Cette nouvelle limitation, une des plus basses en Europe, entrera en vigueur au moment où des milliers d'automobilistes étrangers s'apprêtent à emprunter les routes françaises pour les vacances.

Routes à 80 km/h en France: la colère gronde toujours

PARIS — Recours en justice, refus de changer les panneaux, guerre de chiffres : la parution du décret officialisant la baisse de la limitation de vitesse à 80 km/h au 1er juillet sur 400 000 kilomètres de routes secondaires en France a relancé la fronde des opposants.

«Impopulaire mais nécessaire» : c'est ainsi que le Premier ministre Édouard Philippe justifie une mesure très contestée (76 % d'opposition selon un sondage en avril), et il est resté inflexible.

Cet abaissement de 90 km/h à 80 km/h de la vitesse autorisée sur les routes secondaires à double sens et sans séparateur central «pourrait sauver de l'ordre d'une vie par jour», martèle-t-il, alors que 3684 personnes ont trouvé la mort sur les routes de France en 2017.

La limitation, une des plus basses en Europe, entrera en vigueur au moment où des milliers d'automobilistes étrangers s'apprêtent à emprunter les routes françaises pour les vacances.

Au sein des 28 pays de l'Union européenne, seule la Suède affiche une limitation plus stricte (70 km/h), la Finlande autorisant 80 km/h hors ville et autoroutes. Ailleurs, 90 km/h restent de mise, voire jusqu'à 100 km/h.

Cette mesure est prônée depuis plusieurs années par des associations de sécurité routière. Celles d'automobilistes et de motards, en revanche, contestent son efficacité et ont multiplié les manifestations ces derniers mois pour dénoncer un «passage en force» de l'exécutif.

La colère a également résonné au Parlement ces derniers jours. Le 14 juin, un groupe de travail sénatorial avait déjà préconisé une application «décentralisée et ciblée» de ce dispositif, avec des routes limitées à 80 km/h choisies dans chaque département en fonction de leur dangerosité. Une option aussitôt «écartée» par Édouard Philippe.

Depuis dimanche, de nombreux élus sont montés au créneau. Le débat sur une proposition de loi du député Vincent Descoeur, destinée à permettre aux pouvoirs publics locaux d'«adapter» la réglementation sur les limitations de vitesse, a donné lieu à de vifs débats à l'Assemblée jeudi.

Formant un front commun, des députés de droite comme de gauche ont accusé le gouvernement de mépriser les campagnes, où se situent l'essentiel des routes concernées par la nouvelle limitation.

M. Descoeur s'en est pris à une majorité «qui préfère les cyclistes urbains connectés aux ruraux roulant au diesel», reflétant les critiques contre le président Emmanuel Macron accusé par ses détracteurs d'être «le président des villes» et des «riches».

La proposition a finalement été rejetée à l'issue d'un vote.

«Que l'État se débrouille»

D'autres formes de résistance se sont organisées. La présidente du conseil départemental de la Creuse, un département rural au centre de la France, a ainsi annoncé que sa collectivité ne mettrait aucun moyen pour changer les panneaux, car cette mesure «va contribuer à l'enclavement du département». «En l'absence de concertation, que l'État se débrouille», a-t-elle lancé.

Le ministère de l'Intérieur évalue à 11 000 le nombre de panneaux de signalisation à changer, pour un coût global de 6 à 12 millions d'euros (9,3 à 18,6 millions $). Ces modifications, à la charge des collectivités, doivent ensuite être remboursées par l'État.

Face aux menaces, le gouvernement joue pour l'instant l'apaisement. «Nous regardons actuellement ce que nous ferions d'un point de vue juridique. Mais tant qu'on n'y est pas, ne faisons pas d'alarmisme», souligne le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe, en rappelant qu'«une mesure qui vise à épargner le maximum de vies dans les ruralités ne peut être une mesure antirurale».

Les opposants contestent aussi l'efficacité de la mesure sur la mortalité routière. Selon le gouvernement, qui reprend notamment les travaux d'experts suédois, elle permettrait de sauver jusqu'à 400 vies par an.

Pour convaincre l'opinion publique, la Sécurité routière a lancé une série de spots publicitaires, avec chiffres et tests sur circuit à l'appui.

Affichant leur opposition jusqu'au bout, l'association 40 millions d'automobilistes et la Fédération française des motards en colère manifesteront, elles, à Paris le samedi 30 juin, veille de l'entrée en vigueur de la nouvelle limitation.