Le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Stéphane Tremblay et le directeur de la santé publique par intérim Alain Poirier ont présenté le rapport « Voir grand pour les tout-petits de 0 à 5 ans en Estrie ».

Vulnérabilité plus marquée chez les petits Estriens

En 2017, en Estrie, 29 % des enfants de la maternelle, soit 1500 écoliers, présentaient une vulnérabilité dans au moins un domaine de développement comme les compétences sociales, la maturité affective ou le développement cognitif et langagier. C’est un peu plus élevé que la moyenne québécoise de 27 %.

La majorité des tout-petits estriens sont en bonne santé et vivent dans des environnements bienveillants et sécurisants, lit-on dans un rapport intitulé « Voir grand pour les tout-petits de 0 à 5 ans en Estrie » publié mardi et présenté par le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique par intérim.

Les enfants déjà identifiés avec des retards mentaux, par exemple, ont été exclus de l’enquête.

Le document fait toutefois état d’une augmentation de la proportion d’enfants vulnérables en Estrie comme au Québec, entre 2012 et 2017, de 27 à 29 % dans le premier cas.

De plus, certains enfants sont plus susceptibles d’être vulnérables dans au moins un domaine de développement, c’est-à-dire les garçons, les enfants anglophones, les enfants nés à l’extérieur du Canada et ceux vivant dans des secteurs défavorisés.

« Nous savons que pour les deux tiers de ces 1500 enfants, la vulnérabilité aurait pu être évitée. Partir du bon pied dans la vie et atteindre son plein potentiel est un déterminant d’une société en santé et prospère », déclare le Dr Poirier.

Un dur constat

« C’est un constat qui est quand même assez dur, car on est dans une société favorisée avec beaucoup de connaissances, exprime le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Stéphane Tremblay. On a mis beaucoup d’énergie pour soutenir des jeunes et des familles qui présentaient de grandes difficultés. Peut-être qu’au cours de ces années, on a oublié qu’il y avait des jeunes qui avaient un parcours presque normal et qui n’étaient pas très loin de leur développement psychomoteur. Mais on n’était pas toujours présents au bon moment pour sensibiliser ou accompagner les familles et le jeune. »

Pour Dr Tremblay, il est difficile de dire si c’est un constat d’échec. « Plusieurs initiatives n’ont pas été harmonisées sur l’ensemble du territoire. Si les initiatives étaient absentes, la situation serait peut-être différente. Peut-être pire, mais c’est certainement un constat de préoccupation. »

L’objectif est que 80 % des enfants qui entrent à la maternelle ne présentent pas de vulnérabilité.

« C’est un objectif qui va demander beaucoup de travail pour le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ça veut dire qu’il faut revoir l’ensemble de l’organisation des services, s’assurer que les intervenants autant à la vaccination, l’infirmière scolaire, même ceux qui accompagnent le couple lors de la grossesse soient sensibilisés à cet élément et qu’on les outille correctement justement pour en parler avec les parents pour s’assurer qu’on ait une bonne analyse de la situation », commente Dr Tremblay.

« En 2022, on aura d’autres données, précise Dr Poirier. On ne s’engage pas à dire qu’en 2022 on va atteindre l’objectif, on ne l’a pas datée. On s’engage à travailler avec tout le monde vers cet objectif. »

D’ailleurs, Dr Poirier précise qu’un enfant peut très bien réussir sa vie ou son parcours scolaire malgré la détection d’un facteur de vulnérabilité. « Ce n’est pas automatique, ce n’est pas une cause. Ce n’est pas parce qu’un enfant est en retard en maternelle que c’est fini, qu’il va échouer et finir en secondaire 3 », explique-t-il.

« Un enfant qui arrive avec un ou deux facteurs de vulnérabilité, ce ne sont pas les plus vulnérables, enchaîne-t-il. Mais à 3, 4 ou 5, il y a probablement des services intensifs. On ne parle plus seulement d’accompagnement et de prévention, mais de corridor de services mieux établi. »

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Des solutions pour aider les tout-petits

Les solutions pour faire baisser le taux de vulnérabilité des enfants passent par les parents, l’entourage, les éducateurs et le système de santé. Même l’infirmière vaccinant le bambin de 24 mois a un travail à faire. 

« L’Estrie n’est certainement pas la région où le taux de vaccination à 24 mois est le plus élevé au Québec. On est parmi les plus faibles. Mais vacciner un enfant, ce n’est pas seulement de le piquer. C’est de rencontrer des parents — parfois les deux —, de voir comment l’enfant interagit, son regard, s’il réagit correctement à la douleur. C’est tout ça, vacciner un enfant », cite en exemple le PDG du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Stéphane Tremblay.  

« Ça repose sur l’appréciation des parents dans un premier temps, renchérit-il. On n’enlèvera pas les rôles et responsabilités des parents. Autour, il y a les grands-parents, des amis, des oncles, des tantes. Tout ce monde a une expérience sur le développement des enfants. »

Le rapport du directeur de la santé publique en Estrie propose six pistes d’action ainsi que des recommandations afin d’améliorer le bien-être et la santé des 29 000 tout-petits estriens âgés de 0 à 5 ans.

On doit assurer le suivi du développement de tous les enfants jusqu’à 5 ans, adapter les interventions pour mieux répondre aux besoins des enfants les plus vulnérables, bâtir les soins et services avec les parents, consolider des actions préventives visant le développement global de l’enfant, favoriser la collaboration, la complémentarité et la cohérence entre les partenaires et renforcer l’alliance entre la pratique et la recherche.  Tommy Brochu