Conseils pour s’assurer qu’un don de charité porte le plus de fruits possible

Brett Bundale
La Presse Canadienne
HALIFAX — C’est le moment de l’année où des dépliants montrant de rayonnantes jeunes filles qui tiennent des bébés chèvres arrivent dans les boîtes aux lettres. Ou des publireportages soulignant les besoins de la recherche pour le cancer sont diffusés à la télévision. Ou des collectes pour une banque alimentaire sont annoncées sur les réseaux sociaux.

Avec l’arrivée des campagnes de fin d’année, l’industrie des organismes de bienfaisance se retrouve dans l’incertitude en raison des pertes d’emplois découlant de la pandémie de COVID-19, qui font en sorte que les donateurs ont moins de ressources à partager tout en augmentant les besoins des services d’entraide.

En outre, des spécialistes du secteur estiment que la controverse entourant la participation de WE Charity à un programme fédéral d’emplois pour étudiants a eu un effet dissuasif et amoindri le niveau de confiance envers ces organismes.

Pour ceux qui prévoient faire des dons, les experts offrent de précieux conseils pour s’assurer que les dons effectués aient le meilleur impact possible.

Identifier un organisme de bienfaisance

La première étape est de choisir un organisme de bienfaisance.

«Il faut s’aligner sur les causes ou les missions qui nous passionnent le plus», explique Bruce MacDonald, président et chef de la direction d’Imagine Canada, une association qui regroupe plusieurs organismes de bienfaisance.

«Ceux qui sont passionnés par la santé mentale peuvent trouver une organisation, soit dans leur communauté ou sur la scène nationale, qu’ils aiment vraiment.»

En d’autres mots, il ne faut pas seulement se fier aux outils de marketing comme les dépliants ou les publireportages.

Malgré tout, choisir parmi les quelque 86 000 organismes de bienfaisance enregistrés au pays peut être intimidant pour certains.

C’est pourquoi les grandes campagnes appuyées par un grand budget, avec une portée plus large, peuvent être si efficaces.

Selon Kate Bahen, directrice générale de Charity Intelligence Canada - un groupe qui fournit des rapports sur les groupes de bienfaisance canadiens -, les donateurs appuient fortement leur décision de donner sur du matériel de promotion ou des marques.

«Tout cela est fondé sur des émotions qui font fondre le coeur», illustre-t-elle. «Ces publicités sont très sophistiquées. Elles savent exactement ce qui va entraîner ces émotions.»

Mais Mme Bahen juge qu’il vaut mieux «mettre ces dépliants dans le bac de recyclage» et plutôt «vraiment réfléchir sur ce qui est important pour soi».

Il est aussi préférable de se demander où les besoins pourraient être les plus pressants pendant la pandémie.

Certains des grands organismes de bienfaisance poursuivent leurs campagnes de financement activement, «comme si le ciel leur tombait sur la tête», même si elles ont des dizaines de millions de dollars en banque - assez pour soutenir leurs activités pendant les trois prochaines années.

«En ce moment, il pourrait être plus pertinent d’encourager les organismes de première ligne pour la COVID-19, qu’il s’agisse d’un refuge pour femmes ou d’une banque alimentaire, parce que nous vivons à une époque extraordinaire.»

La prochaine étape est de faire ses devoirs.


« Il faut s’aligner sur les causes ou les missions qui nous passionnent le plus »
Bruce MacDonald, président et chef de la direction d’Imagine Canada

Des experts de l’industrie estiment que l’importance des recherches de donateurs et de la transparence des organismes de bienfaisance est devenue primordiale dans la foulée de l’affaire WE Charity.

Mieux vaut étudier attentivement les résultats financiers vérifiés des organismes, le conseil d’administration et les activités des programmes avant de signer un chèque.

«Les donateurs devraient se sentir libres de poser des questions aux organismes de bienfaisance», observe Denise Castonguay, fondatrice et chef de la direction de Canada Gives, qui établit des fonds pour les philanthropes individuels.

«Pour plusieurs, il sera important de savoir que les coûts d’exploitation ne vont pas avaler la plus grande portion de leur don.»

Elle suggère d’avoir recours à la Direction des organismes de bienfaisance de l’Agence du revenu du Canada, qui fournit des détails sur les programmes et les finances des organismes.

Charity Intelligence Canada attribue aussi une note aux organismes de bienfaisance pour leurs efforts au chapitre de la divulgation, et une autre pour la démonstration de l’impact de leurs actions.

«Il y a tellement de différences entre les organismes de bienfaisance», souligne Mme Bahen, une ancienne analyste en valeurs mobilières. «Il y a de formidables organismes de bienfaisance et d’horribles organismes de bienfaisance et, souvent, les gens ne savent pas voir la différence.»

Une fois que l’organisme est choisi, il faut passer à l’étape suivante: combien d’argent donner, et à quelle fréquence le donner.

Les experts jugent que le choix du montant d’argent à donner et la décision de faire un seul chèque annuel ou de prévoir des paiements sur une base mensuelle sont des décisions profondément personnelles.

«Je crois que cela dépend beaucoup de la discipline de chaque personne», observe Marvi Ricker, vice-présidente et directrice des services de conseils philanthropiques chez BMO Gestion privée.

«Quelqu’un qui est plus à l’aise avec un budget mensuel pourrait calculer le montant qu’il est prêt à donner sur 12 mois», note-t-elle. «Quelqu’un qui ne sait pas vraiment quel sera son revenu avant la fin de l’année pourrait aussi attendre et être agréablement surpris de pouvoir donner davantage.»

Crédit d’impôt pour dons de bienfaisance

L’étape finale est de conserver son reçu fiscal.

Les dons de charité peuvent être utilisés pour obtenir un crédit d’impôt dans sa déclaration de revenus, ce qui a pour effet de réduire le montant d’impôt dû.

«On peut déclarer le don pour recevoir un crédit d’impôt d’un maximum de 75 % de l’impôt qu’on doit», explique Mme Ricker. «Si le montant du crédit est supérieur à la somme due, il peut être reporté sur les cinq prochaines années.»

Finalement, pour ceux qui ne peuvent pas faire de don de bienfaisance cette année, M. MacDonald recommande de faire des contributions en nature ou du bénévolat.

«Manifestement, le secteur a besoin d’argent pour faire tourner son moteur, mais il y a d’autres façons d’aider et de s’assurer que la communauté a les services dont elle a besoin.»