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L’achat de Carrefour dans son intégralité constituerait un changement de stratégie pour Couche-Tard, spécialisée dans le commerce de proximité.
L’achat de Carrefour dans son intégralité constituerait un changement de stratégie pour Couche-Tard, spécialisée dans le commerce de proximité.

Le gouvernement français préoccupé par l’intérêt de Couche-Tard pour Carrefour

Julien Arsenault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL — Le scénario d’une proposition d’environ 25 milliards $ qui permettrait à Alimentation Couche-Tard de mettre la main sur le géant Carrefour ne suscite pas seulement des questions chez les analystes, mais également chez le gouvernement français, qui s’inquiète quant à l’avenir d’un de ses fleurons.

Alors que les pourparlers sont toujours en cours, l’exploitant de dépanneurs et de stations-service a confirmé, mercredi, avoir soumis une lettre d’intention non engageante d’un prix de 20 euros par action dans le cadre d’une transaction qui serait la plus importante prise de son histoire et s’effectuerait essentiellement en espèces.

«Les termes de la transaction sont toujours en cours de discussions et demeurent soumis à une vérification diligente, a souligné Couche-Tard, dans un communiqué, au lendemain de la confirmation de son approche auprès du géant français. Il n’y a aucune certitude à ce stade que ces discussions déboucheront sur un accord.»

Toutefois, l’offensive de l’entreprise québécoise pourrait se buter au gouvernement français, qui a réservé un accueil plutôt tiède à une éventuelle prise de contrôle étrangère du détaillant qu’il a présenté comme le plus important employeur privé en France.

Évoquant des préoccupations quant à la «souveraineté alimentaire», particulièrement dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, de passage à la chaîne de télévision France 5, a affirmé qu’»a priori», il n’était «pas favorable» à une éventuelle transaction.

«Le décret sur le contrôle des investissements en France (...) nous permet de donner ou non notre accord à ces (transactions), a-t-il dit. C’est le ministre de l’Économie qui donne son accord. Je le redis, a priori, je ne suis pas favorable.»

Couche-Tard n’a pas répondu aux craintes exprimées par M. Le Maire. Dans un courriel, l’entreprise a indiqué qu’elle n’avait rien à ajouter par rapport aux informations qui ont déjà été diffusées publiquement.

Des questions

Dans une note envoyée à ses clients, l’analyste Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, a pour sa part souligné que ces commentaires «concordent avec l’approche du gouvernement français» vis-à-vis des offres d’achat en provenance de l’étranger.

Carrefour, qui a vu le jour il y a plus de 60 ans, exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays comme la France, l’Espagne, l’Italie, le Brésil, l’Argentine et Taïwan. Son effectif est supérieur à 320 000 employés. Pour sa part, le réseau mondial de Couche-Tard compte 14 200 points de vente.

Carrefour, qui a vu le jour il y a plus de 60 ans, exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs répartis dans 30 pays comme la France, l’Espagne, l’Italie, le Brésil, l’Argentine et Taïwan.

À la Bourse de Paris, le titre du détaillant européen a bondi de 13,42 % pour clôturer à 17,54 euros, ce qui lui conférait une valeur boursière de 13,6 milliards d’euros (environ 21 milliards $ CAN). Les actionnaires de Couche-Tard ont toutefois été beaucoup moins enthousiastes, puisque sur le parquet de la Bourse de Toronto, l’action de catégorie B a abandonné environ 10,2 %, ou 4,21 $, pour clôturer à 37,10 $.

L’achat de Carrefour dans son intégralité constituerait un changement de stratégie pour Couche-Tard, spécialisée dans le commerce de proximité.

«Nous demeurons perplexes face à cette transaction, puisque cela ferait en sorte que l’entreprise s’éloignerait de son champ d’expertise (...) pour s’aventurer dans un secteur de l’épicerie où les multiples sont moins élevés», a estimé l’analyste Derek Dley, de Canaccord Genuity, dans un rapport.

Chez BMO Marchés des capitaux, Peter Sklar a suggéré que Couche-Tard pourrait plutôt s’intéresser aux quelque 7700 commerces de proximité exploités par Carrefour à travers le monde plutôt que d’acheter l’ensemble des activités.

Toutefois, Chris Li, chez Desjardins Marchés des capitaux, s’est demandé si le jeu en valait la chandelle.

«(Dans le passé) Couche-Tard s’est retirée de transactions trop coûteuses ou qui n’étaient pas logiques d’un point de vue stratégique et nous sommes convaincus que cela demeurera le cas», a souligné l’analyste, dans une note.