La moitié des PME montérégiennes ont profité du contexte actuel pour accélérer leur virage numérique et pour mettre en place des pratiques d’affaires plus écoresponsables, selon un sondage.
La moitié des PME montérégiennes ont profité du contexte actuel pour accélérer leur virage numérique et pour mettre en place des pratiques d’affaires plus écoresponsables, selon un sondage.

PME de la Montérégie : innover pour faire face à la pandémie

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
La pandémie de la COVID-19 n’a pas suffi pour freiner la créativité des entrepreneurs montérégiens, révèle un sondage réalisé par la firme Léger pour le compte de QuébecInnove.

Malgré le contexte économique incertain et les chamboulements entraînés par les restrictions sanitaires, près de 6 petites et moyennes entreprises (PME) sur 10 dans la région ont développé un projet concret en innovation au cours de la dernière année, une hausse de 10 % par rapport à 2019.

Signe qu’un trait commun des entrepreneurs est de savoir transformer l’adversité en opportunité, la moitié des PME montérégiennes ont profité du contexte actuel pour accélérer leur virage numérique et pour mettre en place des pratiques d’affaires plus écoresponsables, apprend-on. D’ailleurs, 60 % des répondants au sondage ont indiqué que leur capacité à innover les a aidés à faire face à la crise.

Dans 47 % des cas, le modèle d’affaires a dû être revu pour se donner la flexibilité nécessaire pour traverser 2020.

Une donnée qui rejoint l’indice national de 61 %, où les investissements en technologies de l’information (28 %), dans les procédés de gestion (12 %) et dans les équipements et machineries (11 %) ont été identifiés comme les plus porteurs en ce sens.

Les investissements en recherche et développement ont crû, en moyenne, de l’équivalent de 6,3 % du chiffre d’affaires des PME. Là aussi, il s’agit d’une augmentation vis-à-vis l’année précédente, ou un peu moins de 5 % avaient été réinvestis. Fait à noter, comme il s’agit d’une moyenne, il importe de souligner ici que 68 % des répondants régionaux ont indiqué avoir investi 1 % ou moins de leur chiffre d’affaires.

Une entreprise québécoise sur cinq n’ayant pas investi en innovation pour faire face à la crise de la COVID-19 a affirmé avoir regretté, après coup, de ne pas l’avoir fait. En Montérégie, ce taux est deux fois moindre ; seul un entrepreneur sur dix croit que des investissements auraient pu faire une différence.

Le défi de la main-d’œuvre

Or, au cours de la prochaine année, plusieurs PME québécoises pourraient corriger le tir ou poursuivre dans cette veine : 77 % seraient incités à le faire si des subventions sont disponibles à cet effet ; 40 % si leur secteur d’activités fait l’objet d’assouplissements réglementaires et 62 % si leur main-d’œuvre répond davantage à leurs besoins.

À ce sujet, l’enquête révèle que le principal défi auquel font face les PME innovantes de la Montérégie est le recrutement de main-d’œuvre spécialisée. Il s’agit en effet de la préoccupation la plus souvent relevée par les répondants au sondage, avec 70 % de mention. Suivent les besoins en équipement et la poursuite du virage technologique dans une proportion d’environ 50 % chacun.

Virage numérique

Environ 55 % des entreprises québécoises ont réalisé cette année des projets de numérisation de leurs activités. 27 % de ces projets représentent le développement ou l’amélioration d’une plateforme transactionnelle en ligne.

D’ailleurs, un répondant sur cinq au sondage, à l’échelle provinciale comme en Montérégie, a constaté une augmentation de leurs revenus provenant de leurs ventes en ligne.

Parmi les autres projets inclus dans le virage numérique des PME québécoises, la sécurisation des infrastructures technologiques et l’augmentation de l’espace de stockage infonuagique ont été les plus privilégiées.

