«Je crois dur comme fer aux immenses possibilités qu’offre la fibre d’asclépiade. Mais il faut y croire intelligemment, ce qui n’a pas été fait avant!» déplore le DG de la division asclépiade d’Eko-Terre, Ghislain Bouchard. «Avec l’asclépiade, on a mal débuté, on a mal appris, et ça a donné un fiasco incroyable.»
«Je crois dur comme fer aux immenses possibilités qu’offre la fibre d’asclépiade. Mais il faut y croire intelligemment, ce qui n’a pas été fait avant!» déplore le DG de la division asclépiade d’Eko-Terre, Ghislain Bouchard. «Avec l’asclépiade, on a mal débuté, on a mal appris, et ça a donné un fiasco incroyable.»

Eko-Terre se lance dans l’asclépiade

La filiale de l’asclépiade connaît un nouveau souffle au Québec. Depuis un an et demi, cinq personnes travaillent quasi anonymement à Cowansville pour Eko-Terre afin de développer une membrane isolante qui soit 100% naturelle. Et depuis environ un mois, elles y sont parvenues.

« La fibre d’asclépiade est si volatile qu’il faut absolument la mélanger à d’autres fibres pour obtenir quelque chose d’intéressant », explique Ghislain Bouchard, le directeur général de la nouvelle division asclépiade d’Eko-Terre, une entreprise sherbrookoise spécialisée dans le développement durable de fibres textiles naturelles, cultivées et transformées au Canada.

« Jusqu’à maintenant, on utilisait du polyester. Mais notre but, notre objectif ultime, c’était d’arriver à quelque chose de 100% naturel. Depuis un mois environ, on utilise le PLA (polylactic acid ou acide polylactique), qui est à base de fibres de maïs. »

Cette matière, créée à l’origine pour remplacer le plastique, a l’avantage d’être biodégradable.

Jusqu’à tout récemment, Eko-Terre se spécialisait dans le textile à base de chanvre. Mais en janvier 2019, son unique actionnaire, Louis Bibeau, a racheté sans tambour ni trompette la faillite de Monark Eco-Fibre, de Granby, et a déménagé les locaux de sa nouvelle division asclépiade dans un entrepôt de Cowansville quelques mois plus tard.

De nombreux défis

Jusqu’à tout récemment, Eko-Terre se spécialisait dans le textile à base de chanvre. Mais en janvier 2019, son unique actionnaire, Louis Bibeau, a racheté sans tambour ni trompette la faillite de Monark Eco-Fibre, de Granby, et a déménagé les locaux de sa nouvelle division asclépiade dans un entrepôt de Cowansville quelques mois plus tard.

Si Eko-Terre s’est fait discret depuis, c’est surtout pour permettre aux gens de regagner confiance en cette industrie qui a été fortement ébranlée dans les dernières années. « Protec-Style a fait faillite, Monark Eco-Fibre les a acheté et a fait faillite à son tour, plus personne ne croyait dans ce produit-là », fait remarquer M. Bouchard. « On s’est dit qu’on allait faire profil bas jusqu’à ce qu’on trouve notre produit. »

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Ancien consultant pour Protec-Style, ex-enseignant au Cégep de Saint-Hyacinthe dans l’ancienne option textile durant 15 ans, M. Bouchard possède une imposante feuille de route dans le domaine du textile. « Quarante-cinq ans de métier », précise-t-il.

Il a été témoin des balbutiements de l’intérêt pour l’asclépiade, « dans les années 90 ». Et des nombreux défis qu’impose cette industrie, à commencer par les difficultés d’approvisionnement en matière première. « Ça prend des cultures, des agriculteurs pour fournir en asclépiades. Mais il n’y en a pas. Ou trop peu. Et ils sont durs à convaincre. »

M. Bouchard fait affaire avec une dizaine de producteurs d’un peu partout au Québec : La Tuque, Saint-Tite, Rivière-du-Loup, Québec, l’Outaouais... Et malgré cela, il doit compléter son stock en important du kapok, une matière végétale en provenance d’Indonésie qui offre les mêmes propriétés que l’asclépiade.

Ce manque d’agriculteurs est, selon lui, en grosse partie due au fait qu’on n’a pas encore trouvé de façon de mécaniser la récolte des cocottes d’asclépiade. « Tout se fait à la main! »

De ce fait, il est convaincu que l’industrie n’est pas prête à se lancer dans la confection de matériel médical, comme le laissait entendre le maire de Granby Pascal Bonin le 28 juin dernier dans La Voix de l’Est. « C’est une grosse industrie, le médical. Ça me prendrait 1000 producteurs! Il y a encore beaucoup de chemin à faire avant d’aller là » estime M. Bouchard.

C’est d’ailleurs pour « remettre les pendules à l’heure » qu’il a contacté La Voix de l’Est cette semaine.

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«Il faut y croire intelligemment»

Pour l’instant, donc, le DG préfère se concentrer sur les isolants. Pour vêtements d’hiver et sacs de couchage.

Il ne s’en cache pas: ils en sont encore dans la phase recherche et développement de leur produit. Ils se donnent encore un an pour se lancer sur le marché. « Je crois dur comme fer aux immenses possibilités qu’offre la fibre d’asclépiade. Mais il faut y croire intelligemment, ce qui n’a pas été fait avant! » déplore l’homme d’affaires. « Avec l’asclépiade, on a mal débuté, on a mal appris, et ça a donné un fiasco incroyable. »

Y aller intelligemment, c’est y aller « petit à petit, graduellement pour être capables de contrôler l’affaire ». « Sinon, on se dirige droit vers une faillite comme les autres. »

Malgré nos nombreux appels, il nous a été impossible de nous entretenir avec le propriétaire d’Eko-Terre, Louis Bibeau.