La Sherbrookoise Défi Polyteck est l’une des 41 entreprises adaptées au Québec. Presque tous les employés ont des limitations fonctionnelles.

Pénurie de main-d'oeuvre: des employés adaptés

La pénurie de main-d’œuvre touche la grande majorité des industries du Québec. Des chefs d’entreprise optent pour la créativité quand vient le temps de contrer ce problème. Les six quotidiens du Groupe Capitales Médias ont répertorié une douzaine de « bonnes idées ». À lire jusqu’au 16 janvier.

L’entreprise Défi Polyteck de Sherbrooke a un chiffre d’affaires de plus de cinq millions de dollars. Elle fait entre autres de l’échantillonnage de planchers, de l’assemblage de céramique et de la préparation de câblage électrique pour des clients importants tels que Loto-Québec, les autobus Girardin, ainsi que pour les deux paliers de gouvernement. Et Défi Polyteck fait tout cela avec des employés bien particuliers.

Défi Polyteck est une entreprise adaptée, l’une des 41 au Québec. Presque tous les employés ont des limitations fonctionnelles.

« Si on enlève la trentaine de cadres, nous avons à notre emploi environ 140 personnes avec des limitations à l’emploi, explique Benoit Longpré, directeur des ventes et du marketing de l’entreprise. Nos employés ont donc presque tous un handicap intellectuel, une problématique de santé mentale, un handicap physique ou un trouble d’apprentissage diagnostiqué. On reçoit aussi beaucoup de stagiaires avec des difficultés d’apprentissage variées des différentes écoles secondaires de la région. Ils auront souvent de la difficulté à terminer leur secondaire. Ce sont des gens qui souvent sont très loin du marché du travail. »

« Il y a même des gens près de l’itinérance qui décident de s’en sortir et qui viennent nous voir, précise-t-il. Éventuellement, la personne va développer des habiletés qui vont lui permettre de travailler ici en entreprise adaptée et même en entreprise régulière. »


C’est justement là que réside la mission première de Défi Polyteck : aider les gens à intégrer le marché du travail.

« Notre objectif ultime, notre rêve si on veut, c’est que ces gens-là puissent développer suffisamment de connaissances pour faire tomber leur barrière d’anxiété et qu’ils puissent accéder au marché du travail régulier. Cette année, on a eu trois employés qui sont passés au régulier. De notre côté, on leur garde une place. Ils peuvent donc faire une période d’essai et si ça ne fonctionne pas ils peuvent revenir. »

« Mais habituellement, les gens qui viennent travailler pour nous ont déjà fait des tentatives dans des entreprises régulières, admet-il. Nous sommes un des derniers endroits où les gens peuvent travailler. Mais bien souvent les gens resteront à notre emploi très longtemps. Certains ont plus de 35 ans d’expérience. »

Des méthodes qui diffèrent

L’entreprise doit certes faire les choses un peu différemment en raison de son personnel, mais arrive tout de même à être compétitive dans plusieurs domaines.

« On a des façons différentes d’aménager les postes de travail, précise M. Longpré. On doit faire beaucoup plus de supervision qu’une entreprise régulière par exemple, car on ne se le cachera pas, il faut être compétitif. Nous avons des lignes de production qui compétitionnent directement sur les marchés mondiaux. »

Benoit Longpré admet que le nombre de rendez-vous médicaux est plus élevé, tout comme le niveau d’absentéisme des employés.

« Mais avec les années, nos employés développent des aptitudes à travailler même s’ils n’en ont pas nécessairement envie en se levant le matin, indique M. Longpré. On essaie aussi de créer un milieu de vie où les employés veulent venir travailler. 

On a une cafétéria avec un menu santé, un mur de luminothérapie et un gym par exemple. »

L’entreprise, qui a vu le jour il y a deux ans à la suite de la fusion d’Atelier Poly-Teck, Défi SM et Défi Récup-Air, reçoit une subvention pour pallier la différence de productivité de ses employés. L’entreprise se spécialise en production industrielle ainsi qu’en récupération et revitalisation.

L’entreprise d’une région

En plus de tenter de fournir des employés au marché du travail régulier, Défi Polyteck contribue à sa façon pour compenser le manque de main-d’œuvre en prenant des contrats de sous-traitance industrielle.

« Lorsqu’on augmente notre efficacité et notre productivité, ça permet à des entreprises de la région de l’Estrie comme Waterville TG ou Animat de développer d’autres gammes de produits, résume Benoit Longpré. Ils nous envoient le travail qu’ils ne seraient peut-être pas en mesure de faire dans leur usine et, de notre côté, on débloque une équipe pour le faire. Ça n’enlève pas de travail à personne et ça permet même une meilleure croissance pour tous. »