Revenus à la baisse

C’était à prévoir : la crise a plombé les revenus des petites et moyennes entreprises de la région, qui devraient accuser une baisse moyenne de 5,3 % de leur chiffre d’affaires au terme de l’année. Au niveau provincial, cette baisse devrait être située à 4,5 %, mais est expliquée par le fait que la moitié des entreprises prévoient tout de même enregistrer des revenus supplémentaires.

Près de deux entreprises sur trois auraient eu recours aux divers programmes de soutien financier des gouvernements depuis le printemps.

En Montérégie, les trois quarts des entreprises répondantes génèrent un chiffre d’affaires inférieur à 25 millions de dollars.

Si, en moyenne, les exportations représentent 32,6 % du chiffre d’affaires des PME montérégiennes, il faut noter que 72 % d’entre elles n’exportent pas du tout leurs produits, signe d’un écart important dans la nature des activités des différents répondants au sondage.

L’enquête s’est déroulée au téléphone et en ligne entre le 15 septembre et le 15 octobre 2020, auprès de 711 décideurs dans des PME de 25 à 500 employés au Québec. Au total, 240 entrevues téléphoniques et 471 sondages Web ont été complétés, indique-t-on. Un total de 89 répondants étaient situés en Montérégie.

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LA CRISE, UNE OPPORTUNITÉ POUR LES PME D'ICI

Les petites et moyennes entreprises d’ici ne sont pas restées les bras croisés depuis la fin du mois de mars.

« Les entreprises ont accéléré la mise en œuvre de processus d’innovation », soutient Éric Tessier, directeur développement industriel chez Granby Industriel.

Éric Tessier, directeur développement industriel à Granby Industriel

Selon lui, plusieurs ont amélioré la numérisation de leurs activités de production pour éviter, entre autres, que les employés aient à s’échanger du papier.

« On sent aussi que beaucoup d’entreprises se sont équipées d’outils adéquats pour assurer une meilleure communication à distance avec le télétravail. »

M. Tessier désigne trois entreprises granbyennes qui tirent particulièrement leur épingle du jeu : Artopex (mobilier de bureau) se distingue par la mise en place de processus robotisés et automatisés au niveau de la production ; Produits intégrés Avior (aérospatial) et son modèle industriel 4.0 permettant un meilleur échange de données entre les différents postes de travail ; A7 Intégration (usinage de haute précision) se démarque par le développement de technologies liées à la réalité augmentée et à la réalité virtuelle.

Accompagnement

Quatorze guides sectoriels ont été produits par Granby Industriel afin d’indiquer aux entreprises quels intervenants peuvent les accompagner dans leur processus d’innovation. 

Du côté de Brome-Missisquoi, le Centre local de développement (CLD) a éclairé les entreprises sur les différents programmes d’aide gouvernementale. L’organisme est aussi témoin de l’innovation comme antidote au coronavirus dans les PME.

« J’accompagne une dizaine d’entreprises dans leur virage en innovation, et j’ai été très surprise que les plus résilientes pendant la pandémie étaient celles qui étaient à la fois les plus innovantes et dont les employés étaient mobilisés face au changement », indique Julie Thérien, conseillère au développement économique et stratège en innovation au CLD de Brome-Missisquoi.

Julie Thérien est conseillère au développement économique et stratège en innovation au CLD de Brome-Missisquoi.

Selon elle, la collaboration est au cœur de la réussite d’un projet innovant : « Le succès ne repose pas sur une personne ou sur le travail d’une seule équipe, il est la marque d’une culture d’entreprise. »

Les entreprises innovantes ont réfléchi à renouveler leurs produits ou leurs services afin d’offrir une nouvelle expérience à leurs clients. Les meilleures d’entre elles ont intégré cette dynamique dans leur ADN entrepreneurial.

À Lac-Brome, Les Plastiques Moulin retiennent l’attention de Mme Thérien, cette entreprise ayant intégré un nouveau système de collecte de données de production en temps réel dans leurs procédés de fabrication automatisés et robotisés. 

« Malgré les défis, les baisses des ventes, les entreprises ont réfléchi à faire les choses autrement, dit-elle. La crise a accéléré les réflexions en ce sens. »