Les nouvelles technologies permettent beaucoup au couple ne vivant pas ensemble de communiquer régulièrement. 
Les nouvelles technologies permettent beaucoup au couple ne vivant pas ensemble de communiquer régulièrement. 

Confinement: retour sur les couples vivant séparément

Vos questions concernant le fin détail des règles de confinement continuent d’affluer en grand nombre. Que disent vraiment les autorités au sujet des couples qui n’habitent pas ensemble? Les parents qui ont des ados travaillant en épicerie doivent-ils s’inquiéter? Et le co-voiturage est-il permis s’il se fait entre collègues qui travaillent ensemble de toute manière? Voici quelques précisions supplémentaires.

Q : «Votre réponse du 19 avril sur les couples n’habitant pas ensemble n’est pas claire pour moi. Le premier ministre François Legault avait dit lors d’une conférence de presse qu’un couple qui ne vit pas ensemble peut se voir en autant qu’il n’y a que le conjoint et non pas plusieurs autres. Personnellement, j’ai un conjoint qui habite la même région que moi, nous n’avons pas été en voyage et nous sommes confinés depuis le tout début. Est-ce que nous pouvons nous voir finalement?», demande Noella Leblanc.

R : Plusieurs personnes dans ce genre de situation m’ont écrit pour me dire qu’elles aussi avaient compris d’un des points de presse quotidien du premier ministre et du directeur de la Santé publique, Dr Horacio Arruda, que des conjoints ne vivant pas sous le même toit pouvaient continuer de se fréquenter. J’ai donc relancé l’Institut de la santé publique (INSPQ) à ce sujet, qui m’a écrit qu’«il est difficile de répondre par oui ou par un non à toutes les situations. Il reste que la consigne générale est que des gens qui n’habitent pas sous le même toit ne devraient pas se rendre visite».

C’est grosso modo ce qu’avait dit Dr Arruda lors du point de presse du 7 avril : c’est mieux pas mais, au cas par cas, bien des facteurs peuvent entrer en ligne de compte. «C’est sûr, lit-on dans le verbatim, que si vous avez une personne qui est enfermée à la maison puis qui n’est pas sortie du tout, du tout, du tout, puis que les deux sont à peu près pareilles, puis qu’il fait rien que se déplacer pour aller rejoindre l’autre, le risque n’est pas là. Comprenez-vous? Mais là la question, c’est que chaque cas d’espèce devient un cas d’espèce, puis je ne veux pas commenter sur cette histoire-là, là, comme telle. Il y a un certain jugement qui est porté, là, par rapport à ça. Mais c’est sûr que, si un couple... tu sais, quelqu’un est dans une zone chaude, O.K., mettons, là, en plein quartier chaud de Montréal, et l’autre est à Sainte-Thérèse, dans une zone pas chaude — je dis ça parce que c’est dans mon coin — bien, je veux dire, là, le principe de tu ne vas pas chez l’autre, parce que tu es dans une région chaude... Comprenez-vous?»

Q : «Une collègue et moi avons co-voituré au début du confinement parce que nous travaillons toutes les deux en soins infirmiers dans le même département du même hôpital. Bien sûr, nous ne vivons pas à la même adresse et nous ne pouvons pas respecter la consigne des 2 mètres dans le véhicule, mais personne ne la respecte non plus dans notre même service! Nous avons cessé de covoiturer par la suite par crainte des contraventions, mais est-ce que nous aurions pu continuer?», demande Julie Reeves, de Boischâtel.

R : À cause de l’impossibilité de maintenir une distance de 2 mètres en voiture, l’INSPQ déconseille le covoiturage. «Cela s’applique à tous les travailleurs des services essentiels, incluant les professionnels de la santé, même quand ces derniers travaillent dans la même équipe», m’a écrit le service des communications de l’Institut.

On peut toutefois imaginer des situations où le covoiturage serait la seule option disponible — ce qui, disons-le, n’est pas impossible pour deux personnes travaillant en hôpital et vivant dans des banlieues comme Boischatel, peu desservies par le transport en commun. En pareil cas, recommande l’INSPQ, «il est préférable qu’une personne soit assise en avant et l’autre en arrière du véhicule».

Q : «Les caissières sont sur la ligne de front de la pandémie sans aucune protection et sans aucune organisation provinciale pour les représenter. Ce sont les grandes oubliées incluant beaucoup de jeunes et d’individus en situation économique précaire, des sans voix! Courent-elles un grand risque?», demande Claire Gosselin, mère d’une jeune caissière de 16 ans.

R : Ce que l’on sait de la COVID-19 jusqu’à maintenant, c’est que sa transmission se fait principalement lors de contacts rapprochés — d’où l’idée de maintenir une distance de plus de 2 mètres, de se laver régulièrement les mains, de limiter le nombre de clients dans le magasin, etc. Dans les commerces où il n’est pas possible de maintenir une distance de 2 mètres entre les clients et les employés de caisse, l’INSPQ recommande d’installer des cloisons transparentes comme on en a tant vu apparaître dans les épiceries ces dernières semaines — ou, à défaut, de faire porter des masques et visière/lunettes aux employés.

J’ignore quelles sont les mesures mises en place dans le commerce où travaille la fille de Mme Gosselin, mais si les consignes sont respectées, les risques de contagion sont minimes.

Et je crois qu’il faut ajouter ceci : même s’il ne faut pas prendre la COVID-19 à la légère, tout indique qu’elle provoque des symptômes plus légers chez les enfants et les ados (comme la fille de Mme Gosselin) que chez les adultes — qui eux-mêmes ne font rien de plus qu’un rhume dans la grande majorité des cas.

D’ailleurs, le Journal of the American Medical Association – Pediatrics a publié mardi dernier la première revue de littérature scientifique au sujet des effets de la COVID-19 chez les enfants et adolescents, qui a confirmé ce que l’on savait déjà, soit que «la plupart des enfants ne présentent que des symptômes bénins, sinon aucun». Sur les 1065 jeunes de 0-19 ans inclus dans cette étude, un seul est décédé. Et encore, la plupart des patients de cette étude avaient été hospitalisés, ce qui signifie que cette étude portait surtout sur les pires cas pédiatriques de COVID-19. Le taux réel de mortalité chez les 0-19 ans est assurément inférieur au 1 sur 1000 trouvé par le JAMA – Pediatrics (mais on ne sait pas encore par combien).

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