurs immigrants, Paber a même acheté une maison comprenant quatre chambres où ils peuvent loger «pendant quelques mois en attendant de trouver une autre habitation ou même de savoir si l’emploi leur convient», précise Mme Paris.

Paber a également eu recours à une entreprise de la région, Le Bon Jack, qui offre des services d’accueil, d’accompagnement et d’intégration des immigrants. «On est allé les chercher à l’aéroport en leur apportant des manteaux et des bottes d’hiver», souligne Mme Paris. Les employés colombiens, qui ont une connaissance du français, ont aussi accès à des cours de francisation. «Certains de nos employés ont même demandé d’avoir des cours d’espagnol.»

L’entreprise a déboursé plus de 10 000 $ par travailleur pour recruter des immigrants. Elle a amorcé d’autres démarches qui lui coûteront cette fois quelque 16 000 $ par employé pour embaucher des travailleurs philippins qui, étant non spécialisés, devront repartir après deux ans. Le jeu en vaut toutefois la chandelle, estime Geneviève Paris. «C’est tellement difficile de trouver des employés», précise-t-elle.

Le manque de travailleurs a également poussé Paber à accélérer son virage vers l’industrie 4.0 avec l’achat d’équipements d’automatisation et de robots qui permettent aussi de faciliter le travail des employés.

L’entreprise entretient également des liens étroits avec des écoles spécialisées qui offrent des formations de machiniste et en fonderie.

Fondée en 1981 par les parents de Geneviève Paris, Paber emploie aujourd’hui 115 personnes et dessert de grandes sociétés comme GE, Siemens, Alstom, Hologic, Thales, Volvo ou Tyco Electronics, évoluant principalement dans les secteurs des équipements médicaux, des transports, de la défense et de l’énergie.

Les marchés internationaux, principalement les États-Unis, génèrent près de 60 % de ses revenus.

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Comment mieux intégrer des travailleurs immigrants

1) Mentorat. «Les dirigeants ont généralement l’ouverture d’esprit pour accueillir des travailleurs immigrants. C’est souvent au niveau des autres employés que l’intégration est plus difficile. Les entreprises devraient favoriser le jumelage entre employés de souche et les immigrants, pour faciliter non seulement le transfert de connaissances professionnelles, mais aussi culturelles et sociales», estime Fatna Chater, directrice de l’organisme SOIT (service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail).

2) Intégrer la famille. Parmi ses critères de sélection, Paber souhaitait recruter des travailleurs qui avaient un projet d’immigration familial. «Les plus jeunes, qui n’ont pas de famille ou de projet de vie à long terme, risquent de retourner dans leur pays ou de déménager dans des plus grandes villes», indique Geneviève Paris. Toutefois, même la famille peut se sentir isolée, prévient Mme Chater. «Il importe que l’autre conjoint puisse aussi travailler ou ne se sente pas à l’écart, tout comme les enfants», ajoute-t-elle.

3) Un bassin sous-utilisé. Les entreprises n’ont pas toujours besoin d’aller à l’étranger pour recruter des employés. «Les immigrants qui vivent déjà au Québec forment un bassin de travailleurs sous-utilisé, comme le montre leur taux de chômage. Si certains n’ont pas la compétence pour occuper des emplois recherchés, les entreprises doivent accepter de compléter leur formation», suggère Fatna Chater.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise