Le président de la COCD, Nicolas Bédard, réclame que le DGEQ revienne sur sa décision pour permettre aux pensionnaires de centres de traitement des dépendances d’exercer leur droit de vote.

Voter en centre de traitement des dépendances: le DGEQ fait la sourde oreille

Des centaines de pensionnaires de centres de traitement des dépendances à travers le Québec ne pourront exercer leur droit de vote lors du prochain scrutin. Malgré les demandes répétées de la Coalition des organismes communautaires en dépendance (COCD), le directeur général des élections du Québec (DGEQ) refuse que des représentants se déplacent dans ces établissements pour recueillir les suffrages.

Le président de la COCD, Nicolas Bédard, fulmine. « Les toxicomanes et les alcooliques qui veulent s’en sortir sont-ils des citoyens de second ordre ? C’est ce que le DGEQ envoie comme message en rejetant du revers de la main nos demandes. C’est carrément discriminatoire et inacceptable dans une société où on prône la démocratie », déplore-t-il.

Nicolas Bédard dirige également le centre l’Envolée à Shefford. On y héberge 120 pensionnaires. Transporter tous ces gens aux urnes, comme le préconise le DGEQ, relève de l’utopie, clame M. Bédard. « On ne peut pas mettre les ressources nécessaires pour amener autant de gens à voter. À cela s’ajoute la contrainte légale qui stipule que l’on peut sortir des pensionnaires seulement lors de cas majeurs. Pour des raisons de santé, c’est une chose. Mais pour aller mettre un X sur une carte électorale, c’est une autre histoire. »

Disparité
Contrairement à Québec, Ottawa semble beaucoup plus conciliant avec la clientèle des centres de traitement des dépendances. Selon Nicolas Bédard, les gens hébergés à l’Envolée ont pu voter directement à l’établissement lors des deux dernières élections fédérales. « Quand des représentants des élections viennent, on s’assure dans les semaines précédentes que tous ceux qui veulent voter soient sur les listes électorales. On fournit toute la documentation. Le jour du vote, tout est prêt. C’est simple et efficace. Je ne comprends pas l’obstination du DGE », insiste-t-il.

Inflexibilité
Les derniers échanges du président de la COCD avec des représentants du DGEQ démontrent l’inflexibilité de l’organisation. « Les dispositions du vote au domicile de l’électeur prévu aux articles 301.19 et suivants de la Loi électorale visent l’électeur qui est incapable de se déplacer pour des raisons de santé. De plus, comme son nom l’indique, le vote au domicile implique que l’électeur soit domicilié à l’endroit où il demande qu’un bureau de vote se déplace. Compte tenu des activités du centre L’Envolée, les pensionnaires qui y sont hébergés ne sont pas admissibles au vote au domicile de l’électeur », a fait valoir dans un récent courriel Benoit Coulombe, avocat au bureau des plaintes du DGEQ.

Ce que réfute Nicolas Bédard. « À aucun endroit dans la loi il n’est question qu’un domicile temporaire n’est pas admissible, souligne-t-il. Les détenus ont le droit de voter. Les personnes âgées, les gens en centre de réadaptation aussi. Il n’y a aucune raison valable pour que ce ne soit pas la même chose dans les centres de traitement des dépendances. »

Ironiquement, le DGEQ a lancé vendredi une campagne de sensibilisation à la participation électorale, ciblant principalement les 18-24 ans, dont le message est plutôt contradictoire. « On est prêts à tout pour que tu votes », a choisi l’organisation comme slogan.

« Le vote a une connotation rassembleuse, car tout le monde a le droit de s’exprimer dans notre démocratie. [...] Tous les votes sont importants. [...] L’exercice du vote est au cœur de notre mission. D’une élection à l’autre, notre défi demeure le même : amener le plus grand nombre d’électrices et d’électeurs à se rendre aux urnes », a indiqué le directeur général des élections du Québec, Pierre Reid.

Appelée à commenter le dossier, la relationniste du DGEQ, Julie St-Arnaud, laisse entrevoir une certaine ouverture de l’organisation à corriger le tir. « Il n’y a pas de mesure prévue expressément pour permettre aux gens de voter dans des centres de désintoxication. La Loi électorale n’a pas été modifiée à cet égard [la plus récente mouture date de 2012]. Notre mandat est de l’appliquer. On travaille concrètement à trouver une solution. »