Alexandra Lamontagne est adepte du zéro déchet depuis six ans. Elle tente d’acheter le moins possible de produits emballés et elle se procure des aliments en vrac.

Zéro déchet: vers un nouveau mode de vie

Alors que la Ville de Cowansville est devenue ambassadrice du large Circuit zéro déchet au début du mois de mars, la tendance du bannissement des produits emballés prend de l’ampleur en région : épiceries en vrac, contenants réutilisables et pages Facebook sur le sujet ne sont que quelques exemples. Les adeptes de cette philosophie espèrent de tout cœur que cette tendance devienne un véritable mode de vie.

Preuve que sa popularité s’intensifie, le Circuit zéro déchet compte 260 membres à travers le Québec. 

Cowansville a par ailleurs décidé de financer les commerçants souhaitant faire partie du circuit ; c’est-à-dire qu’elle s’engage à payer le frais unique de 15 $ pour chacune des entreprises intéressées à adhérer au mouvement. Ainsi, il est plus facile pour les citoyens d’identifier les endroits où ils peuvent apporter leur contenant réutilisable pour faire leurs achats, puisqu’un autocollant est apposé aux commerces répondant aux critères recherchés.

Selon les règles du MAPAQ, le contenant doit être propre et sans irrégularités (fissuré, cassé, craqué, taché) et de grade alimentaire. Un marchand a le loisir d’accepter ou de refuser un contenant si celui-ci ne respecte pas les normes, relève Cindy Trottier, cofondatrice du Circuit zéro déchet, né en 2016.

La Cowansvilloise Alexandra Lamontagne agit à titre d’agente de sensibilisation à Cowansville où elle rencontre un à un les commerçants pour leur expliquer les avantages d’adhérer au Circuit zéro déchet. Sept entreprises y ont adhéré jusqu’à présent. 

Elle perçoit d’ailleurs une belle ouverture de la part des entreprises rencontrées. Toutefois, elle remarque que les propriétaires se sentent démunis en ce qui a trait aux changements d’habitudes. « Ils ont besoin de soutien pour trouver des produits de remplacement chez les fournisseurs et gérer la gestion des déchets résiduels », dit-elle.

Pour donner une idée de l’ampleur du suremballage, la cofondatrice du circuit indique qu’en réunissant trois commerçants aléatoires du Québec, on découvre qu’ils ont utilisé pas moins de 134 727 contenants en une seule année. 

Mme Trottier observe un intérêt grandissant pour ce mouvement. La fréquentation de son site web en témoigne puisqu’elle a connu une augmentation de 338 % de 2017 à 2018.

Se questionner

Pour Mme Lamontagne, instigatrice de la page Facebook Tendre vers le Zéro déchet, ce mode de vie remet les valeurs et les habitudes des gens en question. C’est l’une des raisons pour laquelle ce virage peut être long avant d’être appliqué. « Il faut penser à l’impact que chaque choix apporte », dit celle qui a changé ses habitudes de consommation il y a six ans.

À la maison, près de 70 % des déchets seraient le résultat des achats courants (nourriture, essuie-tout, nettoyants, etc.).

Mme Lamontagne tente donc d’acheter le moins possible de produits emballés. Elle confectionne ses produits nettoyants et corporels ; répare ses vêtements plutôt que d’en acheter de nouveaux ; visite les friperies et elle achète local autant que possible.

« Je ne suis pas parfaite, mais j’essaye ! Pour la nourriture, j’utilise NousRire et Goutte d’or. Je vais à l’épicerie le moins possible ou je prends ce qui n’est pas emballé », explique-t-elle.

Elle est d’avis que les épiceries et les distributeurs doivent être de plus en plus conscientisés aux effets néfastes de l’emballage des produits, bien qu’ils soient limités dans l’espace pour offrir des aliments en vrac.

« Je vois les paniers d’épicerie avec des produits suremballés et ça me fait mal au cœur », avoue-t-elle.

Simplifier sa vie

Pour plusieurs, le zéro déchet est un retour aux sources, vers une vie plus simple. « Quelqu’un qui commence le zéro déchet, je lui dirais de simplifier sa vie, lance Cindy Trottier. C’est un mode de vie minimaliste. C’est apprendre à vivre avec moins. »

Plutôt que d’acheter un nettoyant pour la salle de bain, les planchers et la cuisine, elle conseille d’acheter un nettoyant à multiples usages ou encore de le fabriquer soi-même avec du vinaigre et du bicarbonate de soude.

De son côté, Katherine Turgeon, adepte du zéro déchet et candidate du Parti vert du Canada dans Shefford, a réalisé qu’elle consommait beaucoup de produits emballés lorsqu’elle a regardé sa réserve d’aliments. 

« Une chose à la fois, tu t’en rends pas compte. Mais une fois devant toi, c’est là que je me suis rendue compte de la quantité de déchets qu’on peut créer. Je suis partie vers le zéro déchet : couches lavables et on se débarrasse de tous les contenants », se rappelle-t-elle.

« Au début, je disais que c’était pas de la simplicité volontaire, mais de la complexité volontaire, dit-elle en riant. Mais je veux faire attention à notre planète et au futur de nos enfants. À quelque part, nos grand-mères le faisaient alors c’est d’adapter notre situation et de penser autrement », poursuit-elle.

Sa vie est d’autant plus simplifiée avec sa culture maraîchère et fruitière. 

Une tendance ?

La crainte des adeptes du zéro déchet est que ce mouvement ne soit qu’une mode passagère et qu’il s’essouffle.

« On ne se cachera pas qu’il y a une mode. Mais d’un autre côté, on est aussi devant une crise de la gestion des matières résiduelles et du recyclage. Il y a quelque chose qui doit être fait pour réduire les déchets et les emballages », croit Cindy Trottier.

Quant à elle, Mme Turgeon espère inculquer ses habitudes de vie à ses six enfants. « En principe, ils vont suivre les valeurs et l’éducation que je leur donne », estime-t-elle.

Elle croit d’ailleurs que le Québec est ouvert aux nouvelles solutions pour l’environnement. 

« Le but, c’est d’avoir une amélioration constante avec nos réalités. J’aimerais avoir un véhicule 100 % électrique plutôt qu’un hybride, mais la réalité c’est que ça ne rentre pas dans mon budget », donne-t-elle en exemple. 

Questionnée sur la responsabilité des multinationales face à l’environnement, la dame impliquée en politique estime que des lois devront être adoptées pour encadrer la quantité de déchets émis par celles-ci.

De son côté, Alexandra Lamontagne relève qu’il y a encore du chemin à faire et qu’il faut réduire les déchets à la source et rendre les produis locaux accessibles. « Ça prend des solutions qui conscientisent et qui perdure », allègue-t-elle.