Prenez du temps pour vous reposer ou vous adonner à une activité qui recharge vos batteries, que ce soit d’aller courir, de faire du kayak, de prendre l’air, de peindre ou de lire, recommande-t-on.
Prenez du temps pour vous reposer ou vous adonner à une activité qui recharge vos batteries, que ce soit d’aller courir, de faire du kayak, de prendre l’air, de peindre ou de lire, recommande-t-on.

Investir en soi pour une entreprise en santé

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La détresse psychologique des entrepreneurs est encore taboue. L’image du propriétaire d’entreprise avide de défis et fonceur leur colle si bien à la peau qu’il est facile d’oublier qu’ils peuvent eux aussi avoir leurs moments de faiblesse.

« Ce ne sont pas des superhéros. Ils ne sont pas invincibles. Ils ont beaucoup de courage, ce sont des gens forts, mais ils demeurent des êtres humains qui vivent beaucoup de situations anxiogènes », lance d’emblée Valérie Lesage, chef du centre de l’intelligence entrepreneuriale à l’École d’entrepreneurship de Beauce (EEB).

Celle qui a mené pour nous un coup de sonde auprès des formateurs aguerris de l’EEB rappelle qu’un entrepreneur en santé a plus de chances d’avoir une entreprise en santé, et cela inclut la santé mentale. « Le stress est une cause de dégradation de la santé mentale, et ces derniers mois ont été très stressants pour bon nombre d’entrepreneurs », note-t-elle.

Ce faisant, il est primordial de marquer des temps d’arrêt pour se ressourcer, recommande-t-elle. « Nos coachs le diront, le premier investissement d’un entrepreneur doit être envers lui-même, rappelle Mme Lesage. Il faut se considérer comme son client le plus important et se réserver du temps pour soi. »

S’il le faut, bloquez-vous des plages horaires dans votre agenda pour vous reposer ou vous adonner à une activité qui recharge vos batteries, que ce soit d’aller courir, de faire du kayak, de prendre l’air, de peindre ou de lire, recommande-t-on. « En autant que vous y preniez plaisir et que cela vous permette de décrocher », précise la porte-parole.

Cela est d’autant plus important si, comme des millions de personnes, la pandémie a forcé le télétravail. « Le travail devient encore plus omniprésent quand il s’effectue à la maison, d’où l’importance de garder un peu de temps pour soi », mentionne Louise Charette, présidente de la Société québécoise de la psychologie du travail et des organisations (SQPTO).

Elle concède que beaucoup de fondateurs d’entreprises sont tiraillés entre leurs besoins et leur compagnie. « Être entrepreneur est pratiquement synonyme d’abnégation, croit celle qui s’est elle-même lancée en affaires. On investit tellement dans notre compagnie, on veut que ça réussisse et on a l’impression que chaque minute qu’on ne dédie pas à notre projet est perdue. »

Cela peut sembler contre-productif, mais ces quelques minutes, voire ces quelques heures, à décrocher seront bénéfiques pour l’entreprise à plus long terme. « C’est typique de l’anxiété de repousser ces moments-là, de ne pas prendre le temps de se reposer parce qu’on a trop à faire. Mais ce temps qu’on prend pour soi nous permet justement d’être plus efficace et de mieux se concentrer par la suite », allègue Mme Lesage.

« Prendre soin de soi, c’est pratiquement une job à temps plein. Il faut bien manger, bien dormir, faire de l’exercice. Tout ça, ce sont des heures qui ne vont pas dans l’entreprise, c’est pourquoi beaucoup d’entrepreneurs se négligent.

Mais il faut rechercher un certain équilibre, sinon on est à risque de se faire avaler », prévient Mme Charette.

En parler

Échanger avec ses pairs et d’autres entrepreneurs qui vivent des épreuves semblables permet de ventiler tout en partageant des pistes de solutions qui pourraient être profitables pour plusieurs.

« Beaucoup d’entrepreneurs ont l’impression d’être tous seuls, renchérit Mme Charette. Or, ils ne le sont pas. En échangeant avec leurs pairs, ils alimentent une réflexion collective et ils se sortent d’un isolement qui les enferme dans leurs inquiétudes. »

Enfin, l’EEB, qui offrira une formation de type bootcamp sur la santé mentale en entreprise cet automne, suggère aux entrepreneurs d’envisager toutes sortes de scénarios, particulièrement positifs. « On peut se préparer à ce qui peut éventuellement arriver, mais il faut aussi se préparer à ce qu’on souhaite qu’il arrive, précise Mme Lesage. En posant des gestes concrets et positifs vers un but qui nous stimule, c’est beaucoup plus porteur que de simplement réagir aux situations qui se présentent. »