Carl-David Belley et Gilles St-Pierre de l’entreprise Julien.
Carl-David Belley et Gilles St-Pierre de l’entreprise Julien.

Les nouvelles technologies, une question de survie

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Gilles St-Pierre n’y va pas par quatre chemins. «Pour rester en business, on n’a pas d’autres choix que d’innover et d’adopter les nouvelles technologies», lance d’entrée de jeu le président de Julien, une entreprise de Québec spécialisée dans la fabrication de cuisines commerciales et résidentielles en acier inoxydable qu’il a acquise en 1995 en compagnie d’autres cadres de l'entreprise.

La longévité de cette entreprise fondée en 1946, devenue aujourd’hui un leader nord-américain dans son domaine, témoigne de son engagement envers l’innovation.

Ces deux dernières années, Julien a injecté plus de 4 millions de dollars pour continuer à se moderniser.

«Ça nous permet de rester compétitifs parce qu’on se bat souvent contre des entreprises asiatiques qui profitent d’une main-d’œuvre à bon marché et de taux de taxation plus faibles», souligne Gilles St-Pierre.

Des usines plus intelligentes

La transformation numérique des entreprises manufacturières est devenue essentielle, estime Sébastien Houle, directeur général de Productique Québec, un centre collégial de transfert technologique (CCTT) affilié au Cégep de Sherbrooke qui aide les entreprises à améliorer leur productivité en facilitant l’acquisition et l’appropriation de technologies numériques. «Les entreprises qui hésitent à prendre le virage numérique risquent d’être moins compétitives et de freiner leur croissance», prévient M. Houle.

La pandémie n’a pas ralenti les ardeurs de Julien. «On garde le cap avec nos projets d’immobilisation et on a accéléré la formation des employés pour être fin prêts quand la situation reviendra plus à la normale», indique Gilles St-Pierre.

L’entreprise s’est récemment dotée d’un robot pour le pliage de pièces qui fait sa propre programmation informatisée. Elle est en voie d’implanter un nouveau système de gestion manufacturière qui permet de gérer l’ensemble des activités de l’entreprise, à partir des ventes jusqu’aux inventaires en passant par le service à la clientèle et le département des finances. Ses logiciels de gestion, qui sont connectés à des robots et autres équipements automatisés, lui permettent de programmer des tâches et de mieux connaître la productivité de ses équipements.

Les clients de Julien, parmi lesquels environ 500 distributeurs d’éviers et de robinets au Canada et aux États-Unis, peuvent dessiner les produits dont ils ont besoin à partir du logiciel de modélisation du fabricant qui le met ensuite en production.

Des investissements payants

«Nous sommes l’entreprise la plus moderne et la plus avancée technologiquement dans notre secteur d’activité au Canada», affirme Gilles St-Pierre, un ingénieur qui travaillait chez Alcan avant de joindre Julien en 1986 à titre de directeur de l’usine. «Un de mes premiers mandats a été de moderniser l’usine», se rappelle-t-il.

L’entreprise, qui consacre bon an mal an 2 M$ à l’amélioration de ses techniques de gestion et de fabrication, n’a donc pas attendu l’avènement de l’industrie 4.0 pour entreprendre sa transformation technologique. Dès 1987, l’implantation d’un système de dessin par ordinateur et d’un équipement au laser pour tailler les feuilles d’acier inoxydable a donné un nouvel essor à l’entreprise qui avait fait sa marque vingt ans plus tôt, en décrochant l’important contrat de fourniture de l’équipement de cuisine pour l’Exposition universelle de Montréal.

«Nous avons toujours eu une culture d’innovation. Ça nous rend plus efficaces, plus performants et plus rentables», constate Gilles-St-Pierre. De fait, «avant même d’acheter un robot, ou d’implanter des systèmes de gestion intelligents, l’entreprise doit avoir une stratégie et une vision claires», conseille Sébastien Houle.

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Êtes-vous prêts pour l'usine du futur?

1) Faire un audit numérique. L’industrie 4.0 est à nos portes. Cette quatrième révolution industrielle est inévitable et amène les entreprises manufacturières à revoir leurs modes de gestion et de production. « Il faut avoir l’esprit ouvert aux changements, tant de la part des dirigeants que des employés », affirme Gilles St-Pierre. Mais avant de prendre le virage technologique, «il importe de faire un diagnostic numérique pour déterminer notre niveau de maturité et choisir le meilleur bouquet de technologies qui répondra aux objectifs stratégiques de l’entreprise», conseille Sébastien Houle.

2) La théorie des petits pas. Bon nombre d’entrepreneurs hésitent à prendre le virage 4.0 parce qu’ils ont parfois été échaudés par d’autres projets technologiques dont l’implantation n’a pas donné les résultats escomptés. « Il ne faut pas tout chambarder d’un seul coup. Il faut y aller un pas à la fois, en réalisant d’abord de petits projets qui permettront de mesurer leur impact », suggère M. Houle.

3) Des emplois menacés? Pour plusieurs employés, l’industrie 4.0 est synonyme de chômage. L’usine du futur permet au contraire de libérer les gestionnaires des tâches administratives qui peuvent facilement être réalisées par des systèmes automatisés de gestion. De même, «elle permet à des employés qui font des tâches routinières d’accéder à des postes plus stimulants», fait valoir Gilles St-Pierre. L’enjeu est de «s’assurer que les employés soient formés pour acquérir de nouvelles compétences», ajoute Sébastien Houle. Les technologies numériques peuvent aussi pallier les problèmes de rareté de la main-d’œuvre.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise