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Réal et Luc Langlois ont gardé des centaines de photos et d’archives de l’histoire de leur famille et de Chaussures Langlois, une entreprise qui a pignon sur rue à Granby depuis 1921.
Réal et Luc Langlois ont gardé des centaines de photos et d’archives de l’histoire de leur famille et de Chaussures Langlois, une entreprise qui a pignon sur rue à Granby depuis 1921.

Chaussures Langlois : un siècle de pair avec sa clientèle

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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À l’instar de Félix Leclerc, la famille Langlois peut aussi dire que ses souliers ont beaucoup voyagé... à travers le temps. Le 1er avril 2021, Chaussures Langlois, une entreprise familiale depuis quatre générations, a célébré son centième anniversaire.

En 1921, Ludger Langlois arrive à Granby par train de Montréal, avec femme, enfants et outils sous le bras, pour ouvrir sa cordonnerie au 41, rue Principale. En 1945, l'un de ses fils, Charles-Auguste, reprend le flambeau et transmet sa passion à Réal et Luc, qui gèrent aujourd'hui le magasin situé au 20, rue Principale.  

Après une vie consacrée à la cordonnerie et à la vente de chaussures, Charles Auguste décède en 2017, à l’âge de 97 ans.

« Mon père a travaillé jusqu’à la fin. Il n’a jamais vraiment arrêté », raconte Réal Langlois.

En 1974, le commerce est ravagé par un incendie, forçant ce dernier a réinstallé ses pénates dans l’édifice où il se trouve aujourd’hui, au 20, rue Principale.

« Il est encore là ! », d’ajouter Émilie Langlois, fille de Luc, qui prend tranquillement la relève du magasin avec Francis Maynard, employé et partenaire d’affaires.

Mais la lignée des chaussures remonte à plus loin encore, rapportent Réal et Luc. Leur arrière-grand-père, Justinier Langlois, était cordonnier à Knowlton, au 19e siècle.

Justinier Langlois, père de Ludger Langlois, était cordonnier à Knowlton dans les années 1800.

Les chaussures dans le sang

À l’époque, vers 1946, Charles Auguste Langlois achetait des bottes de l’armée, les réparait et les revendait. Puis, en 1957, Chaussures Langlois a déménagé dans un local plus grand, au 19, rue Principale, puis au 36, rue Principale, en 1968, où le commerce est séparé en deux parties : magasin et cordonnerie. En 1974, le commerce est ravagé par un incendie, ce qui a forcé un nouveau déménagement vers l’édifice où il se trouve aujourd’hui.

« C’est toujours resté familial. Toute la famille a au moins, à un moment de sa vie, travaillé au magasin. Mes cousins, cousines, oncles, tantes... », se souvient Émilie.

Luc et Réal Langlois, fils de Charles Auguste Langlois, gèrent le magasin et les logements du bâtiment que la famille a acquis en 1974.

« On travaillait tous ensemble la semaine et on se retrouvait au chalet la fin de semaine ! On a toujours été une famille unie », renchérit Réal.

Voici une des raisons pour lesquelles Chaussures Langlois n’est pas devenu une chaîne et ne s’est pas établi ailleurs qu’à Granby, malgré le succès du commerce. « On voulait garder ça familial, avec des gens de confiance », confirme Réal, qui a toujours travaillé à l’entreprise familiale, mais qui en est devenu officiellement copropriétaire avec ses frères dans les années 1980.

En 1974, le magasin Chaussures Langlois situé au 36, rue Principale a été détruit par un incendie.

D’ailleurs, c’est ce qui forme sa richesse, croit Réal. Parfois, il sert d’anciens camarades de classe, qui reviennent dans la région après plusieurs années d’absence et qui s’exclament : « Tu es encore ici ! » Une fois, il a même eu comme client le professeur de son père, qui a étudié au Collège Mont-Sacré-Coeur.

« Quand je lui en ai parlé, mon père se rappelait de ce professeur et de l’unique faute qu’il avait faite dans son examen... Il avait une très bonne mémoire ! »

« Les gens ne disent même plus “je m’en vais chez Chaussures Langlois”, mais “je m’en vais chez Langlois”. C’est vraiment une institution dans la région », lance Émilie, qui se dit fière d’être la quatrième génération derrière le commerce granbyen.

