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Stéphane Leclerc et Peter Nassif, les propriétaires de Menthes Rito.
Stéphane Leclerc et Peter Nassif, les propriétaires de Menthes Rito.

«On a vécu une nuit d'enfer»: Menthes Rito renaît de ses cendres dans une usine ultra-moderne

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
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«On a vécu une nuit d’enfer!» Peter Nassif et Stéphane Leclerc, les propriétaires de Menthes Rito, ont encore en mémoire cette nuit du 4 octobre 2018 quand un incendie majeur a complètement détruit les installations de leur usine de Trois-Rivières, vieille de plus de 60 ans.

Moins d’un an plus tard, le fabricant des fameuses paparmanes roses et blanches renaissait de ses cendres, plus moderne que jamais, avec la volonté même d’explorer de nouveaux marchés. Son président, Peter Nassif, âgé de 61 ans au moment de cette catastrophe, aurait pu lancer la serviette et se contenter de prendre une retraite bien méritée.

«Il y a eu des moments de découragement, mais il n’était pas question de renoncer à une entreprise que j’avais contribué à bâtir pendant 35 ans», souligne avec fermeté celui qui s’est joint en 1983 à l’entreprise familiale créée par son père et son oncle en 1957, l’année même de sa naissance. Il en a pris la direction générale en 1989, puis la propriété en 2008. De plus, «on ne voulait pas laisser tomber les employés qui avaient fait la force de Menthes Rito pendant toutes ces années», ajoute Stéphane Leclerc, qui assume le rôle de chef des opérations.

Course contre la montre

Dès le lendemain de l’incendie, les deux dirigeants ont amorcé leur course contre la montre pour rebâtir une usine et s’assurer que les bonbons à la menthe soient disponibles le plus vite possible, afin de garder leur place de leader sur le marché nord-américain.

«Les habitudes des consommateurs changent très rapidement. En étant absent trop longtemps sur les tablettes, on risquait de les voir nous remplacer par d’autres sortes de bonbons», explique Stéphane Leclerc, en ajoutant que Menthes Rito accapare 90 % des parts du marché nord-américain des bonbons à la menthe.

L’entreprise a rapidement fait l’acquisition du bâtiment de 25 000 pieds carrés d’une ancienne quincaillerie BMR, situé dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, ainsi que de terrains adjacents qui leur ont permis d’ajouter 50 000 pieds carrés à leur nouvelle usine. «On voulait absolument rester à Trois-Rivières, la ville qui a vu naître l’entreprise», souligne Peter Nassif.

Un mal pour un bien

La construction de la nouvelle usine, qui a nécessité des investissements de 22 M$, dont une contribution financière de 10,2 M$ du gouvernement du Québec, a été l’occasion pour la PME d’ajouter des chaînes de production et des équipements automatisés de pointe qui lui permettent de tripler sa production et d’augmenter grandement sa productivité.

L’objectif était aussi de «répondre au problème de pénurie de main-d’œuvre qui, à l’époque et encore aujourd’hui mais dans une moindre mesure, était un enjeu majeur pour le développement de l’entreprise», indique Stéphane Leclerc.

Une crise amène toujours son lot de promesses, constate Christophe Roux-Dufort, professeur titulaire à la faculté des Sciences de l’administration de l’Université Laval à Québec. «C’est souvent l’occasion d’un renouveau. Elle nous oblige à dépasser les limites à l’intérieur desquelles on arrivait à fonctionner auparavant», précise celui qui enseigne et conduit des recherches sur la gestion des situations de crise.

La modernisation de l’usine, et sa réouverture en août 2019, permet aujourd’hui à Menthes Rito de se tourner vers les marchés européens. L’entreprise participait depuis plusieurs années déjà à des foires alimentaires qui lui ont permis de constater le potentiel de ce marché.

D’autant que «les deux principaux fabricants sont des entreprises centenaires qui n’ont pas renouvelé leur procédé de fabrication», précise Peter Nassif. Autre atout: l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu entre le Canada et l’Union européenne (UE) lui permet d’épargner des frais de douane variant de 12 à 18 %. La pandémie a toutefois mis ce projet sur la glace mais ce n’est que partie remise, assurent les deux dirigeants.

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Comment affronter les crises et mieux rebondir

1) Mieux apprivoiser. Aucune entreprise n’est vraiment en mesure de prévoir ou planifier une réponse à une crise causée par une pandémie, voire un incendie mais, tôt au tard, «elle devra affronter des situations de crise. Il faut donc anticiper des grands scénarios qui permettent d’orienter certaines actions en fonction d’événements qui pourraient nous faire dérailler », conseille Christophe Roux-Dufort.

2) Éviter le statu quo. «Il ne faut pas voir une crise comme un événement exceptionnel qui ne se reproduira plus et souhaiter simplement un retour à la normale le plus rapidement possible. Les entreprises doivent plutôt en profiter pour aller de l’avant en se réinventant», souligne M. Roux-Dufort.

3) Se remettre en question. Une entreprise ne doit pas changer uniquement ses façons de faire, mais aussi sa façon d’être. «Les dirigeants qui sont capables de retourner une crise à leur avantage sont ceux qui non seulement perçoivent les changements qu’ils doivent effectuer au sein de l’entreprise, mais qui réussissent aussi à changer eux-mêmes leur façon de gérer», affirme Christophe Roux-Dufort.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise