Philippe Dépault estime que la légalisation prochaine du cannabis représente une opportunité d’affaires.

D'athlète à entrepreneur en cannabis

La légalisation prochaine du cannabis pourrait faire de Philippe Dépault, originaire de Bromont, un millionnaire.

Maïtri, l’entreprise cofondée par cet ex-membre de l’équipe canadienne de vélo de montagne, offre déjà une gamme d’accessoires de cannabis haut de gamme qu’il est possible de se procurer dans différents points de vente au Canada. Comme le 17 octobre prochain il sera possible de consommer de la marijuana en toute légalité, Maïtri offrira aussi ses propres variétés de cannabis.

« Après le 17 octobre, notre site Internet et nos plateformes vont changer. Nos produits seront disponibles dans les différentes succursales légales au Canada. Mais à l’heure actuelle, Maïtri n’a pas encore de contrat de distribution avec la Société québécoise du cannabis. On s’attend à ce que ça vienne peut-être plus en 2019 », explique Philippe Dépault.

Maïtri est en mesure de propulser sa marque de cannabis, car l’entreprise a été acquise en mai dernier par Hiku, une société torontoise cotée en bourse, dotée d’installations de production. La transaction s’est élevée à 500 000 $, mais elle prévoit des « jalons de performance » qui peuvent la faire grimper à 1,7 million $.

« Hiku a vu le potentiel de travailler avec deux jeunes entrepreneurs québécois qui ont le couteau entre les dents et qui ont une vision à exécuter dans le marché québécois », explique celui qui demeure directeur général de Maïtri et assure jouir d’une grande liberté d’action.

Si le jeune entrepreneur de 27 ans ne fait pas de secret sur sa consommation quotidienne de cannabis, ses priorités et sa vision des choses étaient toutes autres il y a quelques années. En fait, celui qui a complété un baccalauréat en génie chimique se décrivait même comme un « anti-cannabis » lorsqu’il se mesurait au chrono sur son vélo de montagne.

Maïtri offre déjà une gamme d’accessoires de cannabis haut de gamme.

Révélation
Sa vie a toutefois chaviré en 2012 au retour d’un séjour en Nouvelle-Zélande, où il était allé s’entraîner. « J’ai attrapé un virus dans l’avion », dit-il.

Un virus dont il n’a pu se débarrasser, malgré les antibiotiques qui lui ont été prescrits. Il dit avoir, par la suite, rencontré différents spécialistes, qui ont tenté de le soulager avec une pléthore de médicaments. Mais il n’y avait rien à faire. « Je n’avais pas de bénéfices ou trop d’effets secondaires », dit celui qui était aux prises avec des problèmes d’asthme, de douleurs chroniques, de troubles gastriques et du sommeil. Il apprendra plus tard souffrir de fibromyalgie, une condition qui aurait été amplifiée par le virus. Il a dû faire une croix, à regret, sur la compétition de vélo.

Lorsqu’un ami lui a proposé de fumer un joint, il s’est laissé tenter pour la première fois. C’est le lendemain matin qu’il a noté une amélioration de son état. Il n’avait pas de douleur et avait bien dormi. Après quelques jours de « tests », il en a parlé à son médecin qui a eu suffisamment d’ouverture d’esprit, dit-il, pour lui rédiger une prescription de cannabis médical, qu’il dit vaporiser ou manger.

Avec sa consommation quotidienne de cannabis, la pratique de yoga, de sports, ainsi qu’une saine alimentation, Philippe Dépault dit vivre avec 25 % des symptômes qu’il éprouvait il y a quelques années. Il souhaite aujourd’hui déstigmatiser les consommateurs de cannabis qui ne correspondent pas aux stéréotypes véhiculés, selon lui. Mais il s’est surtout découvert une passion pour l’entrepreneuriat.

Opportunité
« Ça a été une claque dans la face d’être parti d’anti-cannabis à en consommer tous les jours. Je suis devenu passionné par la plante. Et j’ai vu une opportunité d’affaires. Que ça allait un jour devenir légal. À l’automne 2015, le gouvernement Trudeau a été élu avec la promesse de légalisation. C’est là que j’ai commencé à travailler sur le modèle d’affaires d’une marque de cannabis », raconte-t-il.

Ce dernier dit croire que les consommateurs chercheront des produits auxquels ils s’associent et qui répondent aux effets désirés, qu’ils soient à Montréal, Québec ou bien à Vancouver. « C’est la même chose quand on achète une bouteille de vin ou de bière : on ne s’achète pas du houblon, mais une Corona ou une Budweiser », dit-il.

Philippe Dépault s’est associé avec Alexandre Lalancette. Tout a démarré avec la gamme d’accessoires (bocaux, pipes, cabarets, etc.). Les investissements pour développer une marque de cannabis étant toutefois importants, l’acquisition éventuelle de Maïtri par un joueur qui lui donnerait des ailes a toujours été une option.

Philippe Dépault est toutefois plus hésitant lorsqu’il est questionné sur la dépendance au cannabis. Selon certaines études, dit-il, les effets de dépendance ne seraient pas tant physiques que psychologiques. Certains pourraient aussi les ressentir avec la caféine et le sucre, avance-t-il.

À ses yeux, l’industrie du cannabis n’est d’ailleurs pas différente de l’industrie du café ou d’autres produits de consommation. « Ce n’est pas le produit qui définit l’industrie ou les gens qui travaillent dedans », croit-il.