Simon Couture et Nicolas Hardy de la coopérative Robotiq.
Simon Couture et Nicolas Hardy de la coopérative Robotiq.

Coopérative Robotiq: une gestion plus participative des employés

Pierre Théroux
Collaboration spéciale
Robotiq souhaitait que ses employés participent davantage à la croissance de la jeune entreprise. La solution: créer une coopérative de travailleurs actionnaires. La coopérative a d’ailleurs permis «de développer un plus grand sentiment d’appartenance envers l’entreprise. Les employés se sentent davantage impliqués dans la gestion et le développement de l’entreprise», souligne Nicolas Hardy, responsable du canal des ventes et président de la coopérative des travailleurs actionnaires (CTA) de Robotiq.

L’entreprise de Lévis, qui fabrique des mains robotisées flexibles, des capteurs et des logiciels pour des robots collaboratifs, comptait 15 employés lors de la création de la CTA en 2016. Elle emploie aujourd’hui 120 personnes et la coopérative regroupe près de 100 membres.

«La participation à la coopérative se fait sur une base volontaire, mais il y a toujours eu un grand intérêt de la part des employés qui se joignent à l’entreprise d’en devenir membre», indique M. Hardy en précisant que la CTA de Robotiq est actionnaire minoritaire de l’entreprise.

Collaboration au succès

L’adhésion d’une forte majorité des employés, sinon la totalité, est d’ailleurs l’un des facteurs de succès d’une CTA, mentionne Sébastien Girard, directeur régional Capitale-Nationale/Chaudière-Appalaches à la Coopérative de développement régional du Québec. «La coopérative doit généralement viser un taux de participation d’au moins 80 %. Sinon, ça peut causer une division au sein des employés», précise-t-il, en ajoutant que la loi demande qu’un minimum de 50 % de la masse salariale de l’entreprise soit dévolu aux membres d’une coopérative.

Une coopérative de travailleurs actionnaires, comme son nom l’indique, est un regroupement de travailleurs qui se constitue une coopérative en acquérant du capital-action de l’entreprise privée qui les emploie. Ils y investissent généralement à travers le prélèvement d’un certain montant sur leur paie et reçoivent en contrepartie des parts privilégiées de la CTA.

L’essentiel des revenus de la CTA provient de la part des bénéfices annuels de la compagnie qui lui est versée au moyen de ristournes.

«Les employés ont souvent un plus grand intérêt à collaborer au succès d’une entreprise si elle encourage une gestion plus participative, comme le permet une coopérative de travailleurs actionnaires», constate Sébastien Girard.

Transparence et communication

En prenant part au capital-actions de l’entreprise, la CTA obtient un siège à son conseil d’administration qui est occupé par l’un des employés membres de la coopérative. «L’entreprise qui veut implanter une coopérative de travailleurs doit favoriser la transparence et la communication. Comme elle a un membre de la CTA sur son CA, elle ne doit pas craindre de présenter sa situation financière et ses stratégies de développement», souligne Sébastien Girard.

Par ailleurs, même s’il est un employé, le membre de la CTA siège sur le CA en tant que représentant d’un actionnaire et non des travailleurs. Il doit bien comprendre quel chapeau il porte lors des réunions du CA et toute information qu’il obtient dans le cadre de son rôle d’administrateur doit être ainsi considérée confidentielle.

Robotiq a été cofondée en 2008 par Samuel Bouchard, Jean-Philippe Jobin et Vincent Duchaine qui, après avoir obtenu leurs maîtrises ou doctorats de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval, ont décidé de commercialiser une technologie de main robotisée à trois doigts issue du Laboratoire de robotique du département de génie mécanique où ils avaient parfait leurs connaissances.

Depuis, Robotiq a développé une main robotisée simplifiée à deux doigts qui, également vendue moins cher, favorise l’utilisation de robots collaboratifs et permet à l’entreprise de viser une clientèle plus large. Les mains intelligentes de Robotiq peuvent notamment être utilisées pour l’assemblage de produits ou encore pour le transfert de matériaux, de pièces à usiner, de produits finis ou des emballages sur une surface de travail.

L’entreprise vend plus de 90 % de sa production aux États-Unis et dans une cinquantaine d’autres pays principalement en Europe et en Asie. «Le secteur manufacturier québécois et canadien tarde à s’automatiser par rapport à d’autres marchés internationaux», souligne Nicolas Hardy, en précisant qu’il y a néanmoins un plus grand intérêt.

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Pourquoi implanter une CTA

1) Assurer la relève. «La création d’une CTA peut être une excellente façon d’assurer le rachat ou le transfert d’une entreprise, notamment quand il n’y a pas de relève familiale ou qu’il est difficile de trouver un acheteur. D’autant qu’on peut alors la vendre à des employés qui ont un intérêt à vouloir l’acquérir», fait valoir Sébastien Girard. La CTA peut aussi permettre le rachat d’un bloc d’actions d’un actionnaire qui décide de quitter l’entreprise.

2) Capitaliser. La CTA est une avenue intéressante pour une entreprise qui a besoin de capitaux pour sa croissance. «L’entreprise ne pourra pas obtenir des millions de dollars en financement, compte tenu de la capacité financière des employés à investir. Mais ça peut faciliter des projets d’expansion ou servir d’effet de levier pour obtenir du financement auprès d’institutions financières», souligne M. Girard.

3) Rétention des employés. Une CTA peut «favoriser la rétention ou le recrutement d’employés, ce qui n’est pas négligeable en période de pénurie de main-d’oeuvre», estime Sébastien Girard. D’autant que la création d’une CTA donne accès à deux programmes offrant des mesures fiscales avantageuses : un REER-COOP autogéré et le Régime d’investissement coopératif (RIC), dont profitent les membres de la CTA de Robotiq.

En collaboration avec l’École d’Entrepreneurship de Beauce et le Groupement des chefs d’entreprise