Depuis l’arrivée d’Émilie et de Francis comme relève, un vent de fraîcheur souffle sur le magasin. L’équipe, jeune et dynamique, forme aussi « une grande famille » avec « une chimie incroyable ».

S’adapter pour perdurer

À travers les années, non seulement l'espace accordé à la cordonnerie a diminué jusqu’au point de disparaître complètement, mais les habitudes des consommateurs ont grandement — et rapidement — changé. « Juste depuis un an, il a fallu faire un virage à 180 degrés. On était dans la chaussure plus chic et on est retourné vers le soulier sport, confortable. Il faut être constamment alertes, sinon on rate le bateau. »

L’adaptation est la clé de leur longévité, indiquent Réal et Émilie. « Ça n’a pas toujours été facile. Après le feu de 1974, on avait tout perdu. Il a fallu se relever, repartir. Mon père était dans la cinquantaine, il aurait pu tout arrêter là. Mais il a continué. »

Chaque année apporte son lot de défis, poursuit Émilie, qui entend bien continuer et développer le magasin avec le temps, et garder le lien privilégié qui unit Chaussures Langlois et sa clientèle. « On est très à l’écoute des clients. Très ouverts. C’est une fierté pour moi de prendre la relève. »

Émilie Langlois et Francis Maynard forment la nouvelle relève de Chaussures Langlois.
Gabrielle Privé et Charles Auguste Langlois accompagnés de quatre de leurs enfants : Lise, Jeanne, Jean et Claire.

Le commerce, qui a été déclaré « plus ancienne entreprise familiale à Granby » en 1990 par la Chambre de commerce, vend aujourd’hui des dizaines de milliers de chaussures, des sacs à main et des accessoires.

« La différence entre les débuts de l’entreprise et maintenant est énorme... En 1921, le magasin était un point de rassemblement pour les amis de Charles et les gens de la ville. Et nous, on doit fêter nos cent ans sur Zoom ! C’est incroyable », dit Émilie.

La famille Langlois souhaite toutefois célébrer comme il se doit ce centenaire cette année avec la population granbyenne, si la pandémie le veut bien... Et qui sait, les chaussures de Langlois seront peut-être encore aux pieds des Granbyens en 2121.

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DE 1921 À 2021

  • 1921 : Ludger Langlois arrive en train de Montréal. Il ouvre sa cordonnerie le 1er avril au 41, rue Principale à Granby.
  • 1945 : Charles Auguste Langlois, son fils, se joint au commerce de son père, qui y restera environ jusqu’à l’âge de 78 ans.
  • 1957 : Déménagement des Chaussures Langlois au 19, rue Principale.
  • 1968 : Déménagement au 36, rue Principale.
  • 22 février 1974 : Un incendie qui a pris naissance dans une pharmacie détruit le magasin Chaussures Langlois, les commerces autour et les logis au-dessus, dont les appartements où habitaient Jean et Lise Langlois.
  • Printemps 1974 : Acquisition de l’édifice des supermarchés Mullin, construit vers 1898, qui était à l’abandon. La rénovation a été échelonnée sur plusieurs années.
  • Années 1970 : Arrivée de ses fils Guy, Luc et Réal Langlois en renfort.
  • 1995 : La cave en terre battue est creusée à la main.
  • 2002 : Émilie Langlois, fille de Luc Langlois, commence à travailler à la boutique.
  • 2005 : Jean Langlois ouvre Le Petit Coordonnier, au coin du pont Patrick-Hacket, qui fermera en 2015.
  • 2012 : Rénovation moderne du magasin que l’on connaît aujourd’hui.
  • 2014 : Décès de Guy Langlois.
  • 2017 : Décès de Charles Auguste Langlois, âgé de 97 ans. Il aura habité dans sa maison jusqu’à 96 ans.
  • 2021 : Succession de l’entreprise entre les mains d’Émilie Langlois et Francis Maynard.
  • Aujourd’hui, la famille Langlois possède 21 logements et 4 commerces dans la bâtisse au coin des rues Principale et Mountain qui a été maintes fois restaurée.