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L’usine de production de Farnham comprend actuellement 18 salles de floraison.
L’usine de production de Farnham comprend actuellement 18 salles de floraison.

Ça plane pour Cannara Biotech

Olivier Pierson
Olivier Pierson
La Voix de l'Est
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Il n’aura pas fallu longtemps à Cannara Biotech pour se faire remarquer. Autorisée à vendre ses produits à base de pot depuis janvier dernier, l’entreprise dirigée par Zohar Krivorot a vu ses premières livraisons partir comme des petits pains chauds. Deux des trois marques qu’elle vient de lancer ont suscité un tel engouement que la Société québécoise du cannabis s’est vite retrouvée à court de stock.

Ça n’a pas traîné. Un raz de marée. Le buzz comme on dit. À peine étaient-ils parvenus sur les tablettes de la SQDC, le 24 février dernier, que les premiers stocks sortis de l’usine de Farnham (5000 unités selon ce qui a été rapporté à La Voix de l’Est) faisaient parler d’elles dans le microcosme des consommateurs de marijuana. 

Sur les réseaux sociaux, les commentaires enthousiastes ont afflué pour saluer l’arrivée de Tribal et d’Orchid CBD. «Un nouveau king est arrivé sur le marché», a par exemple écrit un internaute à propos de la première version de Tribal, à dominance THC, avec son parfum de menthe fraîche. Une autre habituée des drogues douces a pour sa part pointé l’emballage des produits, «qui s’ouvre comme une canne de conserve», ou encore l’odeur «légendaire» d’Orchid CBD, avec ses notes sucrées et ses nuances florales. 

Seul manque à l’appel Nugz. Cette 3e marque doit être commercialisée en gros format (28 grammes) dans les prochains jours. Son pedigree : «Un taux élevé de THC, des goûts riches et des cocottes larges et denses», dixit Cannara Biotech. La première variété offerte aux consommateurs fera la part belle aux agrumes, avec une saveur citronnée.

Deux facteurs gagnants

Ce déluge d’avis positifs est vite parvenu aux oreilles du grand patron de l’entreprise, qui a rappelé à plusieurs reprises en entrevue sa volonté de concentrer les efforts sur le marché québécois, très prometteur dans ce secteur d’activité. Zohar Krivorot n’est guère surpris par ce succès soudain. Il va même jusqu’à dire qu’il s’y attendait. Il le met sur le compte de la qualité du cannabis cultivé en intérieur, séché suspendu avant d’être placé dans des barils pour une maturation comprise entre 5 et 7 jours. Il vante aussi le prix abordable de leur marchandise. Un duo gagnant qui explique selon lui le démarrage en trombe de la bannière québécoise dans la vente de détail.

Zohar Krivorot, président directeur général de Cannara Biotech.

Une récolte minutieuse

Rien n’est laissé au hasard dans l’usine à la fine pointe du boulevard Magenta Est où il faut montrer patte blanche avant de pénétrer entre ses murs. Ça commence par une pièce d’identité à laisser à l’accueil, puis un formulaire sur la COVID à remplir en bonne et due forme, tandis qu’une délicate odeur de cannabis vous titille les narines. Depuis que le virus est apparu, les espaces communs de l’imposante bâtisse sont soumis à des règles sanitaires draconiennes. La direction souligne qu’elle ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque. Car si tout est automatisé sur place, avec par exemple des alarmes qui se déclenchent en cas de problèmes d’irrigation, l’intervention humaine reste primordiale. 

L’excellence prônée par la compagnie est à ce prix. «On avait des machines, mais ça réduisait la qualité de notre production», confie Nicholas Sosiak. Pour étayer son propos, le chef de la direction financière rappelle que le cannabis est taillé à la main afin de préserver les propriétés naturelles de la fleur. L’opération mobilise une vingtaine de personnes, 5 jours sur 7.

Hygiène maximale

Une fois arrivé dans ce qu’ils appellent «la zone blanche», qui donne accès aux 18 salles de floraison, d’autres règles d’hygiène s’appliquent. Les lieux rivalisent de propreté avec un bloc opératoire. On mangerait par terre. Il faut enfiler une combinaison spécifique incluant une charlotte médicale, des crocs, des gants en latex et un masque, ce qui fait dire à Zohar Krivorot, avec une pointe d’humour, «qu’on était prêt pour la COVID avant la COVID.» C’est d’ailleurs lorsque la pandémie a éclaté que Cannara Biotech a commencé à cultiver ses premières plantes. 

À l’époque, la compagnie ne disposait pas du permis de vente qui lui a été accordé en janvier dernier par Santé Canada et lui permet d’écouler ses stocks dans les succursales de la SQDC. Le cannabis cultivé à Farnham prenait alors la direction de la Colombie-Britannique et de l’Ontario. «Il était destiné à des producteurs qui le vendaient sous leur propre marque», indique Nicholas Sosiak.

Augmenter la production

Depuis le début de la production, en avril 2020, Cannara Biotech effectue deux récoltes par semaines. «Chacune de nos salles de floraison fournit entre 100 et 120 kilos de cannabis. On prévoit d’en produire entre 12 et 15 tonnes par année», annonce le PDG. Cette projection ne concerne que la phase 1 du développement de l’entreprise, qui en compte trois. L’exploitation actuelle occupe une partie des 645 000 pieds carrés de l’édifice ayant appartenu à Beaulieu Canada, qui fabriquait des tapis et des couvre-planchers.

Très apprécié des consommateurs pour sa qualité, le cannabis cultivé par Cannara Biotech l’est aussi pour son prix abordable.

Pour l’heure, ce sont 170 000 pieds qui sont utilisés, le reste de la bâtisse étant loué à une compagnie de transport. Cette première mouture a débouché sur l’embauche de 125 personnes originaires de Farnham et de la région, réparties pour l’essentiel entre l’horticulture, les chaînes d’approvisionnement et la pharmaceutique.

Dans un avenir proche, sept chambres de floraison viendront s’ajouter aux 18 existantes, pour un volume annuel supplémentaire évalué à cinq tonnes par Zohar Krivorot.

Cannara Biotech est la plus grande installation de culture de cannabis en intérieur au Québec. Un investissement de 55 millions de dollars a été consacré à son implantation à Farnham.