Jean-Nicolas Dupéré, Vincent Van Horn et Éric-Gabriel Beauchamp souhaitent que la microdistillerie La Chaufferie devienne une institution.

La microdistillerie La Chaufferie est prête à faire sa marque

La Chaufferie à Granby est prête à faire sa marque. La section bar de la microdistillerie ouvrira ses portes en mars, tandis que son gin, le Furlong, sera bientôt disponible à la SAQ. Seule ombre au tableau : sa vodka Lemay n’a pas encore été approuvée par la SAQ.

Raison invoquée : son goût de seigle trop prononcé. « La SAQ applique la règle fédérale qui dit que le goût doit être neutre », affirme l’un des associés de La Chaufferie, Jean-Nicolas Dupéré.

À ses yeux, cela demeure un « paradoxe ». « C’est quoi le but de se forcer pour faire quelque chose d’original », s’interroge un de ses associés, Éric-Gabriel Beauchamp. « S’il faut acheter de l’alcool de grain neutre de l’Ontario pour avoir une vodka québécoise, ça ne marche pas », déplore M. Dupéré.

Les partenaires de la Chaufferie affirment se distinguer de bien des joueurs dans le domaine en partant directement du grain, qui est ensuite transformé dans leurs installations de l’ancien complexe industriel de l’Impérial Tobacco, situé rue St-Jacques. Le seigle qu’ils utilisent provient de la région de Plessisville.

Consultation

À court terme, le maître distillateur Vincent Van Horn, qui a fait ses classes auprès de la Cayman Spirits Co, dans les îles du même nom, entend adapter sa production afin que la vodka puisse être acceptée par la SAQ. À moyen terme, les proprios de La Chaufferie comptent toutefois sur la consultation annoncée récemment par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) afin que les règles de production de la vodka soient redéfinies.

La popularité grandissante des microdistilleries pourrait inciter l’ACIA à revoir une des normes du Règlement sur les aliments et drogues qui prévoit que « la vodka doit être une boisson alcoolique potable obtenue par le traitement de l’esprit de grain ou de pommes de terre avec du charbon de bois, de manière que le produit n’ait ni caractère, ni arôme, ni goût distinctif ».

La dernière mise à jour de la norme remonte à 1959. De plus en plus de distillateurs souhaitent cependant pouvoir produire de la vodka avec d’autres produits, comme des fruits.

La Chaufferie, qui utilise du grain, souhaite surtout pour sa part que les normes en matière de filtration soient assouplies, ce qui lui permettrait de produire sa vodka sans rien sacrifier à ses arômes de seigle.

Institution

L’aménagement de La Chaufferie, qui compte parmi ses copropriétaires les avocats granbyens Bryan Furlong et Benoit Galipeau, a entraîné des investissements de quelque 1,5 million de dollars. Si le projet a au départ été initié par cinq amis et partenaires d’affaires, une douzaine d’investisseurs sont aujourd’hui impliqués dans le projet. « C’est immense comme projet. On a chacun notre expertise », lance Éric-Gabriel Beauchamp qui est pour sa part propriétaire d’une agence de vin.

Outre l’utilisation du grain dans ses processus de fabrication — qui fait aussi gonfler les coûts de production —, La Chaufferie se distingue par sa localisation urbaine, alors que plusieurs microdistilleries se trouvent plutôt dans des secteurs industriels, relève Jean-Nicolas Dupéré.

La Chaufferie est un rêve devenu réalité pour le maître distillateur Vincent Van Horn.

La Chaufferie, qui a fait l’objet d’une métamorphose étonnante, a obtenu avant les Fêtes l’autorisation de vendre son gin sur place. Plus de 800 bouteilles ont déjà trouvé preneurs, selon Éric-Gabriel Beauchamp. « Il y a beaucoup d’intérêt pour la bâtisse, de curiosité. Au moins 95 % des gens qui sont venus sont de Granby », note Vincent Van Horn.

Les associés souhaitent à terme que l’endroit devienne « une institution », non seulement à Granby, mais à plus grande échelle. Ils sont actuellement en mode recrutement pour du personnel de bar. « On veut quelque chose de tripant. Avec l’emplacement qu’on a, on veut créer une expérience et des cocktails qui vont avoir une signature. Vincent met tellement d’efforts dans les produits », souligne Éric-Gabriel Beauchamp.

L’endroit devrait être ouvert du jeudi au samedi. Contrairement à une microbrasserie ou un vignoble où les produits peuvent être servis sur place, les microdistillateurs doivent d’abord attendre que leurs alcools soient « timbrés » et distribués par la SAQ pour pouvoir les racheter et les apprêter en cocktails à leur bar.

Les associés affirment avoir en tête une foule de projets, de nouveaux produits et de partenariats potentiels pour La Chaufferie. Des visites guidées notamment devraient être offertes. Mais pour Vincent Van Horn, originaire de Bedford, c’est un rêve devenu réalité. « J’ai toujours travaillé pour d’autres. C’est la première fois que je participe pour monter un projet de A à Z. Et c’est rendu chez nous », s’enthousiasme-t-il.