Francis Yergeau a raconté dans les détails les préparatifs du crime et le déroulement des meurtres lors de son interrogatoire au quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.

Yergeau raconte les détails du double-meurtre

Accusé des meurtres de Nancy Beaulieu et Martin Bélair, Francis Yergeau a raconté dans les moindres détails les préparatifs du crime, le déroulement des meurtres et la façon dont les corps ont été disposés lors de son interrogatoire mené le jour de son arrestation en mai 2016. L’accusé s’est même rendu, en compagnie d’enquêteurs de la Sûreté du Québec, à deux endroits où il avait disposé de certaines pièces de l’arme utilisée pour commettre les crimes.

« Le plan était clair. Je l’ai exécuté. J’ai fait ma part », a avoué Francis Yergeau, lors de son interrogatoire au quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal, et dont la vidéo de l’enregistrement a été présentée aux membres du jury, jeudi. Cette déclaration, il l’a faite peu de temps après que l’enquêteur Daniel Fortin lui ait demandé si les victimes méritaient de mourir, ce à quoi Yergeau a répondu : « Non ».

Rappelons que c’est pour faire main basse sur le bar de danseuses nues le Cabaret Flamingo, où la Granbyenne Nancy Beaulieu était gérante et son ami de coeur Martin Bélair était propriétaire, que ces derniers auraient été tués. L’accusé et son présumé complice — qu’on ne peut identifier en raison d’une ordonnance de non-publication émise par le tribunal — auraient élaboré un plan selon lequel ils supprimeraient M. Bélair, puis ils feraient courir le bruit qu’il avait pris la fuite avec des centaines de milliers de dollars provenant d’une transaction illicite. Ils voulaient ensuite convaincre le copropriétaire du bar de leur céder les parts du disparu pour les dédommager.

« Son plan a chié », a dit Yergeau, à propos du plan de son présumé complice afin d’acquérir le bar.

Calibre .12

Durant son interrogatoire, le Valois a raconté que l’arme a été achetée en compagnie de son présumé complice et d’un troisième individu, Patrick Bélanger, qu’il a surnommé Ti-Rouge pendant son interrogatoire. Ce dernier possédait un permis pour acquérir une arme. Ils se sont rendus en Ontario pour faire l’achat puisqu’il n’y a pas de « registre d’armes » dans cette province, a-t-il expliqué.

Ils ont acheté l’arme de calibre .12 et des munitions dans un magasin d’Ottawa. Le trio s’est ensuite rendu à la cimenterie d’Acton Vale où travaillaient Yergeau et son présumé complice « parce qu’il n’y a pas un chat » pour assembler et essayer l’arme, a-t-il raconté au policier. Il utilisait d’ailleurs le code d’accès d’un autre employé pour entrer.


«  Le plan était clair. Je l’ai exécuté. J’ai fait ma part.  »
Francis Yergeau, accusé des meurtres de Nancy Beaulieu et Martin Bélair

Les numéros de série ont été repérés et à la demande de son présumé complice, ils ont été effacés à l’aide d’un grinder, selon Francis Yergeau. L’arme a ensuite été cachée dans l’usine.

Les meurtres ont été commis dans l’usine de la cimenterie, un endroit qu’il a lui-même suggéré, a affirmé l’accusé âgé de 39 ans. Son présumé complice avait « proposé plusieurs places, mais ça ne se prêtait pas vraiment. Il en a sorti des vertes et des pas mûres ».

Le jour des meurtres, soit le 6 janvier 2015, Bélair s’est présenté à l’usine et y est entré avec son camion de type pick-up. Francis Yergeau était seul. « Je l’ai tué tout de suite », a-t-il déclaré. Pendant son interrogatoire, il a dessiné sur un tableau l’endroit où il était dans l’usine au moment du crime. Il a raconté que l’arme, avec laquelle il a atteint sa victime d’au moins trois projectiles, était chargée et déposée sur un chariot élévateur à proximité duquel il se trouvait. Peut-être qu’un quatrième coup est parti « sans m’en rendre compte », a mentionné l’accusé.

Après le meurtre, Francis Yergeau a raconté s’être rendu chez lui et avoir appelé son complice pour lui dire que « la crevaison est réparée », un code. Les deux hommes se sont rendus à l’usine pour placer le corps de la victime dans la boîte de son camion. « On le met sur le drap, on l’emballe et on l’attache », a détaillé l’accusé.

Yergeau a ensuite pris la route jusqu’à Granby pour aller chercher Nancy Beaulieu à qui il avait téléphoné. « J’ai dit à Nancy qu’on aurait besoin d’un sac pour l’argent ».

Il a aussi décrit au policier comment elle était vêtue lorsqu’il est allé la récupérer et qu’elle avait un sac de voyage ainsi que sa sacoche avec elle. Lorsque la victime est arrivée à l’usine et qu’elle a vu le présumé complice de Yergeau, « elle a crié », puis il a tiré deux coups, dont un « à deux pouces du nombril », a raconté M. Yergeau.

Son présumé complice croyait que l’amie de coeur de Martin Bélair « était au courant de bien des choses », selon ce que Yergeau a raconté à l’enquêteur.

Le duo a ensuite disposé de son corps dans un drap, l’ont attaché et placé dans la boîte du camion. Ils ont ensuite sorti le véhicule, puis ils ont mis de la neige dans la boîte à l’aide de pelles.

Camion en difficulté et arme en pièces

Yergeau a conduit le camion et a roulé sur l’autoroute 20. Son présumé complice conduisait un véhicule qui le précédait. Des problèmes de pression d’huile du pick-up ont toutefois forcé le duo à s’arrêter à Mascouche. « Il n’y avait plus de pression. Si le moteur grille, on pourrait pas le parker », a raconté l’accusé pendant son interrogatoire.

Son présumé complice aurait donc fait du repérage et lui aurait désigné un endroit où garer le camion. Sur le chemin du retour, Yergeau a raconté avoir lancé les clés du camion par la fenêtre en bordure de l’autoroute 20.

De retour à l’usine, le duo a nettoyé les lieux. « On a nettoyé un peu partout. On a été à parts égales là-dessus », a déclaré Yergeau.

Les guenilles utilisées ont été mises dans un sac jeté plus tard dans un conteneur. Même chose pour les vêtements que portait Francis Yergeau qu’il a jetés dans un conteneur sur le boulevard St-Joseph entre Drummondville et St-Nicéphore.

Le lendemain du crime, Yergeau a raconté avoir pris l’arme qu’il avait coupé en cinq ou six morceaux — pièces qu’il a déposées dans une chaudière— et avoir parcouru plus de 200 kilomètres vers la région des Bois-Francs pour en disposer à plusieurs endroits. Au lendemain de son arrestation, avant d’être formellement accusé des meurtres, il a accompagné des enquêteurs pour leur montrer deux des endroits où il a abandonné certaines pièces. Il les a dirigés vers un cours d’eau en bordure du 7e rang à Saint-Cyrille-de-Wendover où Yergeau a raconté avoir lancé un morceau dans un trou sur la glace qui recouvrait l’eau. Puis, à St-Léonard-d’Aston, il a expliqué où il a disposé des dernières pièces de l’arme sur une portion de terrain, soit un bout du canon et un ressort du mécanisme de recharge.

Au terme du visionnement de la vidéo de l’interrogatoire, les représentants du ministère public, Me Sandra Bilodeau et Me Pierre Goulet, ont déposé une série d’éléments admis en preuve. La poursuite a ensuite déclaré que sa preuve était close.

Le procès se poursuit lundi.